SCÈNE XX
Les Mêmes , Mad. DUHAMEL , DUFOUR.
DUrouR , en entrant.
Mais , madame Duhamel , c'est une folie , ra n'a pas.de nom.
MAD. DUHAMEL
Mais, M. Dufour, je ne sais pas où vous avez l'esprit.
DUFOUR
M'obliger à donner une corbeille d'un luxe asiatique.. . pour des bourgeois!..
MAD. DUHAMEL
Exiger que je fournisse un trousseau pour lequel je serai
Archief va
forcée de vendre une de mes propriéle's... d'ailleurs, ce mariage ne peut plus avoir lieu.,, ce que in'a dit ma petite fille sur le compte de M. Jules , m'a fait totalement changer d'avis.
CÉCILE
-Bonne maman... je me trompais... mon cousin n'était mauvais sujet que pour me plaire.
DUFOUR
Comment , comment , pour te plaire ?
MAD. DUHAMEL, à /«/e5.
Mais , monsieur, qui donc a pu vous donner d'aussi mauvais conseils ?
JULES. I
Dame, bonne maman , c'est... c'est M. Christoplie.
DUFOUK.
Ah I ça , mais qu'est-ce que tout cela signifie ?
MAD. DUHAMEL.'
En vérité, je n'en reviens pas, et cela me fait naître une idée tort désavantageuse sur ce monsieur-là.
Air : Vive une Femme de tête.
Sa conduite est sans pareille j Cher Dufour, dites ici.
Qui vous parla de corbeille ?
Eh! parbleu , c'est encor lui , Mais ce trousseau magnifique.
Dont il était question...
MAD. DUHAMEL
Maintenant , cela s'explique , Est de son invention.
Desa part rien ne m'étonne.
Car si je l'ai bien compris , Il m'oârait de la cretonne , Des cartes à moite prix.
DUFOUR
Par exemple c'est unique , Il voulait me vendre à moi Sa tabatière à musique, Du tabac... je ne sais quoi.
Bien, plus son ardeur de vendre^ Me livrait un tel assaut , Qu'il m'a forcé de lui prendre Son habit... voyez plutôt j Bref, dans sa manie extrême.
Bien ne pourrait l'arrêter j Certe ,, il se vendrait lui-même , Si l'on voulait l'acheter. ( bis ).
SCÈINE XXI.
Les Mêmes , CHRISTOPHE , ensuite FRANÇOIS.
CHRISTOPHE , en entrant.
Que vois-je? loute la famille réunie... charmant tableau !
FRAISÇOIS, arrivauL avec des paquets sons le bras, M. Ghrislophe... M. ChristO|>he... voilà vos marchandises., on n'en n'a pas voulu à l'office...
CHRISTOPHE , à paît.
Ah ! diable , tout va se découvrir. ( bas à François ). Plus bas donc... plus bas.
FRANÇOIS
Ils ont dit comme ra que les bijoux étaient en straz. .. et que les mouchoirs n'étaient pas bon teint...
Parbleu... je crois bien... pour le prix.
, MAP. LUHAMEL.
Comment ! aux domestiques aussi... ah ! c'est par trop fort.
DUFOUR
C'est abominable.... c'est une véritable mystification ... tenez... tenez , mon cher monsieur... voilà votre habit , je n en veux pas... voilà aussi vos papiers que vous aviez encore oubliés dans votre poche... ( Il appercoit une carte d'adiesse ). Qu'est-ce que c'est, qu'est-ce que c'est que ça?.. ( Lisant l'adresse). « Christophe aîné ^ rue du Gros-Chcnit j n°» » lOj fuit la commission en tous genres, prête aux mi~ » neurs , dégage les cjjéts du Mont-de-Piélé , et achète les » reconnaissances ».
CHRISTOPHE , à part.
Heureusement que la marchandise est livrée.
MAD DUHAMEL
Ah ! Dufour... quel homme ce pauvre Jules avait pour ami.
JULES, troublé.
Mon oncle!..
DUFOUR
Mais il me vient une idée,., prête aux mineurs.,, est-ce que par hasard?..
JULES
Mon oncle... il est vrai... une lettre çle change.
DUFOUR, oas a juies.
Silence devant ces dames, entendez-vous, monsieur, iqii'elles ignorent votre conduite... [Haut à ChristOfjh(^ ). M. Clirisiophe, je ne paierai rien , que nous n'ayons réglé le tout juridiquement à Paris.
CHRISTOPHE , à part.
Diable ! et moi qui ne suis point patenté... ( Haut à Du-* four). Nous arrangerons ra à Tamiable... ne vous fâchez paà.« j'en passerai par où vous voudrez.
DUFOUR
Quant à votre tabatière à musique, vos cîgarres... la cretoiine et les cartes de madame Duhamel , vous pouvez les reprendre , on vous rendra le tout.
JULES
Et même votre parure , qui n'est pas du tout de la même couleur que mes cheveux.
DUFOUR
En attendant , la maison est petite , incommode , et...
Je comprends... vous voulez que je vous fasse l'amitié de.. ( Faisant le signe de partir), \
DUFOUR
Justement.
Eh! bien, oui... mais c'est que ce n'est pas possible , ce que vous me demandez-là... je viens de vendre mon équipage à un gros fermier de la Brie... écoutez-donc , mettez- Vous à ma place... cent francs à gagner sur un petit cheval borgne...
MAD. DUHAMEL
Oui... oui... mais, monsieur, la diligence ne tardera pas à passer... et vous pourrez profiter de l'occasion.
Volontiers... aux dames je n'ai rien àrefuserj {^ part). d'autant plus que je pourrai peut-être trouver dans la voiture un amateur sur lequel je pourrai gagner ma place. (Jiaut)^ Allons , sans rancune , toujours.
Chiistophe, 5
MAD. DUHAMEL, ilir : "Du Vaudeville de Partie et Revanche. { musique de M. Heudier ).
On a souvent dît que ce monde Était comme un vaste basar, Où tout se vendait à la ronde, Les objets neufs , ou de hasard :
Sur presque tout, si l'on trafique, Rappelle- toi bien qu^'ci bas, L'Honneur et l'estime publique, "Voilà ce qu'on n'achète pas.
JULES
Toutes nos marcbaindes de mode,
Vendent aux goûts des amateurs ,
Dans plus d'un magasin commode,
Leuis chapeaux de toutes couleurs,
Et leurs rubans, et leurs faveurs:
Mais voulez-vous de l'innoCenre ,
Elles vous répondront tout bas:
« Vous vous trompez, car chez nous, vu l'absencç,
» Voilà ce qu'on n'achète pas ».
DUFOUR
Non contens de leur industrie,
Les étrangers viennent , dit on ,
Acheter dans notre pahie ,
Les produits de notre salon :
Les tableaux de plus d'uu grand maître,
Sont enlevés par leurs ducals;
Mais le talent qui les Ht naître ,
Voilà ce qu'ils n'achètent pas.
FRANÇOIS
Monsieur y Monsieur , voilà la diligence qui passe.
C'est bon... je m'en vas... niessienrset mesdames, j'ai bien l'honneur de... {Revenant), ah ! j'oubliais... ( au fnibhc , /e- •prenant les paquets que François lui présente), IVJesMeurs, yous savez oit je demeure... si quelqu'un par hasaird avait h^^
soin de moi , on me irouve à mon domicile , le malin jusqu'à onze heures... ei plus lard, à restaminet Hollandais, au premier, sur le devant... je serais enchanté de faire quelque chose avec vous... soyez persuadés que, selon ma coutume, je traiterai tout le monde en ami.
Je vends, j'achèfe et fais la hanque.
Je tiens un peu de tout, enfin, Mais un seul article nie manque, Pour completter mon magasin. On n'en trouve pas sur la place , pest. ( Il frappe dans ses mains ), Vous sentez mon embarras j Pour rien , messieurs , douuez-le moi de grâce, Q^Y cela ne s'achète pas.
Archives de la Ville de B^l-:!^ Archief van de Stad Bruosel