SCENE V
ARMANDE, BARON
(Armande s'est replacée debout devant la glace, et ne se retoarne pas qnand
Baron entre à la dérobée par le fond.)
BARON, éma.
Ah ! VOUS voilà seule, mademoiselle Béjart?
ARMANDE, assise devant la glace.
C'est vous, Baron?.... qu'est-ce que vous voulez?
Vous voir un moment, puisque je rencontre l'occasion si belle!
ARMANDE
Eh bien, après?
RARON.
Oh ! si c'est la manière que vous avez de me recevoir, je n'oserai jamais vous rien dire !
ARMANDE
Vous n'avez, ce me semble, rien à me dire que vous ne me l'ayez écrit. ( Elle se retoarne vers lai et tire an billet de sa poche.)
BARON
Ohl VOUS avez reçu mon billet!... vous l'avez lu!... vous l'avez gardé ! Armande !
ARMANDE
Oui, je l'ai gardé pour le montrer à Molière...
BARON
Oh! n'en faites rien, mademoiselle! vous me voulez donc brouiller avec lui ?
ARMANDE
n y aurait de quoi, car il est fort impertinent pour lui, votre billet doux ! (Elle onvre le billet et le lit en s'accondant nouchalammeutsnrlauble.) a Non, VOUS n'aipaez point, vous n'aimerez ja- « mais Molière, n'est^e pas? il ne vous aime pas non plus, lui; « il est trop grave pour vous, vous êtes trop jeune pour lui : a croyez à un jeune cœur rempli d'espoir et de courage. Je ne « suis rien encore, mais mon amour me fera atteindre la gloire « et la fortune, si vous m'encouragez, etc., etc... » C'est trèsjoli, tout cela ; mais Molière serait peu flatté du respect que vous me conseillez de porter à sa gravité 1...
BARON
Offenser, dénigrer Molière, oh ! telle n'est pas mon intention... Tenez, Armande, je sens que JQ vous aime malgré moi, plus que je ne devrais, que je vous aime plus que Molière 1 et cependant je sais que je dois chérir Molière plus que moi-même, et n'être point jaloux, mais cqptent de so^ l)Quheur!... Oui!... aimez-le, Armande! il est bon, ïuil aîmez-le, j'en serai bien heureux, moi !... (il fond en larmes.)
ARMANDE , sorprise, le^ef^rdanL
(A part.) Ouais! voilà un cœur bien aimant! (Hant) Allons, allons, mon cher Baron, un peu de courage , surtout devant les gens. Vous laissez trop voir vos sentiments pour moi, et Molière finira par s'en apercevoir.
BARp-N,
n vous aime donc, lui ?
ARMANDE
Je ne sais pas, mais puisque vous le croyez vous-même ?
BARON
Armande, je ne crois rien, je ne sais rien, je ne croirai que ce que vov^s voudrez me dire ; c'eaj. à vous de m'eropêchpr de m'égarer...