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EN QUOI CONSISTE L'ART DU CHANT

En la parfaite connaissance de l'inspiration et de l'expiration par dessus tout. En la connaissance du moule de circulation du souffle, préparé par mise en position du larynx, du nez, de la langue et du palais.

En la connaissance et la maîtrise des fonctions musculaires de l'abdomen et du diaphragme, qui composent la presse du souffle (la soufflerie). Et aussi des muscles de résistance de la poitrine, contre lesquels le souffle est pressé et d'où, rendu contrôlable pour le chanteur et contraint à un détour, il s'en va traverser les ligaments vocaux (les cordes vocales) et affluer vers les surfaces résonantes et les cavités de la tête.

En une extrême adresse et flexibilité à disposer les instruments vocaux et à les mouvoir selon des nuances infinies, sans déterminer, par la prononciation des mots ou l'exécution des dessins musicaux, d'altérations qui compromettraient la beauté sonore (par suite l'art du chant tout entier).

En une prodigieuse force musculaire de tous les instruments vocaux et organes respiratoires, dont l'endurcissement aux continuels surmenages ne saurait être assez longuement préparé, et dont l'exercice, aussi longtemps que l'on se fera entendre, ne saurait être un seul jour négligé.

De même que beauté et tenue du son ne consistent point en la force de pression du souffle, la force des organes nécessaires au chant ne consiste pas non plus en roidissement convulsif, mais en cette susceptibilité de contraction et détente, d'une élasticité de serpent, que doit posséder en pleine conscience un artiste du chant. L'étude à laquelle il faut s'astreindre pour cela remplit toute une existence: non seulement parce que le chanteur doit toujours aller se perfectionnant dans les rôles de son répertoire, — même après

les avoir interprétés pendant des années, — mais parce qu'en poursuivant sa carrière il doit s'imposer des tâches dont la réussite requiert encore plus de puissance, encore plus de force, et par conséquent impose une nouvelle étude:

Qui ne progresse plus, recule.

Sans doute, il se rencontre des génies' du chant, heureusement doués, en lesquels tout est réuni pour réaliser grandeur et perfection, auxquels des circonstances privilégiées permettent une prompte arrivée au but, sans devoir y consacrer l'existence entière. Ce fut le cas, par exemple, d'Adelina Patti: elle eut pour elle tout ensemble une voix merveilleuse associée à de grandes dispositions pour le chant et la continuelle surveillance de ses études par son remarquable maître Strakosch. Jamais elle ne chanta de rôles ne lui convenant point vocalement: dans sa jeunesse rien que des airs et duos ou des parties de solo, laissant les ensembles absolument de côté. Jamais, étant indisposée, elle ne chanta son répertoire extrêmement limité. Ne prenant point part aux répétitions, elle venait le soir au théâtre, chantait et triomphait, sans même avoir vu ceux qui chantaient et jouaient avec elle. Les répétitions qui, le jour de la représentation ou les jours précédents, fatiguent les chanteurs par de multiples agitations aussi peu favorables à la fraîcheur de la voix qu'à l'agrément de la profession, elle s'en dispensait. Bien qu'américaine de naissance, elle fut à vrai dire la plus grande cantatrice italienne de mon temps. Tout était absolument bon, sans faute et sans tache; sa voix était une cloche, que l'on entendait encore longtemps après qu'elle avait fini de chanter. Pourtant elle ne pouvait rendre aucun compte de son art vocal, et aux questions de ses collègues à ce sujet elle répondait: «Ah! je n'en sais rien! . . .».

Chez elle j'ai trouvé réuni inconsciemment, par don naturel, tout ce qui devrait composer consciemment le pouvoir et le savoir de tous les chanteurs.

Ses organes formaient l'ensemble le plus favorable. Son instinct artistique, son oreille remarquablement sensible, exerçaient leur contrôle sur la beauté de son chant et de sa voix. D'heureuses circonstances la tinrent à l'abri de toute atteinte. Pureté immaculée du son, incomparable homogénéité de toute la voix, composaient le charme avec lequel elle captivait ses auditeurs. En outre elle était belle et gracieuse. Les grands accents dramatiques n'étaient pas dans sa nature.

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