HORON
IJae chanson à chanter?
LE SATYRE
Je port....
IIOROX.
Chanson aoxmreiise? peste !
LB SATYRE
Je portais dans une cage
Deux moineaux que j'avais pris.
Lorsque la jeune Chloris
Fit, dans un sombre bocage.
Briller, à mes yeux surpris.
Les fleurs de son beau visage.
Hélas ! dis-je aux moineaux, en recevant les coups De ses yeux si savants à faire des conquêtes,
Consolez-vous^ pauvres petites bétes :
Celui qin vous a pris est bien plus pris que vous.
(Moran demande au Satyre une chanson plus passionnée, et k prie de lui dire celle qu^U lui avait oui chanter quelques jours auparavant.)
LE SATYRE
Dans vos chants si doux Chantez à ma belle, Oiseaux, chantez tous Ma peine mortelle.
Mais si la cruelle Se met en courroux Au récit fidèle Des maux que je sens pour elle, Oiseaux, taisez* vous.
MOROX.
Ah y qu'elle est belle l Apprends-la-moi.
112 LA PRINCESSE B'ÉUI».
LE SATTBB.
La, la, la, la.
MOBOX.
La , la , la , la.
LB SATYRE
Fa, fa, fa, fa.
MOROX.
Fal loi-méme (1).
MoroD pousse la bouffonnerie jusqu'à se permettre le calembour; mais ce calembour tient à la musique, et la princesse d'Élide l'applaudirait s'il était dit en sa présence.
Remarquez, s'il vous platt, que le Satyre qui parle en chantant est le type, le premier exemplaire de tous les musicomanes, que tant d'auteurs ont montrés depuis lors sur la scène, depuis les Opéras, comédie de Saint-Évremond ; le Coquet trompé, de Baron ; le Distrait^ de Regnard, le Négligent, de Du Fresny ; Us Talents à la mode, de Boissy ; jusqu'à la Mmicomanie, la Mélomanie, la Visite à Bedlam, la Fausse Agnès, opéra comique. Je ne citerai pas une trentaine de farces de la foire où ce moyen d'égayer le public, en faisant paraître un personnage qui parle en chantant, se trouve reproduit, à rimitalion du Satyre de Molière.
Voyez aussi comme ce poète musicien parle avec délices d'un art qu'il, chérissait trop pour ne l'avoir pas cultivé; comme il revient toujours à la musique, et toujours aQn de louer, d'exalter le pouvoir de ses charmes! Un panégyriste aussi judicieux, euthousiasle au dernier point, et ne disant jamais un mot qui ne frappe juste et ne tombe carrément en ses discours, comme la note de basse frappe juslc sous une mélodie de Mozart, un dilettante de celle force, dont l'habileté ne se dément pas une seule petite fois, mérite le litre de professeur, digmis est intrare. MoUère-élait musicien, quoi qu'on die. Il n'avait qu*une flUe, que son mcrile, sa beauté, l'agrément de son esprit distinguèrent égalemeiil;
(i) DansTéiliiion des Oilurrcs de Molière, publiée, en ICCC, par Claude Barbin, Moron dil : Fa toi-inime.
quel époux choisit-elle? uq musicien, un confrère, le sieur de Montalan, gentilhomme, qui fut pendant quelque temps organiste de Saint-André-des-Arcs.
Je vais continuer ma citation, bien que nulle observation ne doive la suivre, et dans le seul but de vous montrer encore Molière parlant de son art favori.