MOLIÈRE, ARMANDE, PIERRETTE
PIERRETTE , à Molière.
Et vous, j’espère que vous allez vous reposer un brin avant que de recommencer à vous trémousser.
MOLIÈRE, s’asseyant.
Oui, je veux bien... Ai-je pensé à tout? Ah! j’oubliais le principal, le roi doit passer par ici pour se rendre dans mon cabinet de toilette pour s’habiller; tu m’aideras à le costumer, cours ranger, épousseter, essuyer les miroirs, va.
PIERRETTE
Oh ! diantre, j’étais déjà la servante de Molière, et c’était quelque chose ; à présent me voilà donc la servante du roi ! qu’est-ce qui m’aurait dit ça? (Elle sort par la droite.)
ARMANDE
Je sais pourtant qu’elle a grandement réussi.
Comment le sauriez-vous? vous n’y étiez point.
ARMANDE
Ne savais-je point qu’elle est bonne, et croyez-vous que je m’y connaisse si peu que de douter de la fortune de vos ouvrages?
Je donnerais volontiers ce compliment pour un regard d’intérét; vous le savez, Armande, ce n’est point pour le public, pour tout le monde que j’écris et que je joue la comédie. Que m’importe l’opinion de cette cour, de ces muguets qui viennent coqueter autour de vous, à mes côtés, sur le théâtre; que m’importe l’opinion de ces faquins enrubannés, qui me détestent, que je méprise et qui m’honorent malgré moi de leur humiliante protection, pour plaire au maître ! et tenez, je le dis à vous seule, Armande , il est des instants où jo suis indifférent même à f opinion du roi ; je ne puis m’expliquer cet état de mon âme, je ne sais ce qu’il me faudrait pour la ranimer quand je suis en scène, mais les éloges, les applaudissements de celte foule dorée, la laissent calme et triste; oui, Armande, oui, je donnerais volontiers tous vos beaux compliments de coulisses et toute cette gloire qu’on m’envie, pour un regard d’intérêt quand je suis en scène. C’est là que j’aurais besoin de sentir un cœur qui envoyât un peu de chaleur au mien!...
ARMANDE, se levant.
Ne savez-vous point que j’étais retenue ici par la présence de M. le Prince?
Oui, ou par les fadeurs de quelque officier du palais, ou bien