‹ MoliereChapitre 132 sur 253 · LUCILE, CLÉONTE, COVIELLE, NICOLE · texte numérisé non relu

LUCILE, CLÉONTE, COVIELLE, NICOLE

NICOLE, à Lucile.

Pour moi, j'en ai été toute scandalisée.

LUCILE

Ce ne peut être, Nicole, que ce que je te dis. Mais le voilà.

CLÉONTE, à Covielle.

Je ne veux pas seulement lui parler.

COVIELLE

Je veux vous imiter.

LUCILE

Qu'est-ce donc, Cléonte? Qu'avez-vous?

Qu'as-tu donc, Covielle?

LUCILE

Quel chagrin vous possède?

NICOLE

Quelle mauvaise humeur te tient?

LUCILE

Êtes-vous muet, Cléonte?

NICOLE

As-tu perdu la parole, Govielle?

CLÉONTE

Que voilà qui est scélérat!

COVIELLE

Que cela est Judas !

LUCILE

Je vois bien, que la rencontre de tantôt a troublé votre esprit.

CLÉONTE, à Covielle.

Ah, ah! on voit ce qu'on a fait.

NICOLE

Notre accueil de ce matin t'a fait prendre la chèvre.

COVIELLE, à Cléonte.

On a deviné l'enclouure. .

LUCILE

N'est-il- pas vrai, Cléonte, que c'est là le sjujet de votre dépit?

CLÉONTE

Oui, perfide, ce l'est, puisqu'il faut parler; et j'ai à vous dire que vous ne triompherez pas, comme vous le pensez, de votre infidélité; que je veux être le premier à rompre avec vous, et que vous n'aurez pas l'avantage de me chasser. J'aurai de la peine, sans doute, à vaincre l'amour que j'ai pour vous; cela me causera des chagrins; je souffrirai un temps : mais j'en viendrai à bout, et je me percerai plutôt le cœur que d'avoir la faiblesse de retourner à vous.

COVIELLE, à Nicole.

Queussi, queumi.

- LUCILE

Voilà bien du bruit pour rien. Je veux vous dire, Cléonte, le sujet qui m'a fait, ce matin, éviter votre abord.

CLÉONTE, voulant s'en aller pour éviter Lucile.

Non; je ne veux rien écouter.

NICOLE, àCovielle.

Je te veux apprendre la cause qui nous a fait passer si vite.

COVIELLE, voulant aussi s'en aller pour éviter Nicole.

Je ne veux rien entendre.

LUCILE, suivant Cléonte,

Sachez que ce matin...

CLÉONTE, marchant toujours sans regarder Lucile.

Non, vous dis-je.

NICOLE, suivant Covielle.

Apprends que...

COVIELLE, marchant aussi sans regarder Nicole.

Non, traîtresse.

LUCILE

Écoutez.

Point d'affaire.

Laisse-moi dire.

Je suis sourd.

Cléonte!

Non.

Covielle!

Point.

CLEONTE.

NICOLE

COVIELLE

LUCILE

CLÉONTE

NICOLE

COVIELLE

LUCILE

Arrêtez.

CLÉONTE

Chansons!

NICOLE

Entends-moi.

COVIELLE

Bagatelle !

LUCILE

Un moment.

CLÉONTE

Point du tout.

NICOLE

Un peu de patience.

COVIELLE

Tarare.

LUCILE

Deux paroles.

CLÉONTE

Non ; c'en est fait.

NICOLE

Un mot.

Plus de commerce.

LUCILE, s'arrêtant

Eh bien, puisque vous ne voulez pas m'écouter, demeurez dans votre pensée, et faites ce qu'il vous plaira.

NICOLE, s'arrêtant aussi.

Puisque tu fais comme cela, prends-le tout comme tu voudras.

CLÉONTE, se retournant vers Lucile.

Sachons donc le sujet d'un si bel accueil.

LUCILE, s'en allant à son tour pour éviter Cléonte.

Il ne me plaît plus de le dire.

COVIELLE, se retournant vers Nicole.

Apprends-nous un peu cette histoire.

NICOLE, s'en allant aussi pour éviter Covielle.

Je ne veux plus, moi, te l'apprendre.

CLÉONTE, suivant Lucile.

Dites-moi.

LUCILE, marchant toujours sans regarder Cléonte.

Non; je ne veux rien dire.

COVIELLE, suivant Nicole.

Conte-moi...

*^- NICOLE, marchant aussi sans regarder Covielle.

Non; je ne conte rien

CLÉONTE

De gra ce !

Non, vous dis-je.

Par charité!

Point d'affaire.

Je vous en prie.

Laissez-moi.

Je t'en conjure.

Ote-toi de là.

Lucile!

Non!

Nicole l

Point.

Au nom des dieux!

LUCILE

COVIELLE

NICOLE.'

CLÉONTE

Lucile.

covielle.

NICOLE

LUCILE

COVIELLE

NICOLE

CLÉONTE

LUCILE

Je ne veux pas.

CO VIELLE

Parle-moi.

NICOLE

Point du tout.

CLÉONTE

Éclaircissez mes doutes.

LUCILE

Non; je n'en ferai rien.

00 VIELLE

Guéris-moi l'esprit.

NICOLE

Non; il ne me plaît pas.

CLÉONTE

Eh bien, puisque vous vous souciez si peu de me tirer de peine et de vous justifier du traitement indigne que vous avez fait à ma flamme, vous me voyez, ingrate, pour la dernière fois; et je vais loin de vous, mourir de douleur et d'amour.

COVIELLE, à Nicole.

Et moi, je vais suivre ses pas.

LUCILE, à Cléonte, qui veut sortir,

Cléonte !

NICOLE, à Covielle, qui suit son maître. Covielle!

CLÉONTE, s'arrêtant. ,

Hé?

COVIELLE, s'arrêtant aussi.

Plaît-il?

LUCILE

Où allez-vous? .r

CLÉONTE

Où je vous ai dit.

COVIELLE

Nous allons mourir.

LUCILE

Vous allez mourir, Cléonte?

CLÉONTE

Oui, cruelle, puisque vous le voulez.

LUCILE

Moi, je veux que vous mouriez?

Oui, vous le voulez .

LUCILE

Qui vous le dit?

CLÉONTE, s'approchant de Lucile.

N'est-ce pas le vouloir que de ne vouloir pas éclaircir mes soupçons?

LUCILE

Est-ce ma faute? Et, si vous aviez voulu m'écouter, ne vous aurois-je pas dit que l'aventure dont vous vous plaignez a été causée ce matin par la présence d'une vieille tante qui veut à toute force que la seule approche d'un homme déshonore une fille, qui perpétuellement nous sermonne sur ce chapitre et nous figure tous les hommes comme des diables qu'il faut fuir?

NICOLE, à Covielle.

Voilà le secret de l'affaire.

CLÉONTE

Ne me trompez-vous point, Lucile?

COVIELLE, à Nicole.

Ne m'en donnes-tu point à garder?

LUCILE, à Cléonte.

Il n'est rien de plus vrai.

NICOLE, à Covielle.

C'est la chose comme elle est.

COVIELLE, à Cléonte.

Nous rendrons-nous à cela?

CLÉONTE

Ah! Lucile, qu'avec un mot de votre bouche vous savez

apaiser de choses dans mon cœur! et que facilement on se laisse persuader aux personnes qu'on aime!

COVIELLE

Qu'on est aisément amadoué par ces diantres d'animaux-là !

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