‹ MoliereChapitre 109 sur 253 · LULLI · texte numérisé non relu

LULLI

RÔLE uu Mufti.

MOLIERE. — LE BOURGEOIS GEiNTILHOMME. 323

LE MAÎTRE DE MUSIQUE

J'en demeure d'accord, et je les goûte comme vous. Il n'y a rien assurément qui chatouille davantage que les applaudissements que vous dites; mais cet encens ne fait pas vivre. Des louanges toutes pures ne mettent point un homme à son aise : il y faut mêler du solide; et la meilleure façon de louer, c'est de louer avec les mains. C'est un homme, à la vérité, dont les lumières sont petites, qui parle à tort et à travers de toutes choses et n'applaudit qu'à contre-sens; mais son argent redresse les jugements de son esprit : il a du discernement dans sa bourse, ses louanges sont monnoyées, et ce bourgeois ignorant nous vaut mieux, comme vous voyez, que le grand seigneur éclairé qui nous a introduits ici.

LE MAÎTRE A DANSER

Il y a quelque chose de vrai dans ce que vous dites; mais je trouve que vous appuyez un peu trop sur l'argent; et l'intérêt est quelque chose de si bas, qu'il ne faut jamais qu'un honnête homme montre pour lui de l'attachement.

LE MAÎTRE DE MUSIQUE

Vous recevez fort bien pourtant l'argent que notre homme vous donne.

LE MAÎTRE A DANSER

Assurément; mais je n'en fais pas mon bonheur; et je voudrois qu'avec son bien il eût encore quelque bon goût des choses.

LE MAÎTRE DE MUSIQUE

Je le voudrois aussi, et c'est à quoi nous travaillons tous deux autant que nous pouvons. Mais, en tout cas, il nous donne moyen de nous faire connoître dans le monde, et il payera pour les autres ce que les autres loueront pour lui.

LE MAÎTRE A DANSER

Le voilà qui vient.

Page 1