ACTE I, SCENE IV 2f
MADELEINE
Ça VOUS fait toujours une idée!
BERTIN
Je vous assure que je suis très malheureux... Ah! décidément, je n'ai pas de chance!... Pour une fois que j'aime vraiment une femme...
MADELEINE
Vous avez dû dire cela à quelques-unes.
BERTIN
C'est possible, mais je ne le pensais pas... enfin, je le pensais moins... enfin, ce n'était pas la même chose.
MADELEINE, sérieuse.
Ce ne sera surtout pas la même chose. J'aime mieux vous prévenir très franchement, Bertin... Je n'aurai pas d'amant, ni vous ni aucun autre.
BERTIN
Même si vous aimiez beaucoup quelqu'un?
MADELEINE
Même si j'aimais beaucoup quelqu'un.
20 MONAMITEDDY
BERTIN
Je ne comprends pas.
Vous ne pouvez pas comprendre... Vous êtes trop Parisien pour ça... Mais, moi, je ne suis pas une Parisienne. J'ai été élevée à Beau vais, par un vieux papa que j'adore et qui m'a toute emmaillotée de préjugés... C'est un homme qui a les idées très étroites... Il n'admet pour une femme ni qu'elle lise tous les livres, ni qu'elle voie toutes les pièces, ni qu'elle fume, ni qu'elle trompe son mari... Il n'admet rien... Il est tout à fait ridicule... mais il m'a donné la mauvaise habitude de prendre les choses et moi-même au sérieux... Alors, voilà!... Je ne suis plus à marier. (Elle se lève.) Et je ne serai jamais à prendre... (Un temps.) Pourquoi souriez-vous?
BERTIN
Je suis très content. Vous venez de dire des choses exquises et avec une émotion... comment dirais-je?... l'émotion d'une femme qui est capable d'en avoir... Je suis très content.
MADELEINE
Allons, tant mieux!