GARDE, ALCESTE, CÉLIMÈNE, ÉLIANTE, ACASTE, PHILINTE, CLITANDRE
GARDE
Monsieur, j'ai deux mots à vous dire.
ALCESTE
Vous pouvez parler haut, Monsieur, pour m'en instruire.
GARDE
Messieurs les Maréchaux, dont j'ai commandement, Vous mandent de venir les trouver promptement, Monsieur.
ALCESTE
Qui? moi, Monsieur?
GARDE
Vous-même.
ALCESTE
Et pourquoi faire?
PHILINTE
C'est d'Oronte et de vous la ridicule affaire.
Comment?
PHILINTE
Oronte et lui se sont tantôt bravés Sur certains petits vers, qu'il n'a pas approuvés; Et l'on veut assoupir la chose en sa naissance.
ALCESTE
Moi, je n'aurai jamais de lâche complaisance.
PHILINTE
Mais il faut suivre l'ordre : allons, disposez-vous....
ALCESTE
Quel accommodement veut-on faire entye nous? La voix de ces Messieurs me condamnera-t-elle A trouver bons les vers qui font notre querelle? Je ne me dédis point de ce que j'en ai dit. Je les trouve méchants.
PHILINTE
Mais d'un plus doux esprit....
ALCESTE
Je n'en démordrai point : les vers sont exécrables.
PHILINTE
Vous devez faire voir des sentiments traitables. Allons, venez.
ALCESTE
J'irai; mais rien n'aura pouvoir De me faire dédire.
PHILINTE
Allons vous faire voir.
ALCESTE
Hors qu'un commandement exprès du Roi me vienne De trouver bons les vers dont on se met en peine, Je soutiendrai toujours, morbleu! qu'ils sont mauvais, Ef qu'un homme est pendable après les avoir faits.
{A Clitandre et Acaste qui rient.) Par la sangbleu? Messieurs, je ne croyais pas être Si plaisant que je suis.
CÉLIMÈNE
Allez vite paroître Où vous devez.
ALCESTE
J'y vais. Madame, et sur mes pas Je reviens en ce lieu, pour vider nos débats.