ACTE III, SCÈNE VII
BARON
On a dit, on a écrit à Molière que vous y étiez, Madame, et il le croit.
ARMANDE
n fait fort bien de le croire, puisque j*en arrive.
BARON
Quoi ! vous l'avouez ?
Je ne Tavoue point ; je le proclame, si cela vous plaît. Qu'y peut-on trouver à redire ?
BARON
Vous le demandez ?
ARMANDE, riant.
Je comprends. Ah! la belle idée que vous avez là... Le prince de Condé... Laissez-moi rire... Je savais bien qu'on le disait ; mais je ne supposais point que cela fût pris a^u sérieux quelque part, et ici surtout. (Elle s'assied à gaoclie.)
BARON
Elle rit, et Molière dévore ses larmes; elle rit, et Ton se meurt de chagrin pour elle.
ARMANDE
Allons donc ; . vous me voulez faire accroire que mon mari se consume dans les larmes 1
BARON
Vous ne croyez point aux peines que vous ne partagez pas. C'est le propre des cœurs ingrats et froids.
ARMANDE , après une paase et se levant.
Monsieur Baron, vous plairait-il de me dire où vous prenez le droit de me faire des remontrances et de m'adresser des injures?
BARON, troablé.
Dans ma sollicitude, dans mon attachement pour Molière...
ARMANDE
Monsieur Baron, vous avez une autre raison, une plus mauvaise, mais que les femmes sont si accoutumées d'entendre, qu'elles ne s'en offensent plus.
BARON
Laquelle donc?
ARMANDE
Feignez donc de l'ignorer ; moi, je feindrai de ne point comprendre pourquoi vous vous montrez encore plus jaloux de moi que ne l'est mon mari, et je prendrai cette conduite pour indigne d'un honnête homme.
BARON
Armande !
ARMANDE
Eh bien 1 Baron ?
BARON
Vous êtes une tête folle ou une âme perverse.
ARMANDE
Laquelle des deux, à votre avis?
BARON
Quoi ! vous me voulez contraindre à vous dire que je vous aime, quand il n'en est rien, quand je n'y ai jamais songé !
ARMANDE
Vous avez peu de mémoire. Baron.
BARON
Je croyais que vous dussiez en avoir moins encore.
Âh ! je ne tiens point note de toutes les déclarations qu'on