‹ Mon carnet de chasseChapitre 43 sur 63 · AS AP COTE TETE A SUITE LV: PERRET ET · texte numérisé non relu

AS AP COTE TETE A SUITE LV: PERRET ET

— Ce n'est rien, ça, dit le paysan. C’est mon cheval qui saigne un peu des naseaux.

Quel dommage! Tout de même, nous ne perdons pas

courage, et nous décidons qu'il faut battre le bois, morceau

par morceau; nous finirons bien par mettre l'animal sur pied.

Et la battue commença : elle dura tout l’après-midi, et devant nos carabines chargées à balles se défilaient narquoisement lièvres et lapins.

D'abord nous ne doutions ni de l'ours, ni de sa mort probable; et à mi-voix M°° Paul G... et moi, nous parlions de l’animal dont nous ne vendions pas la peau, mais dont nous mangions la viande avant de...

— Ça ne doit pas être bien bon, un ours de ménagerie, chuchotait ma voisine.

— Si fait, si fait, c’est bien nourri.

— Vous emporterez le filet chez vous.

— Oh! un simple cuissot.

— Comme vous voudrez.

— Et à propos de filet .. Un entrefilet au Petit Jour-

nal? Ça ferait bien, comme dénouement de l’histoire

d'hier. En ces termes : « On nous écrit de R... Un de

nos tireurs les plus connus, M. Paul G..., etc... etc... » Et pendant cette chasse à l’ours, à laquelle mon hôte

me conviait et m'entraînait un peu malgré moi, je rap-

pelais en riant à M°° G... l’analogue aventure de cet

inspecteur des finances — pas chasseur pour un sou — qui faisant sa tournée en Algérie, fut invité par l’inspecteur des forêts à l'affût à la panthère! Et il n'osait reluser… Il songeait à son avancement. Dame! l'inspecteur des forêts était son supérieur!... O hiérarchie!

Ainsi nous bavardions tout en « chassant l’ours ». Ainsi vagabondait notre fantaisie, mais peu à peu, cette confiante ardeur tomba, et de plus en plus mornes, appuyés mélancoliques au tronc d’un hêtre ou d’un bouleau,

nous regardions d’un air de regret fuir lièvres et lapins

en songeant qu'un bon ziens!... Même Paul commençait

à douter... mais il tenait encore bon, cherchait, fouillait, s’excitait, interrogeait la nature entière avec un zèle digne d'un meilleur sort.

Enfin dans une clairière, nous vimes un homme qui bêchaïit un champ.

— C'est François, dit M" G..., c’est l’homme qui a vu l'homme qui a vu l'ours.

— Bon, allons-y.

Questionné, François nous dit ces mots, terriblement révélateurs dans leur simplicité :

— Oui, Madame, le garde à M. X... a tiré dessus,

FPT" Le

bourg voisin étaient aussi « venus

d MON CARNET DE CHASSE. 21

mais 1l faisait à peine jour. Alors, il ne sait pas bien si c'est un ours ou un loup.

Nous eûmes comme un grand froid tout à coup!

Hélas! L'animal ne devait être n1 un ours, ni un loup... Et en attendant le mot de l’énigme, nous rentrimes un peu déconfits et absolument bredouilles. Car nous n’avions pas songé à tirer avec nos winchester les quelques lapins qui traversaient les layons. C'est un sport bon à pratiquer quand on ne chasse pas à l'ours, et qu'on s'appelle Justinien GC...

A peine rentrés nous apprimes que le pays était en émoi. Monsieur le curé était venu

aux. nouvelles. Deux notables du

pour savoir! !... »

Et le pis était qu'on ne savait rien.

Je partis vers la fin dela journée

par le courrier qui fait la corres-

pondance avec la gare de Lisysur-Ourcq et là, en deux minutes, j'appris la vérité... la triste vérité, de la bouche d’une grosse payse.…

« Ces messieurs sont allés à la chasse à l'ours. L’ours a traversé la route là, à cet endroit même. Le cantonnier l’a vu. On lui a tiré un coup de fusil le matin dans

le bois de la Tuilière. Il paraît qu’il est blessé. C’est pas

Page 1