MOMUS
« C'e'jt assez, vous pouriez vous échaper. Loin de
lO-t MOLIERE.
vous quereller allez songer à vous unir, pour bien divertir les dieux. »
La péroraison de cette oraison funèbre est pleine de la pompe du temps : c'est du Bossuet excentrique :
« Ah ! remplissons toutes ces urnes avec l'eau de nos pleurs. Il nous en a fait répandre de joye, versons-en de douleur auprès de son tombeau; honorons-le de toutes manières. Riches, faites faire des statues à sa gloire. Beaux esprits, apportez des ouvrages qui ne chantent que ses louanges. Et vous, peuples, donnez-luy des larmes, si vous ne les pouvez accompagner d'autre chose. Il est mort, ce grand homme, mais il est mort trop tost pour luy, trop tost pour les siens, trop tost pour ses camarades, trop tost pour les grands divertissements de son Prince, trop tost pour les Libraires, Musiciens, Danceurs et Peintres, et trop tost enfin pour toute la Terre. Il est mort, et nous vivons ; cependant il vivra après nous ; il vivra toujours et nous mourrons ; c'est le destin des grands hommes. »
« Cette oraison funèbre, ajoute le Mercure galant, fut à peine achevée que chacun se leva et donna mille louanges à Cléante, qui tourna luy mesme en plaisanterie ce qu'il venoit de faire. Comme il estoit desjà très tard, chacun se retira bientôt après. »
On a pu juger par cette oraison fort originale, étrange même — et réimprimée ici pour la première
LES l'ORTRAITS DE MOLIÈRE. 1 6$
fois, — du bruit qu'avait fait, en mourant, le comédien et l'auteur de génie, que quelques envieux avaient osé déclarer inférieur à Scaramouche, son maître.
L'heure se fit attendre où Molière devait être loué, non pas seulement sur ce ton hyperbolique, demi-sérieux, demi-badin, par un bel esprit qui l'aimait à moitié, mais encore par le pays, par l'Académie, par la nation tout entière. « Je cherche dans Paris les statues de Corneille et de Molière, s'écriait Saint-Foix i. Où sont-elles? Où sont leurs mausolées? »
En 1778, l'Académie française avait fait placer chez elle le buste de Molière et Saurin avait écrit ce vers :
Rien ne manque à sa gloire, il manquait à la nôtre !
En 1792, le 6 juillet, les administrateurs d'une section du quartier Montmartre firent déterrer le cercueil de Molière. La pierre tumulaire qu'Armande Béjart avait fait placer au cimetière Saint- Joseph fut transportée, par les soins d'Alexandre Lenoir, au Musée des Petits-Augustins, et on éleva un mausolée à Molière, au cimetière du Père-Lachaise, côte à côte avec La Fontaine. Plus tard on plaça l'image de Molière, rue de Richelieu, près de la maison où il rendit le dernier soupir.