ACTE H, SCÈNE XII I9I
TEDDY
Vous croyez?
MADAME ROUCHER
Je le crois. Nous ne pouvons pourtant pas la tuer, cette enfant! Nous avons le devoir de résister aux entraînements du cœur! Nous n'avons pas le droit d'oubHer qu'au-dessus du cœur il y a la tête.
TEDDY
Vous êtes une bonne femme, madame Roucher, une très bonne femme... Seulement vous ne voyez pas très clair... C'est vous qui avez observé qu'elle était si amoureuse que ça de son mari?
MADAME ROUCHER
Non, je n'avais pas remarqué... C'est lui qui me l'a dit.
TEDDY
Lui non plus, il ne voit pas très clair... Moi, je vois très clair... Elle n'aime pas beaucoup son mari.
MADAME ROUCHER
OÙ prenez- vous ça?
Elle est triste, elle est nerveuse.
MADAME ROUCHER
Parce qu'elle est jalouse.
TEDDY
Elle n'est pas jalouse du tout... Seulement elîe est très malheureuse.
MADAME ROUCHER
Avec un homme pareil!... Qu'est-ce que vous dites? Malheureuse, elle! Voyons, Teddy!
TEDDY
Très malheureuse!... Elle a horreur de la vie qu'elle mène, elle ne s'intéresse pas à toutes ces histoires de ministère.
MADAME ROUCHER
Ça, c'est vrai qu'elle n'y comprend rien.
TEDDY
Naturellement!... Elle est une femme toute petite... Lui, c'est un géant! Il est trop grand pour elle. Et ce qu'il y a d'effrayant, c'est qu'il va continuer à grandir. Quand il sera ministre, elle sera encore plus malheureuse.
MADAME ROUCHER
Pauvre petite! Le jour où il serait président de