‹ Molière's Les précieuses ridiculesChapitre 3 sur 46 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

La Grange, Du Croisy

du croisy.

Seigneur^ la Grange...

LA GRANGE

Quoi?

DU CROISY

Regardez-moi un peu sans rire.

LA GRANGE

Eh bien?

DU CROISY

Que dites-vous de notre visite? en étes-vous fort 5 satisfait ?

LA GRANGE

A votre avis, avons-nous sujet de l'être tous deux?

DU CROISY

Pas tout à fait, à dire vraL S

LA GRANGE

Pour moi, je vous avoue que j'en suis tout scandalisé. A-t-on jamais vu, dites-moi, deux pecques^ provinciales faire plus les renchéries que celles-là, et deux hommes traités avec plus de mépris que nous? A peine ont-

5 elles pu se résoudre à nous faire donner des sièges. Je n'ai jamais vu tant parler à l'oreille qu'elles ont fait entre elles, tant bâiller, tant se frotter les yeux, et demander tant de fois: «Quelle heure est-il?» Ont-elles répondu que^ oui et non à tout ce que nous avons pu

lo leur dire ? Et ne m'avouerez-vous pas enfin que, quand nous aurions été les dernières personnes du monde, on ne pouvait nous faire pis qu'elles ont fait?

DU CROISY

Il me semble que vous prenez la chose fort à cœur.

LA GRANGE

Sans doute, je l'y prends, et de telle façon, que je 15 veux me venger de cette impertinence. Je connais ce qui nous a fait mépriser. L'air précieux' n'a pas seulement infecté Paris, il s'est aussi répandu dans les provinces, et nos donzelles ridicules en ont humé leur bonne part. En un mot, c'est un ambigu de précieuse et de 20 coquette que leur personne. Je vois ce qu'il faut être pour en être bien reçu; et si vous m'en croyez, nous leur jouerons tous deux une pièce qui leur fera voir leur sottise, et pourra leur apprendre à connaître un peu mieux leur monde.

DU CROISY

25 Et comment encore?

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