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SCÈNE V ALCESTE, ARSINOÉ

ARSINOÉ

Vous voyez, elle veut que je vous entretienne, Attendant un moment que mon carrosse vienne; Et jamais tous ses soins ne pouvoient m'offrir rien Qui me fût plus charmant qu'un pareil entretien. En vérité, les gens d'un mérite sublime Entraînent de chacun et l'amour et l'estime; Et le vôtre, sans doute, a des charmes secrets Qui font entrer mon cœur dans tous vos intérêts. Je voudrois que la cour, par un regard |)ropice, A ce que vous valez rendît plus de justice : Vous avez à vous plaindre, et je suis en courroux, Quand je vois chaque jour qu'on ne fait rien pour vous.

ALCESTE

Moi, Madame! Et sur quoi pourrois-je en rien prétendre? Quel service à l'État est-ce qu'on m'a vu rendre? Qu'ai-je fait, s'il vous plaît, de si brillant de soi, Pour me plaindre à la cour qu'on ne fait rien pour moi?

ARSINOÉ

Tous ceux sur qui la cour jette des yeux propices

N'ont pas toujours rendu de ces fameux services.

Il faut l'occasion, ainsi que le pouvoir;

Et le mérite enfin que vous nous faites voir

Devroit...

ALCESTE

Mon Dieu! laissons mon mérite, de grâce; De quoi voulez-vous là que la cour s'embarrasse? Elle auroit fort à faire, et ses soins seroient grands D'avoir à déterrer le mérite des gens.

ARSINOÉ

Un mérite éclatant se déterre lui-même : Du vôtre, en bien des lieux, on fait un cas extrême; Et vous saurez de moi qu'en deux fort bons endroits Vous fûtes hier loué par des gens d'un grand poids.

Eh! Madame, l'on loue aujourd'hui tout le monde,

Et le siècle par là n'a rien qu'on ne confonde :

Tout est d'un grand mérite également doué.

Ce n'est plus un honneur que de se voir loué;

D'éloges on regorge, à la tête on les jette.

Et mon valet de chambre est mis dans la Gazette.

ARSINOÉ

Pour moi, je voudrois bien que, pour vous montrer mieux.

Une charge à la cour vous pût frapper les yeux.

Pour peu que d'y songer vous nous fassiez les mines,

On peut pour vous servir remuer des machines.

Et j'ai des gens en main que j'emploierai pour vous.

Qui vous feront à tout un chemin assez doux.

ALCESTE

Et que voudriez-vous, Madame, que j'y fisse? L'humeur dont je me sens veut que je m'en bannisse. Le Ciel ne m'a point fait, en me donnant le jour. Une âme compatible avec l'air de la cour;

Je ne me trouve point les vertus nécessaires Pour y bien réussir et faire mes affaires. Etre franc et sincère est mon plus grand talent; Je ne sais point jouer les hommes en parlant; Et qui n'a pas le don de cacher ce qu'il pense Doit faire en ce pays fort peu de résidence. Hors de la cour, sans doute, on n'a pas cet appui, Et ces titres d'honneur qu'elle donne aujourd'hui; Mais on n'a pas aussi, perdant ces avantages. Le chagrin de jouer de fort sots personnages : On n'a point à souffrir mille rebuts cruels. On n'a point à louer les vers de Messieurs tels, A donner de l'encens à Madame une telle. Et de nos francs marquis essuyer la cervelle.

ARSINOÉ

Laissons, puisqu'il vous plaît, ce chapitre de cour;

Mais il faut que mon cœur vous plaigne en votre amour;

Et pour vous découvrir là-dessus mes pensées.

Je souhaiterois fort vos ardeurs mieux placées.

Vous méritez, sans doute, un sort beaucoup plus doux,

Et celle qui vous charme est indigne de vous.

ALCESTE

Mais, en disant cela, songez-vous, je vous prie. Que cette personne est. Madame, votre amie?

ARSINOÉ

Oui ; mais ma conscience est blessée en effet

De souffrir plus longtemps le tort que l'on vous fait;

L'état où je vous vois afflige trop mon âme.

Et je vous donne avis qu'on trahit votre flamme.

ALCESTE

C'est me montrer. Madame, un tendre mouvement. Et de pareils avis obligent un amant!

Oui, toute mon amie, elle est et je la nomme Indigne d'asservir le cœur d'un galant homme;

Et le sien n'a pour vous que de feintes douceurs.

ALCESTE

Cela se peut, Madame : on ne voit pas les cœurs; Mais votre charité se seroit bien passée De jeter dans le mien une telle pensée.

ARSINOÉ

Si vous ne voulez pas être désabusé,

Il faut ne vous rien dire, il est assez aisé.

ALCESTE

Non ; mais sur ce sujet quoi que l'on nous expose, Les doutes sont fâcheux plus que toute autre chose; Et je voudrois, pour moi, qu'on ne me fît savoir Que ce qu'avec clarté l'on peut me faire voir.

ARSINOÉ

Eh bien, c'est assez dit; et sur cette matière

Vous allez recevoir une pleine lumière.

Oui, je veux que de tout vos yeux vous fassent foi :

Donnez-moi seulement la main jusque chez moi;

Là je vous ferai voir une preuve fidèle

De l'infidélité du cœur de votre belle;

Et si pour d'autres yeux le vôtre peut brûler,

On pourra vous offrir de quoi vous consoler.

FIN DU TROISIEME ACTE

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