‹ MoliereChapitre 27 sur 253 · MAROTTE, VIOLONS · texte numérisé non relu

MAROTTE, VIOLONS

LA GRANGE

Ma foi, marauds, vous ne vous rirez pas de nous, je vous le promets. Entrez, vous autres. [Trois ou quatre spadassins entrent.)

MADELON

Quelle est donc cette audace de venir nous troubler de la sorte dans notre maison?

DU CROISY

Comment, Mesdames! nous endurerons que nos laquais soient mieux reçus que nous, qu'ils viennent vous faire l'amour à nos dépens et vous donner le bal?

Vos laquais?

LA GRANGE

Oui, nos laquais; et cela n'est ni beau ni honnête de nous les débaucher comme vous faites.

MADELON

0 ciel! quelle insolence!

LA GRANGE

Mais ils n'auront pas l'avantage de se servir de nos habits pour vous donner dans la vue; et, si vous voulez les aimer, ce sera, ma foi, pour leurs beaux yeux. Vite, qu'on les dépouille sur-le-champ.

JODELET

Adieu notre braverie.

MASCARILLE

Voilà le marquisat et la vicomte à bas.

DU CROISY

Ah! ah! coquins, vous avez l'audace d'aller sur nos brisées! vous irez chercher autre part de quoi voUs rendre agréables aux yeux de vos belles, je vous en assure.

LA GRANGE

C'est trop de nous supplanter, et de nous supplanter avec nos propres habits.

MASCARILLE

0 fortune, quelle est ton inconstance!

DU CROISY

Vite, qu'on leur ôte jusqu'à la moindre chose.

LA GRANGE

Qu'on emporte toutes ces bardes, dépêchez. Maintenant, Mesdames, en l'état qu'ils sont, vous pouvez continuer vos amours avec eux tant qu'il vous plaira; nous vous laisserons toute sorte de liberté pour cela, et nous vous protestons, Monsieur et moi, que nous n'en serons aucunement jaloux.

Page 1