SCÈNE X
MASCARIIXE.
Je veux vous dire Tair que j'ai fait dessus.
CATHOS
Tous avez appris la musique?
VASCABOXB.
JioifpoiiitdaloiiU
CATHOS
Et comment donc cela se peut-il?
UASCARILLK.
Les gens de qualité savent tout sans avoir rien appris.
MADBLOir.
Aasuréoieiilf ma chère.
MASGÂliaLS.
Écoutez si TOUS trouveree Tair à votre goût : hm, hm, \^ la, la, la, la. La brutalité de la saison a furieusement outragé la délicatesse de ma voix; mais il n'importe, c'est ^ la cavalière.
— Quand je vois ces cavaliers, qui pour se mettre en crédit chez les dames, négligent la YOie des armes, des joutes et des tournois, pour faire les beaux espritSi et les versificateurs : j'aimerais autant voir les chevaliers du port au Foin, faire les galants avec leurs tournois à la batelière, lorsqu'ils tirent Tanguilie ou Toison, et qu'il sjoûtent avec leurs lances. Cependant il se coule mille millions de méchants vers sous le titre spécieux de vers à la cavalière^ qui effacent tous les bcms et qui prennent leur place. Combien voyons-nous de femmes bien faites, mépriser des vers tendres et excellents qu'aura faits pour elles un honnête homme avec tous les soins imaginables y pour admirer deux méchants quatrains, aussi
polis que- ceux de NoslradamoSy qu'un plumet leur aura donnés? 0 Muses! si tant est que votre secours soit nécessaire aux amants , pourquoi souffrez-vous que ceux qui vous barbouillent et qui vous défigurent, soient favorisés par votre entremise , et que. vos nourrissons les plus chers soient d'ordinaire si mal reçus?» Furetière, k Boman bourgeois^
Les airs bachiques ou galants, les airs à boire mêlés de galanterie, formaient le répertoire des chanteurs de salons ou de ruelles. Ils les faisaient entendre aux soupers : les dames entonnaient aussi des hymnes à Bacchus, elles en composaient (l). L'imprimeur Ballard avait publié pour elles un recueil en deux volumes, ayant pour titre lei Tendrems bachiques. Ces airs devaient être chantés à la cavalière, c'estè-dire, librement et sans instruments. — C'était faire le précieux ou la précieuse de se piquer de ne point chanter sans théorbe, » dit le professeur Bacilly, dans ses Remarques a^ rieuses sur Part de bien eharUer, Ptris, 1668, in-lS.
— La conversation languit : on prie quelqu'un de chanter un air, on l'écoute et Ton recommence à causer. S*il avait proposé d'envoyer quérir une basse de viole, on se serait séparé. A la fin du repas, dans l'émotion où le vin et la joie ont mis les conviés, on demande un air à boire : l'accompagnement aurait là quelque chose de gêné, qui serait hors de saison et sentirait trop le concert préparé. Il y a d'ailleurs k chanter seul je ne sais quoi de cavalier et de dégagé, qui convient mieux à un homme de qualité, que laser%itudeet l'embarras de Taccompagnement. Galon n'a-t-il pas dii^ 'Quod simplicitereanere non areu «emfe optM. »Lecerf de LA Viedville, seigneur de Fresneuse, garde des sceaux du parlement de Normandis,
(1) Dans les Poésies de M^ de Sainctongef on trouve beauooup plus de cbausous à boire que de vers galants. Deux volumes m-12 , Dijon » 171 1. Le Mercure de France a donné, pendant plus d*un siècle , une, deux et même trois chansons à boire par mois , à ses nombreux souscrip* tours*
Comiparaiwn delà mtcfijue ikUimne et de la musique française. Uniielles, 17M, in^ll
^— Le Faillear sarait lamusique, chantait, dansait, faisait des vers pour rire ; il chanta quatre-vingt-huit chansons pour une soirée de camaTal. r> Tallemant des Réaux.
On trouTe dans nos bibliothèques nationales une infinité de recueils d'airs de ces divers genres composés par Goudimel Roland Delattre, dit de lassm^ Claude Lejeune, dit Claudin^ Jarxiues Moderne, Arcadet» Gilles Maillard, Du Caurroy, Hautcousieaux, Moulinié, Guédron, Gambefort, Railli, Antoine Boësset, Jean Roësset, Claude Bocsset, Lambert, Louis do Mollier, dit Molière j Richard, Du Buisson, le Camus, Bninet, Noblet, Lulli, Bacilly, Moreau, Gillicrs, Malho, de Bousset, Mouret, de Chassé, Boismortier et beaucoup d'autres. Le père Kircher nous a conserve la chanson : Tu crois, ôbeau tokU, fort bien écrite à quatre voix par le roi Louis XIIL JfMfttr^îa «itîoerw/ts, tome I, page eoo.
V(H€t les paroles d'une de ces chansons qui faisaient les délices des gastronomes. La musique en est fort originale ; la mesure, le mouvement changent à chaque distique, & chaque vers, pour que le sens des mois soit mieux exprimé ; Tari de chanter se réduisait alors presque mx règles de la déclamation.
fA4|!utrel6Dips, lent.) le ne saanîs chanter sans accompagnement.
(A trois temps, nie. ]
Le verre est un instrument [Bis.) Qui m'accompagne k merveille.
( A qiiplFe, majestueux.)
C'est ma viole , c'est mon clavecin ,
( Gamme. ) Ter fin tin tin tin , ter Un lin lin tin. (Reprenes les trois premien vers poar flair.)
— Au quatrième acte du Bourgeois gentilhomme, il y a deux airs à boire. Le second :
Buvons, chers amis, buvons, lé tempe qui fuit noiii j convie;
était uo des airs du monde que Lulli a, toute sa vie, le plus aimé. Brunet m'a dit qu'ils le chantaient souvent ensemble ; Lulli chantait la basse, accompagnant de son clavecin. » Lecërf de la Vieuville»
Brunet avait musique beaucoup de brunettes comme tous les compositeurs de son époque» et n'a pourtant pas d<mné son nom à ces chansons d amour » ainsi qu'on pourrait le croire. Chanson d'atiwur, tel était jadis le titre du petit poàme lyrique appelé maintenant romance; bruneUe fut préféfé vers 1585. Dans les recueils de Ballard publiés sous le r^ne de Louis XIV, toutes les chansons d'amour portent le nom de brunetU; en voici la raison, que je vous ferai mieux comprendre en citant quelques vers.
Le beau berger Tircis,
Près de sa cbère AnoeUe, Sur le bord du Loir assis Cbantaît dessus sa miisetle :
— Ab! petite bruDette «
Ab I ta me fais mourir. » (l)
Tel est le début d'une romance mise au jour vers 1585, dont le succès fut si grand, si populaire, que l'on donna le nom de bnnetfe à ^utes les chansons rimées sur un sujet plein de tendresse et de sentiment. Il est bon d'ajouter que ces deux derniers vers formaient le refrain de tous les couplets de la romance favorite.
Les chansons, les refrains satiriques, tels que les guéridons, les ponts-bretons, les oui-da^ les lérida (2) , les tarare pwh pon^ les lampons^ les colin-tampon^ les ^on ton ^on tagine ton ton^ avaient une origine semblable. On adoptait les refrains des chansons à la mode, et d'autres paroliers s'empressaient de
^ (i) L'auteur de Jocelyn nous ramène à rbeoreax temps oîi l'onhisait rimer assis avec mourir ; c'est un progrès. (3) Qui ne cbant&t des léridas
Et des lampons et des oui*das.
^ SoMOir t ie Fftpk trêPuiù
us PBMGIEUSES ridicules. 75
terminer leurs couplets par ces laéines refrains, amenés avec plus ou moins de bonheur. N'aTons-nous pas va dernièrement un populaire stupide savourer avec délices une ordure musicale venue du pays deslroquois, et se passionner pour drtn, drin^ drin, drin? Tous nos vaudevillistes jetaient le drindrin à leur auditoire comme on jette le brouet aux pourceaux.
Les guéridons furent d'abord appliqués au branle de la torche. On les adressait à celui qui, placé dans le milieu du cercle, tenant le flambeau, servait de guéridon, et devenait ainsi le plastron muet, impassible de toutes les railleries. La danse de la torche est encore en usage en Allemagne ; elle fut exécutée à Berlin, en mai 1729, aux noces de la seconde fille du roi de Prusse avec le margrave d'Ânspach. Les Allemands appellent ce branle facheldantz. Nous en avons vu l'imitation embellie dans les représentations de Ftvust^ opéra de Spohr, données à Paris, en 1830, par les chanteurs allemands.
Tarare se dit en imitation d'un appel de trompette, et pon pon figure le jeu du tambour. Ce refrain lancé dédaigneusement à celui qui menace, lui fait comprendre qu'on ne craint pas de le défier à cheval comme à pied.
CoUn-kimpùn est une expression de mépris qui date du règne de François !•'. C'est un sobriquet formé par onomatopée du bruit des tambours battant la marche des Suisses, rt que nos soldats leur appliquèrent après les avoir vaincus à Marignan. — Je m'en moque, je m'en soucie, comme de colin-^tampon. d Le refrain est devenu proverbe.
Les seigoears des iteiie canionsy Ces fidèles colin-tampons.
loRET, 19 juillet 1653.
Les llonftonsj les la farvra dondéy les towrdouribo, les fanêwrtu, etc., qu'Olivier Basselin a jetés au hasard dans ses couplets bachiques, dérivent du grec et de l'hébreu. Depuis 14S4. ils ont disnensé trop souvent nos coniMîers d^foir de
U LES PRÉCIEUSES RIMCULS8,
l'esprit, et DOS anciens youlaient bien se contenter de ces refrains» quand ils n'étaient pas trop maladroitement amenée
Latin, le désordre enleodiii Leur répondit, lantwrelu.
Ce mot en langage ndgaire Veut dire : aUez wm$ faire faire; Je ne saurais bonnétement Vous Texpliquer plus dairement.
ScARROif, le Firgile travesU^ livre VII*
Les Italiens chantaient beaucoup à table, c'est-à-dire autour d'une table chargée ou non de mets appétissants. Leurs madriQoli di tavolino étaient spécialement écrits pour ces virtuoses gourmands d'harmonie. Les moines exécutaient en choeur le Benedicile avant de commencer leur repas, et le Gradas quand ils se levaient de table. Pour la commodité des chanteurs et la correction de l'ensemble, on imagina de graver ces deux prières sur les couteaux. Après avoir lu sa partie du Bentdicite sur un coté de la lame, on tournait le feuillet tranchant, qui présentait Gralias à son revers. Quatre ou cinq couteaux armaient à l'instant un quatuor, un quintette vocal» où chacun trouvait sa partie notée. Jouer des couteaux était chose agréable, innocente en pareille occasion.
Antiquaire savant, violoniste des plus distingués, M. Sauvageot possède plusieurs de ces instruments de table et de musique, en son cabinet de curiosités inQniment remarquables. Ces reliques, d'un très joli travail, appartiennent au XVI* siècle.
Plus tard, à Rouen, de fort habiles potiers ont publié des chansons joyeuses, des canons à trois, à quatre voix, imprimés sur des assiettes de faïence, avec bordures élégantes. Ces assiettes, parfaitement en harmonie avec les couteaux, sont arrivées aussi dans le cabinet de M. Sauvageot, en compagnie d'un violon, de taille ordinaire, en faïence, à l'exception de la touche et des chevilles, avec ornementations Meues sur fond blanc, du temps de Louis XIV. Au revers de cet înstnunent singulier, on voit dans le haut un concert d'anges,
LES PRÉCIBUSBS RIDICULES. T7
et, dans sa partie inférieure, des musiciens, en costume de répoque, exécutant des symphonies.
Béranger déplore, avec autant d'esprit que de malice, l'alMuidon à peu près général de la chanson de table, mise en scène à table. Je citerai ce charmant opuscule, il se présente ici doublement à propos, puisque nous y retrouverons un de ces vieux refrains pleins d'énergie, enfants capricieux du bachique délire de Basselin.