‹ Mon bonnet de nuit comedievaudeville en un acteChapitre 9 sur 23 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

BÉCHAMEL, BOULOT.

BOULOT, d part, apercevant Béchamel. Le voilà ce malheureux père de famille , il ne se doute pas du coup d'assommoir que je rais lui administrer.

béchamel. Ah ! ça, dis-moi donc , mon gendre...

BOULOT.Votre gendre? c’est-à-dire; voilà où nous allons commencer à no plus nous entendre.

béchamel. Pourquoi donc?

BOULOT. C’est que si je l’ai été presque , je ne suis pas d’humeur à l’être tout-àfait.

BÉCHAMEL. Où tend ce propos inconsidéré ?

BOULOT. A vous faire comprendre que je ne veux pas l’être.

BÉCHAMEL. Pas de ces plaisanteries-là, Boulot.

boulot. Des plaisanteries 1 Dieu me les sauve!

BÉCHAMEL. M’expliqueras-tu enfin?

BOULOT. Dame , c'est embarrassant...

je voudrais vous dire ça , sans vous le dire précisément, d’une manière alambiquée... d’une manière, vous comprend?

BÉCHAMEL. Au contraire, non.

BOULOT , comme inspiré. Ah ! voilà !

Air : Ah i si ma femme me voyait.

Monsieur Béchamel voua savez Si j’ suis cun'mi de la nature ,

Vous savez que j’aini* la verdure,

Les fleurs , les étangs et les prés ,

Les bois, les montagn’s et les blés.

J'aitn'les fourmis, les sauterelles.

Les coqs , les canards les poussins , J'aime surtout te* demoiselles ,

Mais , je déteste les cousins !

BÉCHAMEL. Que diable veux-tu que je comprenne à ce galimatias.

BOULOT. Galimatias, pas tant ; d’après ce que je viens de voir.

BÉCHAMEL. Qu’cst-ce que tu as vu ?

BOULOT. Ce n’est rien encore, ce que j’ai vu; mais ce que j’ai entendu; car ils ne se sont pas gênés devant moi; à la vérité ils ne savaient pas que j’ccoutais... ce qui m’a le plus fatigué c’est le sang-froid des deux criminels; ils parlaient de ça comme de la chose la plus naturelle , la plus...

comme d’une promenade à St-Cloud par un temps de... mirlitons.

BÉCHAMEL. Arrange-moi ça, je t’en prie, d’une manière moins entortillée.

BOULOT. Au fait , puisqu’il faut toujours que je vous déchire l'amc , le plus tôt sera le mieux : supposez, pour lors, que vous êtes jeune , que vous avez de quinze à vingt-sept ..

BÉCHAMEL. Vas donc?

BOULOT. Que vous êtes joli garçon , bien bâti, dans mon genre; je suppose toujours.

BÉCHAMEL. Après?

BOULOT. Que vous êtes à la veille d'épouser... que vous ave» même épousé à moitié, une femme que vous adorez; que vous la croyez vertueuse , et que vous apprenez comme une bombe qu’elle reçoit tous les soirs dans sa chambre...

BÉCHAMEL. Qui, qui, qui?

boulot. Son cousin germain, dont le bonnet de suit..

béchamel. Boulot, Boulot, Boulot...

BOULOT. Je sens bien ce que vous dites ; mais il n’en est pas moins vrai...

BÉCHAMEL. Impossible, que ma fille qui a eu cinq à six fois le prix de vertu au catéchisse. ..

BOULOT. Puisqu’on vous assure, vieillard incrédule, qu’ils ont développé, lé, tout-à-l'heure, devant moi, cet affreux mystère «l’iniquité; pardieu j’ai l’oreille assez fine et je la dressais trop bien pour en avoir perdu un monosyllabe.

BÉCUA.MEL. Impossible , encore une fois.

BOULOT. Malgré ça, elle voulait en finir, elle ; on voit qu’il y a dans son cœur un restantdevcrtu;ça vient, peut-être, des prix qu’elle a eus au catéchisme; mais l'autre qui n’a jamais eu de ces prix-là, à ce qu’il parait , l’a si bien chapitrée qu’elle a consenti à ne rien changer de quelque temps à ses habitudes.

BÉCHAMEL. Ainsi cette fille indigne d’une mère vertueuse, en son vivant...

BOULOT. Vous appréciez, maintenant, les motifs qui me font passer l’envie d’être votre gendre, et vous ne m’en voudrez pas... vous m’en voudriez , d'ailleurs, que ce serait exactement la même chose.

■ÉCBAltEl.

Air : Voulant par tes œuvres complétée.

Je partage ton infortune,

Mail , mon cher, calme ton coorronx ; Une belle ame est sans rancune.

■ OULOT.

C’est possible ; mais , voyez- von» ,

D’agir comm’ ça , p’tétr’ que j’ snis bêle, Cependant , moi , j’ vous 1* dis tout net , Montrant son cœur.

Je sens U que c’ maudit bonnet N’ me sortirait jamais d’ la tête.

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