‹ MoliereChapitre 207 sur 253 · SCÈNE VI BÉLINE, ARGAN · texte numérisé non relu

SCÈNE VI BÉLINE, ARGAN

ARGAN

Ah! ma femme, approchez.

BÉLINE.

Qu'avez-vous, mon pauvre mari?

Venez-vous-en ici à mon secours.

BÉLINE.

Qu'est-ce que c'est donc qu'il y a, mon petit fils?

ARGAN

Ma mie!

BÉLINE.

Mon ami!

ARGAN

On vient de me mettre en colère.

BÉLINE.

Hélas! pauvre petit mari! Comment donc, mon ami?

ARGAN

Votre coquine de Toinette est devenue plus insolente que jamais.

BÉLINE.

Ne vous passionnez donc point.

ARGAN

Elle m'a fait enrager, ma mie.

BÉLINE.

Doucement, mon fils.

ARGAN

Elle a contrecarré, une heure durant, les choses que je veux faire.

BÉLINE.

Là, là, tout doux.

ARGAN

Et a eu l'effronterie de me dire que je ne suis point malade.

BÉLINE.

C'est une impertinente.

ARGAN

Vous savez, mon cœur, ce qui en est.

BÉLINE.

Oui, mon cœur, elle a tort.

ARGAN

M'amour, cette coquine-là me fera mourir.

BÉLINE.

Hé là, hé là.

ARGAN

Elle est cause de toute la bile que je fais.

BÉLINE.

Ne vous fâchez point tant.

ARGAN

Et il y a je ne sais combien que je vous dis de me la chasser.

Mon Dieu! mon fils, il n'y a point de serviteurs et de servantes qui n'aient leurs défauts. On est contraint parfois de souffrir leurs mauvaises qualités, à cause des bonnes. Celle-ci est adroite, soigneuse, diligente, et surtout fidèle; et vous savez qu'il faut maintenant de grandes précautions pour les gens que l'on prend. Holà! Toinette!

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