ACTE IV, SCÈNE XL
MOLIÈRE, éinn.
Quel papier tenez-vous là? voyons, parlez! donnez-le moi 1
ARMANDE
Non! VOUS en souffrirez trop, vous aliAez tant M. Baron! !
M. Baron. . . toujours M. Baron. . . dites-donc ce que vous vou lez dire.
ARMANDE
Molière, c'est une affaire fort délicate... M. Baron me poursuit de son amour... Je trouve révoltante cette trahison envers vous, et n'en puis être plus longtemps complice par mon silence ; je vous prie donc de reconduire sans lui en dire le motif... promettez-le-moi.
Tout ceci me met en méfiance ; je ne vous ferai point cette promesse , que vous ne m'ayez donné la preuve de ce que vous avancez.
ARMANDE
Cela m'est bien facile ! mais c'est un échange ! ma preuve contre votre parole de n'en souffler mot à Baron.
Je vous promets de ne lui point parler de cette preuve ; c'est à moi de la juger.
ARMANDE
Molière n'a jamais donné sa parole en vain.
MOLIÈRE, atec impatience.
Vous le savez ; mais le papier, donnez-moi le papier !...
ARMANDE, hésiUnt.
Mais, Molière...
Donnez donc, je le veux. (Arinande loi donne U lettre en troublant. — Molière, lisant avec une iranqaiUiié étrange.) Oui, c'est bien récriture de Baron»!! « Armande, vous n'aimez point, vous n'ai- « merez jamais Molière, n'est-ce pas? il ne vous aime pas a non plus, lui, c'est impossible ; il est trop grave pour vous ! « vous êtes trop jeune pour lui... la jeunesse, l'amour...» (Il lit des yeox.) Oui , une déclaration , des lieux communs... (Fermant la lettre dans sa main.) C'est une lettre d'amour comme toutes les autres.
ARMANDE, avec inquiétude.
Eh bien, Molière!...
MOLIÈRE, se levant avec an calme affecté.
Je ne suis plus jaloux, je vous l'ai dit, Armande ; mais je chasserai Baron : sa conduite est déloyale.