LO IPOCRITO ET LE TARTUFFE
Don Juan et le Tartuffe sont aujourdlnii considérés généralement comme les deux créations, nous ne disons pas les plus parfaites, mais les plus vigoureuses dugéniede Molière. Pour l'un et pour Tautre, il est tributaire immédiat du théâtre italien. C'est la commedia deW arie qui lui apporta le premier, qu'elle-même, il est vrai, avait été chercher en Espagne. C'est la comédie régulière qui lui fournit Tébauche remarquable du second.
Nous avons fait connaître, dans le précédent chapitre , le scénario fantasque du Convié de pierre^ que Molière, en arrivant à Paris, trouva eh possession de la faveur publique. Il s'en empara à son tour, après d'autres écrivains français ; et l'on sait avec quelle puissance et quelle hardiesse il transforma un sujet devenu banal. Mel-
tons immédiatement en regard de ce qui eut lieu pour Don Juan^ ce qui se passa pour le Tartuffe, et nous aboutirons, dans le rapprochement qui s'offre à nous, à des résultats non moins curieux et non moins frappants.
C'est, disons-nous, la comédie régulière, qui a fourni à Molière l'esquisse du Tartuffe, Nous apercevons distinctement, en effet, ce personnage Kdans la pièce de l'Arétin, intitulée lo IpocritoK Ses traits y sont déjà bien arrêtés, quoique accusés avec moins d'énergie ; le cadre où il se meut est à peu près le même. Une analyse succincte fera ressortir les rapports et les différences qui existent entre les deux œuvres.
Les personnages de la comédie de l'Arétin sont : Liseo, vieillard, chef de famille ; sa femme Maia, ses cinq filles, ses gendres et les amoureux de ses filles, un frère jumeau Brizio, et des valets. Dans cette maison s'introduit un parasite, messer Ipocrito qui y fait, comme on dit, la pluie et le beau temps. Il domine et gouverne le chef de famille Liseo, vieillard à la tête faible, qui ne saurait faire un mouvement sans consulter le saint homme.