VALEURS OFFERTES A LA BOURSE DE CE JOUR
Pardon, mais je croyais que les agents de change étaient des officiers ministériels, je croyais qu'ils jouissaient d'un monopole, mais alors s'ils offrent ainsi de la marchandise, comme un épicier ou un camelot, ce ne sont plus des officiers ministériels, ce sont de simples coulissiers.
Vous voyez dici la manœuvre, elle est simple, on offre presque toujours des valeurs qui ont été lancées, émises, patronnées par le marché libre et les meilleures valeurs, du fait qu'elles sont offertes, peuvent en éprouver un grave préjudice dans l'esprit du public.
Vous trouvez pêle-mêle le Wharf de Cotonou à 500, les Biscuits Olibet à 850 ; les Eaux de la Bourboule à 530 ; la Production du froid à 620, dans une promiscuité aussi redoutable que préméditée avec YObligation Morelli à 9,25 et le Pavage en bois à 3,50.
C'est navrant, c'est désastreux pour les bonnes valeurs qui se trouvent ainsi accolées avec du papier perdu, comme des gens sains avec des pestiférés.
C'est plus, c'est odieux, et si l'on ne connaissait depuis longtemps l'honorabilité légendaire de MM. les agents de change, si l'on ne savait que ceux qui prétendent que les parquets tout entiers de Lyon et de Marseille ont sauté au dernier krach de 1882, sont d'infâmes calomniateurs, si
l'on ne savait que jamais, au grand jamais, aucun agent de change ne s'est permis de toucher à la Bourse pour son compte et d'y jouer, s'il n'était pas de notoriété publique, enfin, qu'ils sont comme la femme de César, on serait peut-êlre en droit de se demander à quel mobile secret et louche ils obéissent, en étalant ces offres sous la fallacieuse rubrique de renseignements.
Et qu'on ne vienne pas dire que l'offre et la demande existent de même pendant les séances quotidiennes de la Bourse ; là elles sont impersonnelles, inconnues du public et les agents seuls, en vertu du secret professionnel, ont mission d'exécuter les ordres reçus, mais ils n'ont pas mission, ils ne sauraient avoir mission d'étaler ces ordres, de les livrer à la publicité, de les imprimer dans leurs feuilles ; ce serait là, à coup sûr, une interprétation abusive et intolérable du privilège, déjà assez monstrueux par lui-même, qui leur est conservé si malencontreusement.
Puisque MM. les agents de change sont toujours à cheval sur l'article 76 du Code de commerce, puisqu'ils sont si fiers d'être des officiers ministériels, M. le ministre compétent ferait bien, sans doute, de les rappeler à la stricte observance du fameux article 76 précité ; cela les empêcherait de
descendre au rang de misérables brocanteurs de papiers, de titres, cela les empêcherait d'être soupçonnés de se livrer à de noirs calculs, à de sombres complots contre le marché libre : le public ordinaire de la Bourse, avide de sécurité et de garanties, applaudirait des deux mains, n'en doutez pas, à l'attitude énergique du ministre soucieux, avant tout, de faire respecter la loi, toute la loi, aussi bien par MM. les agents de change que par le premier citoyen venu.
La conclusion sera toujours la même : la suppression pure et simple du monopole des agents de change s'impose plus impérieusement que jamais. L'opinion publique la demande, la veut et l'exigera.
LES BILLETS DE LA BANQUE DE FRANCE — LE RENOUVELLEMENT DE SON MONOPOLE — LA BOURSE — AGENTS DE CHANGE ET COULIS- SIERS — LA PROTECTIONS — MESURES RÉAC- TIONNAIRES.
C'est triste à dire, mais un vent de réaction économique souffle sur la Chambre et du (rain dont elle va, elle aura encore le temps de ruiner la France, avant de se séparer définitivement.
Comme, en somme, ces questions intéressant au premier chef notre arrondissement qui est actif, industrieux et commerçant entre tous, et qui a l'honneur de posséder la Banque de France, j'ai pensé qu'il était bon d'en dire deux mots ici.
Tout le monde sait que la Chambre actuelle aurait pu s'occuper avec fruit de la questions des octrois et de celle des impôts de consommation qui pèsent si lourdement sur les travailleurs, elle aurait pu du moins résoudre les problèmes urgents, touchant le crédit agricole et les boissons, elle aurait dû enfin discuter, et voter le renouvellement du privilège de la Banque de France.
C'est là une question capitale pour la prospérité commerciale, pour le maintien du crédit de notre pays ; il est évident que sans son encaisse métal-
lique formidable, nous n'aurions pas échappé depuis deux ans à la crise monétaire qui s'est abattue sur la plupart des états européens et de l'Amérique du Sud.
Mais tout cela est de peu d'importance pour nos députés et ils pensent qu'ils ont toujours bien le temps de s'en occuper. Certains d'entre eux qui ne connaissent pas le premier mot des questions économiques, n'ont pas craint de repousser avec énergie la demande de porter de trois milliards cinq cents millions à quatre milliards la circulation de ses billets, alors qu'ils savent positivement que son encaisse et son portefeuille représentent cette somme totale.
Mais voilà, ces messieurs considèrent ou font semblant de considérer la Banque de France comme une ennemie, parce que ça fait bien aux yeux des électeurs.
Cependant, ceux qui ont eu leur journal entretenu avec l'argent prussien, par l'entremise de l'espion Cornélius Herz, pourraient peut-être se montrer un peu plus modestes.
Quant au renouvellement du privilège, il n'en est pas question, bien entendu.
Mais ce n'est pas tout; après avoir voté le Méline tarif qui va nous ruiner, après avoir
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repoussé le traite franco-suisse, sans même vouloir le discuter — sanglante injure à l'égard d'une république amie — les députés ont voulu trouver encore quelque chose de plus fort et ont inventé l'impôt sur les opérations à terme.
Cette loi, si elle était votée, serait purement et simplement la mort de la coulisse, ce serait notre marché passant à Berlin et à Londres, et l'on se demande en verlu de quelle aberration il peut bien se trouver des représentants français, capables de vouloir ainsi consolider le monopole des agents de change, au risque de ruiner le crédit national.
Ce qu'il faut lire et méditer, ce sont les motifs, les considérants de la loi ; en vérité, l'on croit rêver. Il paraît quHl importe déporter la lumière dans un monde spécial^ etc., etc.
Il n'est pas possible de dire plus clairement que les coulissiers sont tous des voleurs, des brigands et des scélérats.
En verlu de quel droit, messieurs les députés, parlez-vous ainsi et venez-vous ainsi insulter toute une classe d'honnêtes citoyens? Vous n'oseriez pas parler en pareils termes des bureaux de placement, des agences matrimoniales ou des somnambules, qui exercent des métiers plus ou moins louches.
Demandez donc tout de suite le bûcher pour les
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coulissiers, puisque la liberté vous fait peur et qu'avant tout vous voulez fortifier les monopoles, même les plus désastreux pour la fortune publique, comme celui des agents de change.
Déjà, avec nos lois absurdes sur les faillites — à peine adoucies — et qui déclarent à priori que tout commerçant doit être un voleur, puisqu'il est déshonoré le jour où il est ruiné, même honnêtement, et privé de ses droits civils, nous continuons à naviguer en plein Moyen- Age.
Il paraît que ce n'est pas assez et qu'il faut encore supprimer jusqu'à l'ombre de la liberté, à
la Bourse; c'est triste.
Et si l'on me permettait de dire toute ma pensée, je ne craindrais pas d'affirmer que tous les scandales douloureux auxquels nous assistons aujourd'hui, députés achetés ou compromis, journalistes vivant aux crocs de l'étranger, trafic honteux de la Légion d'honneur, etc., proviennent précisément de ces préjugés absurdes contre le commerce, contre les affaires. Il est de mise parmi les fonctionnaires, les juges, les politiciens, de considérer avec mépris, ou tout au moins avec compassion, les commerçants, les industriels, les gens d'affaires qui, en définitive, représentent la force vive et productive de la nation.
Aussi, qu'arrive-t-il? On ne fait pas de son fils
un mercanti , un pistachier, un homme de bourse, un boutiquier, fi donc, ce sont des métiers de peu; on en fait un avocat ou un politicien et à la première occasion, s'il n'est pas bien trempé, ledit fils étudie l'art de manier les chèques et les pots de vin.
De grâce, MM. les députés, un peu moins de pruderie, soyez moins pharisiens, regardez-vous dans une glace — beaucoup, sinon tous — et souvenez-vous que le meilleur moyen de faire oublier les chèques de Panamaoul'or des espions étrangers qui alimentait la caisse de votre journal — crime horrible — est encore de se mettre résolument à l'étude des questions ééonomiques qui attendent une solution.
Votez un traité commercial avec la Suisse, abandonnez le fanatique Méline, votez le renouvellement du privilège de la Banque de France, discutez sérieusement le régime des boissons, les lois sur le crédit agricole et l'abolition des octrois, c'est le seul moyen de faire oubUer le néant et souvent les suites néfastes de vos discussions.
— C'est impossible.
— C'est impossible, dites-vous? Eh bien, allezvous-en alors, le peuple saura bien trouver des représentants un peu plus socialistes et un peu plus répubhcains pour vous remplacer.
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