‹ Molière jugéChapitre 62 sur 119 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

CLÉANTE. TARTUFEE

CLÉANTE Oui, tout le monde en parle.

Tout le monde peut-il parler d'une chose arrivée il y a trois ou quatre heures au plus ? Toutes les fois qu'on fait intervenir Topinion publique, il faut allonger les vingt-quatre heures, au reste, il me semble que sans le dire, Molière et Corneille se sentent assez de ces règles de pédants. Cela comme la division en cinq actes est une invention de gens avec qui nous ne pourrions pas soutenir dix minutes de conversation, sans bâiller à nous démettre la mâchoire. Au reste quand nous voyons Emilie se faire rendre compte de l'état de la conjuration dans le cabinet de TEmpereur. n'est-il pas évident qu'il n'y a pas unité de lieu ? mais comme dit Horace :

Il faut ménager les habitudes du peuple des spectateurs.

CLÉANTE Sacritiez à Dieu toute votre colère.

Et remettez le fils en grâce avec le père.

Scène qui me semble ennuyeuse ; Tartuffe étant un h3'pocrite comme le spectateur en a la preuve, à quoi bon le mettre à pied de mur, puisqu'il n'y a pas de spectateurs ? Cléante pouvait tout au plus lui faire une

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menace énergique de quatre vers, appuyée de la vue d'un pistolet. Voila la nature, mais était-elle bonne à mettre en scène.

CLÉANTE Quoi ! le foible intérêt de ce qu'on pourra croire D'une bonne action empêchera la gloire?

Ici la figure que Molière prend pour fciire son vers, est une absurdité. Sans doute si le public ajoute foi à une fausseté, la vérité n'aura pas de gloire.

TARTUFFE due tout ce bien ne tombe en de méchantes mains; Qu'il ne trouve des gens qui, l'ayant en partage, En fassent dans le monde un criminel usage, Et ne s'en servant pas, ainsi que j'ai dessein, Pour la gloire du ciel et le bien du prochain.

Voilà le ton dont Tartuffe répondra jusqu'à demain; que prétend Cléante? en tirer un aveu ? ou le croit-il de bonne foi et seulement manquant de lumières ou prétend-il lui donner des leçons sur ce qu'est l'opinion publique ? fichue scène, d'autant plus mauvaise qu'elle redouble le vice auquel l'ouvrage ne penche déjà que trop. Cette scène redouble le sombre et mène droit à l'odieux; de plus elle ennuie. Mais elle fut peut-être nécessaire à Molière pour la police.

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