I. Tome IV, p. 266 et suiv
que le plus grand des rois a fait paroistre de sa mort est une marque incontestable de son mérite. Il avoit trouvé l'art de faire voir les défauts de tout le monde, sans qu'on. s'en pust offenser, et les peignoit au naturel dans les comédies qu'il composoit encore avec plus de succez qu'il ne les récitoit, quoy qu'il excelast dans l'un et dans l'autre. C'est luy qui a remis le comique dans son premier éclat ; et depuis Térence personne n'avoit pu légitimement prétendre à cet avantage. Il a le premier inventé la manière de mêler des Scènes de Musique et des Balets dans les Comédies, ,ct il avoit trouvé par là un nouveau secret de plaire, qui avoit esté jusqu'alors inconnu et qui a donné lieu en France à ces fameux Opéra qui font aujourd'hui tant de bruit, et dont la magnificence des spectacles n'empesche pas qu'on ne le regrette tous les jours. J'eus à peine achevé de parler du mérite de cet autheur, qu'une Personne de la Compagnie tira quelques pièces de vers qui regardoient cet illustre défunt. Plusieurs en lurent haut, et les autres bas. Voicy ce qui fut entendu de toute la compagnie . »
Viennent ensuite les pièces de vers composées sur la mort de Molière. Celle de La Fontaine s'y trouve, puis d'autres encore, mais nous n'en citerons que deux :
Si dans son art c'est estre un ouvrier parfait, Que sçavoir trait pour trait
Imiter la nature, Molière doit passer pour tel ; Michel-Ange, Lebrun et toute la peinture Q>mnie luy n'ont sçeu faire un mort au naturel.
Pluton voulant donner aux Gens de l'autre vie
Le plaisir de la Comédie, Ayant pour faire un choix longtemps délibéré,
Ne trouva rien plus à leur gré.
Que le Malade Imaginaire; Mais comme par malheur il manquoit un acteur, L'un d'entr'eux dit tout haut qu'on ne pouvoit mieux faire,
Que d'envoyer quérir l'Autheur.
Dans une autre épitaphe, il est question de
L'inutilité du sçavoir De ceux qui font la médecine Et qui n'ont pu sauver Molière.
« Ces vers, ajoute le Mercure calant, donnèrent occasion de parler de la médecine ; quelques-uns se déclarèrent contre, et plusieurs prirent son party. Un de ceux qui la défendit avec le plus de chaleur tint ce discours en parlant de Molière : S'il avoit eu le temps d'astre malade, il ne seroit pas mort sans médecin. II n'estoit pas convaincu luy-mesme de tout ce qu'il disoit contre les médecins, et pour en avoir fait rire ses auditeurs, il ne les a pas persuadez i. »
Mais le morceau le plus intéressant du Mercure,
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c'est à coup sûr l'oraison funèbre que nous allons reproduire :
« Cléante m'estant venu voir le lendemain que Molière mourut, nous témoignâmes le regret que nous avions de sa perte. Il me dit qu'il avoit envie de faire son oraison funèbre ; je me moquay de luy. Il me dit qu'il la feroit et qu'il la réciteroil mesme devant ceux que je voudrois. J'en demeuray d'accord, et luy dis que j'avois fait faire une Chaise, parce que Molière devoit venir jouer le Malade Imaginaire chez moy, et qu'elle luy serviroit. Il m'a tenu parole et nous allons voir s'il s'acquittera bien de ce qu'il m'a promis. Comme Cléante estoit un homme fort enjoué et qui divcrtissoit fort les compagnies où il estoit, ils passèrent tous avec empressement dans la salle où on les attendoit : elle estoit toute tendue de deuil et remplie d'écussons aux armes du défunt. Cléante n'eust pas plutost appris que toute la compagnie avoit pris place, qu'ayant pris une robe noire, il monta en chaise avec un sérieux qui fit rire toute l'assemblée. II commença de la sorte :