‹ MoliereChapitre 85 sur 253 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

VALÈRE, MAITRE JACQUES

VALÈRE, riant.

A ce que je puis voir, maître Jacques, on paye mal votre franchise.

MAITRE JACQUES

Morbleu, Monsieur le nouveau venu, qui faites l'homme d'importance, ce n'est pas votre affaire. Riez de vos coups de bâton quand on vous en donnera, et ne venez point rire des miens.

VALÈRE

Ah ! Monsieur maître Jacques , ne vous fâchez pas, je vous prie.

MAITRE JACQUES, à part.

Il file doux. Je veux faire le brave, et, s'il est assez sot pour me craindre, le frotter quelque peu. (Haut.) Savez-vous bien, Monsieur le rieur, que je ne ris pas, moi; et que si vous m'échauffez la tête, je vous ferai rire d'une autre sorte? [Maître Jacques pousse Valère jusques au bout du théâtre en le menaçant.)

VALÈRE

Eh doucement.

Comment, doucement? Il ne me plaît pas, moi.

VALÈRE

De grâce!

MAITRE JACQUES

Vous êtes un impertinent.

VALÈRE

Monsieur maître Jacques.

MAITRE JACQUES

Il n'y a point de monsieur maître Jacques pour un double. Si je prends un bâton, je vous rosserai d'importance.

VALÈRE

Comment! un bâtoii? [Valère fait reculer maître Jacques à son tour.)

MAITRE JACQUES

Eh ! je ne parle pas de cela.

VALÈRE

Savez-vous bien. Monsieur le fat, que je suis homme à vous rosser moi-même?

MAITRE JACQUES

Je n'en doute pas.

VALÈRE

Que vous n'êtes, pour tout potage, qu'un faquin de cuisinier?

MAITRE JACQUES

Je le sais bien.

VALÈRE

Et que vous ne me connaissez pas encore?

MAITRE JACQUES

Pardonnez-moi.

VALÈRE

Vous me rosserez, dites-vous?

MAITRE JACQUES

Je le disois en raillant.

VALÈRE

Et moi ie ne prends point de goût à votre raillerie. (Donnant des coups de bâton à maître Jacques.) Apprenez que vous êtes un mauvais railleur.

MAITRE JACQUES, seuL

Peste soit de la sincérité! c'est un mauvais métier. Désormais j'y renonce, et je ne veux plus dire vrai. Passe encore pour mon maître, il a quelque droit de me battre : mais, pour ce monsieur l'intendant, je m'en vengerai si je puis.

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