MOLIÈRE, MAGDELEINE
MAGDELEINE
Molière ! Molière ! vous l'aimez trop.
Je l'aime comme mon enfant.
MAGDELEINE
Comme votre enfant... étes-vous d'âge à faire le tuteur?
n me semble que oui. Je m'imagine qu'elle est votre nièce et que je suis son père, parce que je vous considère comme ma sœur... La solide amitié qui m'unit à vous, Magdeleine, remplit ma vie de vaillance et de force... la sainte tendresse que j'ai pour Armande égaie mes loisirs et m'adoucit le cœur ; c'est
de vous que je reçfois tout ce que j'ai de bon dans Tâme, et c'est à elle que je le voudrais pouvoir donner comme un bien qui lui est dû plus qu*à moi.
MAGDELEINB.
Vous ne nous aimez point de la même manière, je le sais ; mais n'a-t-elle point la meilleure part? il y a huit ans que nous partageons, vous et moi , mêmes soins et même fortune ; il y a six mois à peine que ma sœur est avec nous, et déjà elle vous occupe plus que de raison.
Quoi ! Magdeleine, Tamitié s*accommode-t-elle de la jalousie? vous parlez comme une jalouse.
MAGDELEINE, tregsaUlant.
L'amitié est jalouse de confiance. Écoutez, Molière, je veux la vôtre, je Téxige, montrez-moi le fond de votre cœur : sentez- Vous de Tamour pour Armande? S'il en est ainsi , je vous de- * mande de ne me le point cacher ; je redoublerai de soins pour rendre ma sœur digne de vous, et je lui servirai véritablement de tutrice et de mère, pour joindre son sort au vôtre dès qu'elle sera en âge de se marier.
MOLIÈRE, nn peu émn.
Parlez-vous sérieusement, Magdeleine?
MAGDELEINE, émae, mais 56 contenant.
Je vous le jure par notre amitié même.
Eh bien î moi , par le respect que je vous porte, je jure que je suis l'homme de la terre le moins capable de se fixer dans des Uens éternels, non que j'aie le caractère volage : l'inconstance, c'est de l'ingratitude ; et d'ailleurs, je serais porté à trop de jalousie pour vouloir donner à ma femme l'exemple de l'infidélité; mais pour avoir une compagne fidèle, il la faut rendre heureuse, et la mienne ne trouverait point sou compte