ACTE I, SCÈNE IV
BERTIN
Vous savez bien que je ne suis occupé que de vous, que je vous aime.
MADELEINE
Bruxelles vous guérira.
BERTIN
Mais je passerai mon existence dans les trains. Rien ne m'empêchera d'être ici tous les jours.
MADELEINE
Vous avez raison, Bruxelles est trop près... Je vous envoie à Pétersbourg.
Brr!... J'ai déjà froid, je gèle, touchez mes mains...
MADELEINE, se dégageant.
Ah! non!... Si vous continuez, je vous fais attacher à Pékin, attacher, vous m'entendez bien.
(Elle recule sa chaise.)
BERTIN
Je vous déplais donc tellement, que vous ne pensez qu'à m'éloigner de vous?
MADELEINE
Je suis bien forcée d'éloigner un monsieur qui passe son temps à se rapprocher... (Elle lui indique
une autre chaise.) Asseyez-VOUS là-bas. (Comme il a rapproché cette nouvelle chaise, elle lui en indique une autre encore.) Non, là-bas. (H se décide à rester en place, avec un air boudeur.) Parlons de votre carrière.
BERTIN
Ça m'est égal.
MADELEINE
Vous mentez! Vous mentez effrontément!
Vous tenez beaucoup à votre carrière! Il est même probable qu'au moins dans les commenments vous avez vu en moi une femme utile beaucoup plus qu'une femme agréable.
Comment pouvez-vous dire?
MADELEINE
Oh ! je n'ai pas d'illusions sur vous ! Vous avez pensé que je pouvais vous servir, et vous vous êtes dit : « Ça la flattera, cette petite, de se voir faire la cour par le beau Bertin. »