ACTE II, SCÈNE II
DUPARG.
Et c'est là le défaut, selon moi ; on commence à s'intéresser anx personnages au beau moment que la pièce finit.
HOLIÈHE.
Que veux-tu, mon ami? faire une pièce, la distribuer, la monter ^t la jouer en quarante-huit heures, avec un ballet encore!
DUPARG.
Oui, la pièce n'est que le prétexte du ballet, et le ballet un prétexte à l'envie qu'a le roi d'y danser.
PIERRETTE
Oh! le roi n'est point du tout raisonnable. Demander à monsieur quatre pièces nouvelles en quinze jours.
Le roi savait que Tartufe était prêt; quant à la Princesse (TÉHde^ il a permis que je me fisse aider.
DUPARG.
Si vous pensez faire de bonne besogne à ce train-là, soit, ça vous regarde.
BRÉCOURT
Le moindre trait de Molière est un coup de maître , et Tartine est là pour montrer que l'auteur du Misanthrope ne décline point.
DUPARG, à Molière.
Et vous l'avez lu au roi. Tartufe ?
Oui!
DUPARG.
Tout entier?
Certes I .
DUPARG.
Et cela lui plaît?
Le roi est plus indulgent que toi, mon ami ; il m'a dit qu'il ne savait lequel préférer du Misanthrope ou de Tartufe.
DUPARG.
Belle merveille que le roi ait dit cela !
BRÉCOURT
Eh bien ! à qui en as-tu ?
DUPARC
J'en ai au sujet du Tartufe, qui fera des ennemis à Molière.
Oui , à la cour ; mais si le roi et le peuple sont pour moi?
DUPARC
Ah î vous comptez pour rien la nobl^se, vous? vous la croyez morte, parce que votre jeune roi s'en moque et vous pousse à la ridiculiser.
BRÉCOURT
La Fronde est enterrée^ Dieu merci !
Et grâce au roi, elle l'est pour toujours, mes amis ; le roi est jeune, le roi est beau, le roi s'amuse, il court la bague et danse le ballet, et pendant ce temps-là le roi qui, au fond, est grave, mûr, attentif et froid, gouverne et suit sa politique.
DUPARC
On ne s'en douterait point ici : au milieu des carrousels, des festins, des pétards et des lampions, le roi me fait la mine de courtiser grandement et chèrement ses courtisans.
Le roi, en ayant l'air de se ruiner, ruine la noblesse qu'il