‹ Mon ami Christophe, comédie-vaudeville en un acteChapitre 11 sur 18 · CHRISTOPHE, DUFOUR · texte numérisé non relu

CHRISTOPHE, DUFOUR

DUFOUR , entrant ai^ec une robe de chambre , des bottes à l'écnyère j, des hinettes et une casquette de ueau marin. Ouf! ah! la,, la la la... Heureusement, j'espère que je

serai bientôt sec... Aye... aye , les reins.

Eh î Dieu me pardonne, c'est monsieur Dufour, tout trempé... Il me paraît que vous avez éprouvé une furieuse avarie.

DUFOUR

Je vous en réponds... voyez un peu comme je suis fait.

Air : Du Dimanche à Passy.

Je suis, le diable m'emporte, Ereiuté , moulu , brisé , Je n'en peux plus, mais n'importe.

Je me suis bieu amusé.

J'arrive , il était trop tard , La chasse était autre part; Mon cheval à travers champs, Soudain prend le mors aux. dents, Je me cramponne à la bride, Mais quoique bon cavalier, Un saut de mouton perfide Me fait perdre l'étrier.

Pour ne pas tomber alors, ^.^..^ji^^'" Je l'empoigne à bras-le-corps. J'avais beau crier: oh! oh!

Il redoublait le galop; Bref: par-dessus sa crinière, Je saute, devinez où ?

Mais, probablement par terre.

DUFOUR

Non pas... dans l'eau jusqu'au cou, Mais je suis très-bon nageur , El j'avais pied par bonheur ; On m'entend, et l'oii accourt. Car je criais comme un sourd.

Enfin, pour finir l'histoire , Percé, trempé, jusqu'aux os.

J'en sortis couvert de gloire , D'eau bourbeuse et de roseaux:

Oui , de ce maudit bourbier, On m'airache tout entier, Excepté mon habit giis Qui reste dans un taillis.

Je suis le diable m'emporte , Ereiuté, moulu, brisé, Je n'en puis plus , mais n'importe , Je me suis bien amusé.

Et VOUS n'en avez pas d'autre? (« part). Alors voilà une fameuse occasion , et je ne la manquerai pas.

DUFOUR

Us vont se moquer de moi , j'en suis sûr , en me voyant en robe de chambre.

Eh! bien, je ne le souffrirai pas... (Lui montrant une des manches de son habit). Tenez, regardez-moi r,a... comme c'est fin , comme c'est doux... et beau en couleur... voyez le reflet au jour.

DUFOUR

Eh ! bien , après ?

Je vous le cède au prix coûtant.

DUFOUR

Comment ! vous seriez assez obligeant ?..

Cent vingt francs... c*est pour rien... il vous coûterait cent soixante chez un tailleur... Eh! bien, ça vous va-i-il?

DUFOUR

Mais vous !

Soyez tranquille, j'ai ce qu'il me faut... un petit frac de voyage qui ne me quitte jamais, (à part). Et qui me sert chaque fois qu'il m'arrive de placer un habit. {Haut). D'ailleurs , en attendant , vous me prêterez votre robe de chambre... (/l Ole son habit et prend la robe de cliambre de Dufour). Passez-moi ça... (à part). C'est un drap apparent, et ça me revient à soixante francs , avec la façon. DUFOUR^ après av^oir passé Ihahit.

Dite«-donc , il me semble qu'il est un peu juste.

CHRISTOPHE j mettant la robe de chambre. Il n'y a pas de mal -, ça vous fera tenir droit.

DUFOUR

Oui, mais les manches.... elles me paraissent un peu courtes.

Tant mieux , c'est la mode , depuis qu'on a repris les manchettes... tenez, vous me croirez si vous vouiez, on dirait qu'il a été fait pour vous... et, à la rigueur, il pourra vous servir d'habit de noce... A propos de la noce, vous ne savez pas?... Je vais vous dire un secret , mais il ne faut pas en parler...

Qu'est-ce que c'est donc ?

On veut donner à la mariée un trousseau de toute beauté..

DUFOUR

Ehî bien... ensuite ?

CBPJSTOPHE.

Vous ne comprenez pas?... vous vous trouvez dans l'impossibilité de ne pas donner, au nom du futur, votre pupille, une corbeille analogue... mais soyez tranquille, je vous rendrai le service de me mêler de ça... quelques parures, quelques cachemires... seulement.

DUFOUR

Comment, comment , mais tout ça coûtera un prix fou. CH:usT(jpeE.

Pas tant que vous croyez... [A part). Bon, je vois que l'affaire s'arrangera , mais il ne faut pas l'effrayer sur le prix. (^Haitt). Surtout, n'en dites rien à madame Duhamel, vous me compromettriez... mais pardon... j'oubliais quelque chose dans mes poches 5 ma tabatière et mon mouchoir... [Il les prend j et offre du tabac à Dufour). En usez-vous ?..

DUFOUR

Volontiers... diable! elle est jolie votre tabatière.

Vous trouvez?... et à musique, donc... elle Joue trois Xjrohennes charmantes... tenez, écoutez cet air-là... (// me^ la tabatière sur son chapeau j elle joue zm air). Hein ! quelles variations !

DU FOUR

Tiens, c'est gentil ça.

Si vous voulez, je vous en arrangerai... j'ai aussi des petits cigares du Levant , dont vous me direz des bonnes nouvelles... je m'en vas vous les chercher... c'est une occasion...

DUFOUR

Ah ! plus tard , plus lard , nous avons le temps.

Non pas, diable! quand je fais une affaire, il faut que ce soit fini promptement, parce que la parole, avec moi, ce n'est rien... bien souvent la marchandise vous reste , au lieu qu'une fois livrée, il n'y a plus à revenir... je mVn vas vous envoyer ça , et nous ferons un bloc du tout.

(// sortj après avoir repris ce quil avait déposé

sur la chaise ) .

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