MOLIÈRE, BARON
BARON
Qu*avez-vous à m'ordonner, mon père?
Ton père?... suis-je vraiment un père pour toi ?
BARON
Oh ! oui , un tendre père ; et vous ne douterez jamais de mon cœur, vous! Mon Dieu, comme vous êtes pâle! souffrez-vous davantage?
MOLIÈRE, atec one colère concentrée.
Je me porte bien.
BARON
Mais vos mains ne se sont pas réchauffées?
J'ai un froid qui me tue , n'importe ; ces mains-là ont encore de la force.
BARON, à part.
Oui, elles meurtrissent les miennes?... Ahl mon Dieu, qu'avez-vous donc?
Baron , vous devriez connaître que vous n*avez pas de meilleur ami que Molière 1... Ohl ne rougissez point, je ne vous veux rien reprocher; ce que j*ai fait pour vous, le premier venu ayant [quelque argent en la poche et quelque bonté en rame, l'eût fait aussi bien que moi... mais ce dont je me vante auprès de vous, Baron , c'est de vous avoir aimé comme un père aime son fils, et cela, voyez-vous , ne s*acquitte point en paroles ; Tamour seul peut payer Tamour, et â vous n'avez point dans le cœur une amitié forte et véritable pour Molière , Molière est un père bien malheureux et Baron un cœur bien méprisable.
Pourquoi me dites-vous cela , Molière, et d'un air si courroucé? Mon Dieu , en quoi ai-je pu vous déplaire?
C'est que vous êtes un ingrat. Baron , et que j'ai horreur des ingrats , ne l'ayant jamais été moi-même , et ne comprenant pas qu'on le puisse être.
BARON
Moi , ingrat! oh 1 Dieu m'est témoin qu'il n'est pas de sacrifices que je ne voulusse faire , et de tourments que je ne fusse glorieux d'endurer pour l'amour de vous.
Des protestations, des serments, va-t'en, je te méprise!
BARON
Mon père... est-il possible?
MOLfÈRE.
Va-t'en, te dis-je, je ne te suis plus rien.
BARON, à part.
C'est la fièvre , c'est le délire!... (Hant.) Molière , allons chez vous : venez, vous souffrez... ces égarements...