‹ Mon berceauChapitre 24 sur 43 · JUNOT CHARLES ROBIN · texte numérisé non relu

JUNOT CHARLES ROBIN

Général français Médecin français

1771-1813 Membre de l'Institut

Nous reconnaissons très volontiers que l'Administration se trouvera quelquefois en présence de titres difficiles à exprimer dans le cadre très étroit de ces plaques ; aussi nous lui demandons de le faire chaque fois qu'elle le pourra et non pour tous invariablement.

M. Vaillant. — Je rappelle que la proposition que j'ai faite est plus étendue que les conclusions de la Commission.

J'avais demandé que l'on fît placer sur les monuments historiques des plaques rappelant les faits qu'ils sont destinés à célébrer.

De même, comme certaines rues portent des noms historiques, il est utile que des plaques apprennent on rappellent à la population les événements qui s'y rattachent.

Je demande que la Commission étudie les moyens de donner le plus de développement possible à ce mode d'enseignement de l'histoire nationale.

Et plus loin, à la même séance, on pourra retrouver, à la page 394, la motion suivante de notre excellent ami Vaillant, de ce vieux républicain sans peur et sans reproche :

M. Vaillant, — J'ai l'honneur de déposer la proposition suivante :

« Le Conseil,

n Considérant :

« Que la proposition de MM. Vaillant, Chauvière et Longuet, adoptée le 24 juillet 1891 et invitant l'Administration à faire apposer sur ou près les monuments historiques de Paris des plaques indicatrices des faits principaux de l'histoire de ces monuments, n'est que très incomplètement, lentement et imparfaitement appliquée,

0 Invite de nouveau l'Administration à faire placer sur tous le* monuments historiques de Paris, sur tous les édifices et toutes les constructions de réel intérêt historique, artistique et municipal, ou dans leur voisinage immédiat, une plaque indiquant les dates et faits essentiels de leur histoire .

• Signé : Vaillant, Chauvière, Charles Longuet. »

Renvoyée à la 4< Commission.

Bravo, Vaillant, bravo, Chauvière, voilà de la bonne in'<truction civique et républicaine et, encore une fois, merci d'avoir bien voulu prêter une oreille attentive aux propositions du modeste chroniqueur du Premier arrondissement, qui n'a d'autre mérite que d'être, lui aussi, un vieux républicain-socialiste et un citoyen qui aime passionnément son pays natal : la bonne Ville de Paris ! P. V.

UN GRAND HOMME DU PREMIER ARRONDISSEMENT — SON ROLE EN EGYPTE — l'aÉRONAUTE ET l'inventeur des crayons — FANTAISIES DE LA POSTÉRITÉ.

Conté qui était un inventeur de premier ordre, un grand patriote et un vrai savant, n'est guère connu aujourd'hui que par ses crayons ; cependant, il est intéressant de remettre en lumière cette grande figure, qui fut l'une des gloires les plus pures de la France, aussi bien que du premier arrondissement, et c'est pourquoi j'ai résolu de consacrer ces quelques lignes à sa mémoire.

Et puis, ne fut-il pas un des premiers vulgarisateurs de la science aéronautique et , en ma qualité de président de la Société des Aérostiers civils de la Seine, j'avoue que ce côté tout spécial de ses rares aptitudes ne saurait me laisser indifférent.

a Conté — disait Napoléon — qui était à la tête des aéronautes : homme universel, ayant le goût, les connaissances et le génie des arts; précieux dans un pays éloigné, bon à tout, capable de créer les arts de la France au milieu des déserts de l'Arabie. »

a Conté a toutes les sciences dans la tète et tous

les arts dans la main, » affirmait Monge. Et Berthollet ne craignait pas d'écrire que : « Conté est la colonne de l'expédition d'Egypte et l'âme de la colonie ».

La ville de Séez, auprès de laquelle il était né, a bien élevé, en 1852, une statue à N.-J. Conté, en gravant sur le piédestal les paroles de Napoléon I", ce qui n'empêche que, par une singulière fantaisie de la renommée, qui s'attache souvent aux petites choses , c'est l'inventeur seul des crayons qui est resté populaire et qui a tué le savant aux yeux de la postérité. Il est vrai, pour excuser cette dernière, que les crayons ont rendu beaucoup de seiTices, ce qui expliquerait en quelque sorte l'inconsciente reconnaissance de la foule.

J'ai là, sous les yeux, une courte biographie que ses petits-fils, MM. Desvernay, qui vendent encore modestement les crayons de leur aïeul, dans la rue de Rivoli, lui ont consacrée il y a quelques années, et je crois que le plus simple est d'en tirer les extraits les plus saillants de la vie relativement si courte, et cependant si bien remplie, de Nicolas-Jacques Conté, né le 4 août ^^1755; avec ses étonnantes facultés, il arrivait juste à point pour jouer un rôle important et — ce qui vaut mieux — utile, dans cette fin si tourmentée du siècle dernier.

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A neuf ans, il fabriquait, avec un couteau, un violon qui a servi dans les concerts et qui doit encore exister aujourd'hui; à quatorze ans, il repeignait un panneau pour l'Hôtel-Dieu de Séez et tout le monde était étonné de ses dispositions artistiques. Bientôt il s'adonnait à l'étude de la physique et de la chimie, et ses découvertes, se succédant sans interruption, ne tardaient pas à le placer au premier rang des savants de l'Europe.

Il y a même dans cette constatation quelque chose d'étrange qui prouve bien que chaque homme arrive avec ses qualités, ses aptitudes propres et, qu'à tout prendre, on n'est maître ni de son intelligence, ni de sa destinée; tant mieux pour ceux qui ont le bon lot et qui sont bien doués par la nature; c'était, certes, le cas de Conté.

Le comité des monnaies ne pouvait pas arriver à frapper une médaille commémorative : Conté est appelé et invente la machine à fabriquer les monnaies.

A la première école des Aérostiers de Meudon, qui remonte à 1796, il améliore les tissus, produit le gaz hydrogène à bon marché, découvre des vernis imperméables et sans action sensible sur le gaz, et, en dehors de ses cours aux élèves aérostiers, écrit un traité sur l'aérostation.

C'est pendant une de ses expériences sur les

gaz et vernis qu'il fut victime de la terrible explosion qui lui enleva l'œil gauche.

Vous croyez peut-être qu'à peine guéri physiquement, il est guéri de ses expériences? Allons donc, Conté est né inventeur comme d'autres naissent épiciers ou sénateurs , comme dit la chanson. Il faut qu'il aille de l'avant , qu'il découvre, et ce sera là son éternel titre de gloire, son titre impérissable à notre reconnaissance, c'est qu'il faut qu'il découvre, dans l'intérêt même de la France; c'est à croire que les époques héroïques font les âmes bien trempées, élèvent et purifient celles qui le sont déjà.

Aussi Conté restera-t-il comme le type de l'inventeur patriote — deux jolis mots que l'on est heureux de voir réunis ensemble et qui ne devraient jamais se trouver séparés. Malheureusement, le plus souvent, les inventeurs patriotes sont jetés au fond des cachots, comme Turpin, par des ministres fanatiques, qui sont les plats valets de l'Angleterre et de l'Allemagne.

Donc, à peine guéri, le voilà de nouveau sur la brèche, reprenant ses expériences. C'est alors que le Directoire le nomma chef de brigade d'infanterie , commandant les établissements aérostaliques.

C'est de Meudon que partirent les aérostats pour les armées de la République. UEntrepre-

nant, le Céleste, ÏHercule et V Inti^épide rendirent des services qui sont encore présents à l'esprit des hommes qui s'occupent de stratégie

militaire.

Sur ces entrefaites, le gouvernement fondait le Conservatoire des Arts-et-Métiers et Conté était chargé de mener à bien l'entreprise, avec Vandermonde et Leroy; de plus, on lui donnait le titre de démonstrateur au Conservatoire des Arts-et- Métiers.

Conté était en train de chercher et de découvrir — car pour lui c'était tout un — des couleurs nouvelles pour la peinture à l'huile, le pastel, la miniature, le lavis et l'émail et un baromètre soUde, pouvant servir à une foule d'expériences, lorsqu'il dût partir avec l'expédition d'Egypte, en quahté de chef du corps des aérostiers.

Alors commença pour lui une vie extraordinaire de travail, d'activité invraisemblable, de surmenage intellectuel et physique qui constitue une véritable épopée, dont sa famille garde pieusement le souvenir. Elle a raison, car là, comme partout, comme toujours, c'était pour la France qu'il allait se dépenser.

A Alexandrie, il fallait construire, en deux jours, au phare, des fourneaux à boulets rouges.

Conté les construisit et la flotte anglaise, non seulement ne put débarquer, mais se retira.

Peu de temps après, l'Institut d'Egypte était fondé au Caire et Conté y entrait dans la classe de physique, à côté de Berthollet, Dolomieu, Geoffroy, Delile, Larrey, Des Genettes, qui étaient bien véritablement l'élite des savants français.

Pendant la terrible révolte du Caire, Bonaparte atterré, à son retour, s'écrie :

« — Que devenir, nous n'avons plus même d'outils. »

— Nous en ferons! répondit simplement Conté, et pendant ces sanglantes journées, à la tête de ses aérostiers, il fut aussi héroïque que son collarateur et ami, Monge. Kléber, pour reconnaître tant de courage chez le savant, lui remit une épée d'honneur que nous avons vue dans les mains d'un de ses petits-fils.

Oui, tout manquait en Egypte, mais les Français étaient des héros, dans le sens le plus large du mot, et c'est ainsi qu'avec une poignée d'amis trempés comme lui. Conté improvisa une fabrique de draps, des mouhns, des tanneries, des arsenaux, une poudrière, et, sur ses loisirs, cet homme extraordinaire représentait les monuments, les mœurs, les coutumes, les manufactures primitives des Orientaux, etc., etc., en cent

cinquante aquarelles dont plusieurs sont pervenues jusqu'à nous.

N'est-ce pas le cas de citer ici la lettre que lui adressait Chaptal, par ordre du premier Consul?

« Le gouvernement, informé des services que vous rendez à l'armée d'Orient, me charge d'être auprès de vous l'interprète de sa satisfaction. L'Europe vous devait des découvertes utiles , l'Egypte vous devra presque tous ses arts.

« Il vous est glorieux d'attacher votre nom à tous les monuments qui doivent à jamais illustrer l'Egypte; il est permis de s'enorgueillir lorsque, comme vous, on peut dire : « J'ai construit le premier moulin, j'ai formé la première fabrique, j'ai préparé le premier acier, j'ai fondu le premier canon. »

Et moi, j'ajouterai : N'est-il pas douloureux de constater qu'aujourd'hui tout ce qui a été obtenu par tant de patriotique ténacité, par tant de génie presque , soit tombé au pouvoir des sauterelles rouges, grâce à la dupUcité, plus, à la lâcheté de certains de nos hommes d'Etat qui, comme M. de Freycinet, rêvent d'abandonner toutes nos colonies à l'Angleterre. Cette politique a un nom dans l'Histoire : c'est de la haute trahison !

Rentré en France, on lui laissa le choix entre

les plus brillantes récompenses, Conté répondit : « Je désire que les hommes qui ont servi sous mes ordres reçoivent de l'avancement. »

Cependant, Bonaparte faisait figurer le chef des aérostiers de l'expédition d'Egypte parmi les premiers décorés de la Légion d'honneur.

La Société d'encouragement de l'industrie nationale fut créée sur ses conseils et, lorsqu'il fallut publier les résultats de l'expédition scientifique d'Egypte, le ministre Chaptal pensa à lui ; Conté entra dans la commission comme commissaire du gouvernement, chargé des travaux d'impression et de gravure.

C'est alors qu'il inventa une machine à graver sur le cuivre, qui économisa 300,000 francs au gouvernement, rien que sur ce travail, tout en donnant une exécution aussi irréprochable que celle de l'artiste le plus habile.

On a prétendu que les Anglais avaient inventé cette machine à graver, c'est absolument faux, d'autant plus faux que Conté en avait déjà inventé une, moins parfaite, à la vérité, avant l'expédition d'Egypte.

Il me faudrait des colonnes pour rappeler toutes les inventions de Conté; je citerai seulement ici celles dont il fit part aux séances de la Société d'encouragement de lindustrie nationale.

La machine à broyer le plâtre, l'emploi des

forces des vagues de la mer comme moteur pour élever l'eau dans les marais salants, les machines d'irrigation, une machine hydraulique sans piston ni soupape, les ballons-télégraphes, le baromètre en fer, un électromètre, un hydromètre et un pyromètre, et enfin le fameux crayon artificiel.

On était en 1794, la guerre venait d'être déclarée à l'Angleterre qui possédait le monopole du graphite de la seule mine de Borrowdale, dans le Cumberland; comment faire pour donner des crayons à nos officiers, à nos ingénieurs?

Comme toujours, on s'adresse à Conté qui crée une substance propre à remplacer la plombagine anglaise ; son crayon — excellent et à bon marché — était inventé, et il fallut le forcer pour prendre un brevet.

Cette découverte, remontant au mois d'avril! 794, est donc bien encore purement française, quoi qu'aient pu dire nos rivaux.

Je ne veux pas allonger outre mesure cette simple noie.

Usé par l'excès de travail, Conté mourait d'un anévrismele 15 frimaire an XIV (6 décembre 1805), âgé seulement de 50 ans et 4 mois.

Si le lecteur veut des détails sur la fabrication si curieuse des crayons Conté, sur les gammes chromatiques de leurs couleurs, sur la façon victorieuse avec laquelle ils luttent contre la

concurrence étrangère , qu'il aille trouver les petits-tils du grand Conté, MM. Desvernay, il sera sûr d'être le bienvenu.

Pour moi, je n'ai voulu rappeler ici, en parlant de Nicolas-Jacques Conté, que ses remarquables travaux, comme initiateur dans l'art de l'aérostation et dire que son nom, aussi bien que sa maison, honoraient profondément notre premier arrondissement.

PRÉCIS DE l'histoire DE PARIS DEPUIS l'aN 50 AVANT J.-C. jusqu'à NOS JOURS — LA PART DU PREMIER ARRONDISSEMENT.

Dans le monde des lettres et des arts, il y a des tribus célèbres ou simplement estimées ; c'est ainsi qu'aujourd'hui nous avons le bonheur de posséder la tribu des Deloncle, en pohtique, la tribu des Daudet, dans les lettres, et celle des Pessard, dans tous les genres. Hector Pessard est le maître journaliste que tout le monde connaît, poilu et barbu comme un singe ; Emile Pessard est l'aimable compositeur que l'on a souvent applaudi — quand la douce paresse lui permet de travailler — et le troisième frère de ce trio sympathique à tous les Parisiens, est Gustave Pessard, le journahste sérieux, financier et pondéré que tout le monde a vu, derrière la Bourse, et qui est, lui aussi, le plus courtois et le plus serviable des compagnons de ce grand village, qui s'étend du quartier Montmartre à la place de la Madeleine.

Ceci prouve que, dans tous les métiers, il y a une véritable supériorité à atteindre : le père des trois frères, qui est mort estimé et respecté de tous, à Triel, il y a quelques années, possédait le

secret de faire des enfants intelligents. Ça n'est déjà pas si banal.

Or donc, aujourd'hui, Gustave Pessard, sous le titre de : Paris nouveau et ancien, nous donne une petite plaquette de 96 pages, qui renferme tout ce qu'il est indispensable de connaître sur la Grand'Ville, que l'on soit étranger, enfant ou même... Parisien ! Pour mon compte, je suis très partisan de ces petits bouquins de vulgarisation facile et courante. Je l'ai dit et redit souvent : les gros livres scientifiques sont certainement fort utiles et fort respectables ; mais il est temps, en vérité, de penser un peu aux jeunes, aux petits, aux humbles, à la foule, en un mot, avide de s'instruire, si ouverte, quoi que l'on puisse dire, aux idées générales et surtout généreuses , et lorsque je trouve, sur mon chemin, un livre clair, simple et bien compris, compendieusement écrit, comme celui de Gustave Pessard, je suis heureux de le signaler à mes lecteurs.

Pour nous, qui avons suivi, écrit et fouillé l'histoire du premier arrondissement, ici-même, depuis plusieurs années, il n'apporte peut-être pas de bien grandes révélations ; mais précisément c'est le moment de ne pas oublier qu'il renferme toute l'histoire succincte de Paris, des vingt arrondissements et que, de plus, il s'adresse surtout à la jeunesse qui possède l'heureux privi-

lège de n'avoir pas encore eu le temps de tout apprendre.

Je ne veux pas suivre ici l'auteur depuis les origines de Paris, depuis l'occupation romaine, jusqu'à nos jours, ni rappeler même les intéressants renseignements qu'il donne sur les huit enceintes successives, sur les premiers égouts, les premières lanternes, le premier pavage, etc., etc., cela m'entraînerait beaucoup trop loin et je ne peux citer ici que ce qui a trait plus ou moins directement à notre premier arrondissement.

Voici la liste, bien incomplète sans doute — et ce n'est pas un reproche, car au lieu de 100 pages il lui aurait fallu 10 volumes pour écrire une histoire entière de Paris — que donne Gustave Pessard des maisons curieuses du premier arrondissement :

« L'ancienne chancellerie d'Orléans, 20, rue de Valois (ancien hôtel du cardinal Dubois).

« Les bâtiments circulaires de la place des Victoires, construits par Mansard.

« Maison de l'Arbre-aux-Prêcheurs , poutres sculptées en saillies du xiii« siècle (au coin de la rue des Prêcheurs et de la rue Saint-Denis).

a Vieille hôtellerie de Heaume , connue au xiv» siècle (près le numéro 102 de la rue Rambu-

teau et des rues Pirouette et Mondétour (coin intéressant des Halles).

a Bel hôtel du xviii* siècle (au coin de la rue des Prouvaires et de la rue Saint-Honoré).

« Ancien hôtel de Coigny (83, rue des Petits- Champs).

a Porte cochère avec inscription : Bureau des marchandes lingères (6, rue Courtalon).

a Passage voûté (11, rue de la Lingerie).

a Très bel écusson sculpté (13, rue des Lavandières-Sainte-Opportune) .

a Maison où naquit Mohère, le 11 janvier 16"22 (au coin de la rue Saint-Honoré) ; il mourut le 17 février 1673, au 40 de la rue de Richeheu.

« Tour Ruggieri rue Coquillière, près de la Halle aux Blés;, connue sous le nom d'Observatoire de la Reine, dépendait autrefois de l'Hôtel de Soissons, où mourut Catherine de Médicis, en 1589.

« Tour de Jean Sans Peur (rue Etienne-Marcel), style mihtaire, enclavé dans le bâtiment des écoles de la Ville de Paris, ancien donjon des ducs de Bourgogne, date de 1250 (1). »

Plus loin, Gustave Pessard donne la liste des

(1) Noas regrettons de ne pouvoir nous approprier cette vieille rellqae; elle est dans le deuxième ; de même pour Berryer et BoogainrlUe.

maisons mortuaires, d'après les inscriptions parisiennes.

Hélas ! cette liste est assez pauvre, quand elle devrait être si riche, et je suis bien forcé de constater que la Ville de Paris ne sait guère rendre un dernier et suprême hommage à ses morts illustres, encore moins à ses propres enfants de valeur, qui cependant n'ont point fait défaut depuis des siècles. Je citerai au hasard : Berryer, qui mourut 64, rue des Petits-Champs ; Bougainville, 5, rue de la Banque ; Corneille, 6, rue d'Argenteuil ; l'amiral Coligny, 144, rue de Rivoh ; Diderot, 39, rue Richelieu ; La Fontaine, à l'Hôtel des Postes (emplacement de l'Hôtel d'Hervart) ; l'Abbé de l'Epée, 23, rue Thérèse ; Molière, 60, rue Richelieu ; Mignard, 23 bis, rue Richelieu ; Alfred de Musset, 6, rue du Mont- Thabor.

Et dire que beaucoup d'autres quartiers de Paris, qui ont reçu le dernier soupir de grands hommes, sont complètement oubhés ; il y a là une lacune regrettable que je signale à la Commission des Inscriptions Parisiennes.

Entre mille détails intéressants, Pessard remarque « que le point central de Paris qui, avant le déplacement des barrières, était présumé aux

environs de la Pointe Sainte-Eustache, est aujourd'iiui reporté à l'endroit du grand bassin des Tuileries. » C'est bien toujours dans le premier arrondissement, et c'est une constatation qui est bien faite pour nous donner un légitime orgueil, car si le premier arrondissement est toujours l'axe, il est bien aussi l'âme et le cœur de Paris pour une bonne part — ne cherchons pas à la préciser pour ne désobliger personne.

Ceci dit, je ne puis terminer cette courte promenade à travers le Paris nouveau et ancien de Pessard sans marquer mon étonnement que la Ville n'y ait point encore souscrit dans une large mesure, pour le répandre à profusion dans toutes ses écoles.

Oui, la jeunesse parisienne a le droit d'être fière d'être née dans la capitale qui marche à la tête du progrès et des idées d'émancipation sociale, elle a le droit et le devoir de connaître le passé, tout le passé de la glorieuse cité.

Agir ainsi, divulguer ce petit volume, serait faire de la bonne éducation civique et patriotique et, pour ma part, je suis convaincu que le Conseil municipal voudra s'en souvenir à temps, en donnant à Gustave Pessard cette marque d'estime, cet encouragement qu'il a si justement mérités avec son honnête et excellent petit hvre.

MON BERCRAU 289

HISTOIRE VÉRIDIQUE — LA MISÈRE AUTOUR DES HALLES — LES PÉRÉGRINATIONS DE LA 0 COMÈTE » — TERRIBLE DÉNOUMENT PRO- VOQUÉ PAR LE DÉNUMENT.

Dans une pauvre mansarde, au sixième étage, sous les toits, dans une des vieilles rues étroites qui avoisinent les Halles, vivaient pendant le grand hiver de 1879, une misérable famille d'ouvriers. Le père, homme de peine, gagnait difficilement sa vie en travaillant chez un commissionnaire du voisinage, et la femme, qui faisait des ménages, était malade, couchée, sur le point d'accoucher de son quatrième gosse.

Enfin le moment de la délivrance est arrivé ; trois jours avant la fête de Noël, elle met au monde un enfant mort et reste mourante sur son grabat, dans la chambre glacée, tandis que Paris est enseveli sous un linceul de neige, qui amortit et éteint tous les bruits qui d'ordinaire montent des halles , cette grande fourmilière humaine.

Le médecin des morts fait sa constatation d'un air distrait, une voisine soigne comme elle peut, misérable aussi, la moribonde et met le petit cadavre dans la, comète que le croque-mort apporte le lendemain matin sous son bras.

Les formalités remplies , le père suit le croquemort; personne n'a le temps de conduire le petit de la voisine au cimetière, et les voilà partis tous les deux silencieusement à travers Paris, terne, mort, noir, perdu dans la brume épaisse, à peine éclairé par un jour bas que la neige elle-même est impuissante à rendre plus vif.

On va à Ivry ; la route est longue, le froid mord les oreilles des deux hommes et le père ne marche plus derrière le croque-mort, il s'est rapproché et l'on fait un bout de causette.

— Heureusement que mon patron a été un bon zigue, il m'a avancé 20 francs, sans ça on ne pouvait pas enterrer le gosse.

— L'hiver est dur au pauvre monde, dit l'homme noir, avec la résignation joviale des malheureux.

— Pour sûr.

Et comme il a bon cœur, le croque-mort, il offre un verre au camarade chez le bistros.

— A mon tour, dit le père.

— Non, tout à l'heure.

Et sagement, de distance en distance, les deux hommes ne prennent qu'une tournée.

Cependant voilà l'avenue des Gobehns, la place d'Ilalie, un soleil terne a l'air de ricaner sur la tête des malheureux dont le visage est meurtri, les mains bleuies par le froid.

— Vrai, c'est trop dur, entrons là nous réchauffer

un brin. — Et sur la place, en face la mairie du treizième, au coin d'une rue, on prend un verre chez le mastroquet.

Le poêle chauffe, les nerfs se détendent, les hommes respirent, et tandis que le sang circule plus Ubrement le croque-mort fume béatement Joséphine.

— Tiens, je vais en faire autant dit le père. Garçon, une tournée.

Il est à peine 9 heures et demie du matin, jusqu'à midi on a bien le temps. Le croque-mort dépose la comète dans un coin obscur, sous la table, et propose une partie de piquet, histoire de se donner le temps de se réchauffer un peu.

— Ça y est.

Et tranquillement les deux hommes jouent et boivent une tournée, à chaque partie perdue par l'un deux : Y pas d'erreur, un homme franc comme l'osier doit payer quand il a perdu, et puis le trimballeur des refroidis est un si brave compagnon !

A la nuit tombante les deux hommes, gris comme de simples sujets du Czar, sortent de l'estaminet, se serrent la main avec effusion et rentrent chacun chez eux.

La route est longue, la bise est dure, le pauvre

diable ne rentre chez lui que tard dans la nuit et tombe comme une masse auprès de sa femme qui râle.

Le lendemain matin :

— Eh bien, fait tristement l'accouchée, le petit est là-bas ?

— Oui ! — fait l'homme, subitement dégrisé, et tout à coup il se souvient qu'il n'a pas été au cimetière, que la comète est restée sous la table de marbre du bistros et, comme un fou, il descend l'escalier.

Courant, haletant, secoué par le remords, il franchit l'espace, il vole, le voilà.

— La caisse ?

— Ah ! c'est toi , mon vieux, eh bien , t'es propre, ton gosse est chez le commissaire.

Et le bon marchand devin rigole d'un air bête. Voyant sa mine déconfite, il reprend :

— Bast, ça n'est rien, tiens voilà justement ton croque-mort qui vient prendre un verre... il faut bien tuer le ver, en attendant qu'il nous mange au champ de navets, n'est-ce pas ?

Et fier de son mot, l'homme rit largement.

Voilà le père, le croque-mort et le bistros partis chez le commissaire. L'affaire est grave, mais le chien du commissaire rit de l'aventure comme une petite folle et rend la comète...

— Cette fois, ça y est, mon vieux, dit le trimbal-

leur de macchabées en manière de conclusion, l'enterrement fini. — Allons prendre un verre ; cette chienne de gelée me creuse.

Et l'on retourna prendre le coup d'adieu chez le chand de vins.

Ils n'étaient pas méchants ces trois hommes, et l'aventure les avait tellement émus, qu'ils pleuraient comme des veaux, en vidant leur verre de rhum.

En rentrant le soir l'homme se dit :

— C'est demain Noël, je vais acheter quéque chose pour les mômes, et il leur acheta, au bazar de l'Hôtel-de-Ville , une catin en carton de quatre sous.

Une fois chez lui , il trouva sa femme morte de froid et d'une péritonite, et les gosses, les yeux dilatés, effarés, pleurant silencieusement devant l'âtre vide.

D'un coup d'oeil il comprit la chose, il coucha les enfants, après leur avoir donné le dernier morceau de pain, en se disant à lui-même :

— C'est toi, salaud, poivrot, propre à rien, qui as tué la femme !

Ses larmes tombèrent sur la tête des petits qui gentiment embrassèrent leur père, semblant comprendre sa douleur et ils s'endormirent.

Cela fait, le pauvre homme retira ses souUers pleins de neige fondue, les mit dans la cheminée,

y plaça la belle câlin de 4 sous, el avisant un fort clou au plafond, il s'y pendit.

Le lendemain matin, en pénétrant dans la chambre, la voisine trouva une femme morte dans le lit , une pâle et pure vision de martyre.

Un cadavre se balançait lentement au plafond , avec des mouvements rhythmiques très doux : c'était le père.

Devant les cendres froides, aux pieds de l'âtre sans feu, image de cette misère et de ce désespoir, les enfants assis par terre tenaient les souliers du père entre les jambes et berçaient tour à tour, avec beaucoup de précaution et de tendresse, la jolie catin en carton.

La Ville — cette grande famille — les a élevés ; voilà de cela treize ans passés, demain nous en ferons de bons citoyens et de bons républicains. Et lorsque je revois aujourd'hui les orphelins vigoureux et bien portants, je pense malgré moi à cette lugubre nuit de Noël de 1879, et mes yeux se mouillent, en évoquant ces tristes souvenirs !

ON SECHE LES PLATRES — LA BOURSE DE L EX- PORTATION — l'achèvement des halles.

Depuis que la Bourse de Commerce est ouverte, je n'entends que des pleurs et des lamentations.

— Voyez, l'activité commerciale sur laquelle nous comptions, me disent les intéressés, n'arrive pas ; voilà le Crédit Lyonnais, le Crédit Industriel et la Compagnie Transatlantique qui avaient loué des locaux, qui s'en vont; c'est navrant, qu'allonsnous devenir ?

On entend d'ici la litanie, et comme on m'a prié d'exposer devant l'opinion publique toutes ces doléances, je m'en fais d'autant plus volontiers l'écho, que je pense pouvoir apporter ici, non pas une consultation en règle, mais du moins un peu de calme dans les esprits timorés dont le premier tort est de manquer de sang-froid.

D'abord il ne s'agit pas seulement en l'espèce de la Bourse de Commerce, mais de tout un quartier neuf: poste centrale, palais du téléphone, rue du Louvre, avec ses tenants et ses aboutissants, etc. Or, chacun sait que le quartier le plus

riche ne prend pas comme cela du jour au lendemain ; je n'en veux pour exemple que la gare Saint-Lazare, achevée au commencement de l'Exposition de 1889, voilà plus de trois ans et demi ; eh bien ! ce n'est que d'aujourd'hui que le quartier, que la rue de Rome, sont absolument achevés, en pleine activité, que les installations de la gare sont complètement terminées, et cependant il s'agit bien là du quartier le plus vivant et le plus actif du monde entier.

Il en est de même à la Bourse de Commerce et surtout dans ses entours ; attendez que tous les immeubles de la rue du Louvre, que les amorces, que les maisons d'angles des rues avoisinantes soient terminés, que les téléphones fonctionnent, que la population commerçante soit venue remplir ces ruches engageantes, et vous verrez changer la situation à vue d'oeil ; en attendant il faut un peu de patience et... sécher les plâtres !

Mais à côté de cette constatation il y a certainement deux moyens que je qualifierai d'excellents, de nécessaii^es et d'indispensables pour faire de la Bourse de Commerce le grand centre qu'elle doit être et qu'elle sera ; ces moyens les voici :

D'abord il faut établir dans l'immeuble même

de la Bourse de Commerce son complément indispensable, la bourse de l'exportation.

— Nous avons les houilles maintenant, me disait hier un commerçant, installé là.

Tant mieux, mais ce n'est pas assez. De même que le cerveau commande à tous les muscles du corps humain, de même la Bourse de Commerce doit être le cerveau commercial et industriel de Paris, de la France, de nos colonies.

Comment, nous possédons un domaine colonial superbe, nous avons des relations suivies — pas assez encore — avec la République Argentine, l'Austrahe, le Canada, le monde entier, et lorsqu'un malheureux commerçant, commissionnaire, intermédiaire ou armateur, a besoin de trouver une cargaison, une pacotille pour partir, de vendre ses produits exotiques s'il revient, ou de s'assurer un chargement en travers, du fret à bon compte, il faut qu'il coure à la chambre d'exportation de la rue Grange-Batehère, chez tous les commerçants et commissionnaires de Paris, qu'il perde 15 jours avant d'arriver à ses fins, si jamais il y arrive ! c'est pitoyable, et à ce point de vue nous sommes à cent coudées au-dessous de Londres.

Il faut qu'un commerçant importateur ou exportateur, qui a pour mission de faire du négoce avec les pays lointains, puisse trouver sur l'heure dans

un coin de la métropole, ses débouchés, ses contre-parties.

Il le faut, vous dis-je, et ce coin, ce doit être la Bourse de Commerce de Paris.

Voyez-vous tout de suite quelle vie, quelle animation, vous jetteriez dans ce quartier du premier arrondissement, avec une Bourse de l'exportation et de l'importation ?

Elle n'existe pas aujourd'hui, c'est fâcheux, mais le mal est réparable : elle existera demain, ou Paris ne serait plus Paris !

Le second moyen d'amener définitivement à la Bourse de commerce le maximum de transactions sur lequel elle est en droit de compter, est en somme aussi simple, aussi facile à réaliser, quoi que chacun en puisse dire, car l'heure psychologique a sonné, comme l'on dit. C'est l'achèvement immédiat des Halles centrales.

— Fort bien, me dira-t-on, mais il n'y a qu'un petit malheur, c'est que la ville n'a pas d'argent.

— Pardon, mais ce n'est pas une objection ; quand on est la Ville de Paris, il n'est pas permis d'avoir le diable dans sa bourse, et il est toujours facile de trouver une combinaison qui conciHe tous les intérêts.

Une combinaison ? mais j'en vois dix. Que la ville s'entende avec le Crédit foncier, comme elle va le faire sans doute par l'achèvement de la rue

Réaumur ; qu'elle s'entende avec une société civile intermédiaire quelconque, à laquelle elle paîra des annuités ; elle en trouvera vingt pour une, offrant toute les garanties de solvabilité et d'honorabilité désirables et trop heureuses de se constituer pour travailler pour la ville. Le système n'est pas nouveau et il est aussi bien à la portée de la Ville que de la compagnie de Suez, ou de toutes autres entreprises, qui se sont fort bien trouvées de cette combinaison.

Et certes, encore une fois, quand on est la Ville de Paris, ce n'est pas manger son bien en herbe que d'agir ainsi ; ce n'est même pas escompter l'avenir, car c'est courir au-devant, c'est provoquer de nouvelles sources de profits, et qu'on ne l'oublie pas, les Halles — achevées — amèneraient ces nouveaux profits, par l'octroi, par les dépenses, par les commerçants attirés là, dans des proportions considérables.

Les commerçants du quartier, les cafés, les restaurants, les hôteliers, tout le monde ont un intérêt énorme à ce que ce plan soit promptement exécuté, et c'est à vous surtout, mes chers concitoyens, que je m'adresse, espérant qu'un jour cette parole sera entendue dans une enceinte plus autorisée.

Voilà qui est clair, n'est-ce pas ? dans moins

d'un an tout le quartier sera achevé et en pleine opération, comme disent les américains ; les plâtres seront séchés.

Créez la Bourse de l'Exportation et de l'Importation dans votre immeuble, obtenez, par une saine et légitime agitation, l'achèvement des Halles centrales, et tenez pour certain qu'alors votre admirable palais de la Bourse de commerce, aux peintures si suggestives — ce qui est bien, mais ce qui n'est pas assez — sera bientôt un des premiers centres d'échanges commerciaux de l'univers.

Mais n'oubhez pas le proverbe :

Qui veut la fin veut les moyens.

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