ACTE I, SCÈNE I
FRANGINE
D'ailleurs, rassure-toi... Ce n'est pas Madeleine qui te prendra Bénin... Ma petite bellesœur n'est pas du tout une femme dans le genre de celles que nous serons plus tard.
YVONNE
Dis donc, parle pour toi.
FRANGINE
Si vous voulez!... N'empêche que tout de même, mes petites chattes, il n'y en a pas une seule d'entre nous qui continuerait à s'embêter bien sagement avec un mari comme mon frère... Et, après tout, ce n'est pas notre faute. Bien que devenue très Parisienne, Madeleine a été élevée en province. Nous, nous sommes d'un temps et d'une ville où l'on ne prend pas grand'chose au sérieux, et surtout pas le mariage!...
MATHILDE
Avec ça!
FRANGINE
Je te conseille de parler... toi. Zozo! Tu es la seule qui ait tenté l'expérience, et tu es déjà divorcée.
MATHILDE
Ça ne m'empêche pas d'aimer le mariage... J'ai été très heureuse avec René.
JULIETTE
Mais tu l'as pincé en flagrant délit.
MATHILDE
Ça ne fait rien, puisque je ne l'aimais plus... à ce moment-là!... Mais je me remarierai le plus tôt possible... C'est si délicieux, les premiers temps... On sort tout le temps ensemble : au théâtre, au restaurant, dans le monde...
FRANGINE
J'ai connu une dame qui faisait ça avec ses amants.
MATHILDE
Ah! des amants, non!... Vous allez peut-être vous ficher de moi, me trouver une petite bourgeoise, très bête; mais, moi, je n'aimerai jamais que mes maris !
FRANGINE
Quelle grue!