MATHILDE, CHAVIGNY
Chavigny. — Bonsoir, chère,
Mathilde. — Bonsoir, Mon chien chien.
CHAViGNy. — Toujours fraîche comme la marée.
Mathilde. — Vous êtes bien bon pour elle. Mais où allez- vous donc ainsi ? Vous êtes d'un chic écrasant.
Chavigny. — Je vais au bal, ma chère.
Mathilde. — Je m'en doutais bien un peu. Je me disais : on ne se met pas comme ça pour aller visiter les égouts.
CHAViGNy. — Ah! ahl Très joli. Adieu! Je rentrerai de bonne heure.
Mathilde. — Tu t'esbignes ?
Chavigny. — Je suis attelé.
Mathilde, câlinant. — Ugène?... Vous m'aviez promis de passer la soirée avec moi.
Chavigny, à part, — Crampon, va!
Mathilde. — Restez, je vous jouerai au piano les valses que vous aimez le mieux... Bâton de chocolat^ la Culotte d'unzouapCy Henri ÎV a découché... Vou-
lez-vous?... Tenez. {Elle se dirige vers le piano.)
Chavigny. — Ah ! non !
Mathilde, mélancoliquement. — Pas de veine au bilboquet I.., Moi qui voulais vous faire une surprise !...
Chavigny. — Quelle surprise?
Mathilde, à part, mettant la main à sa poche. • - Faut-il lui donner la blague?... Non, pas encore.
Chavigny. — Allons, adieu !
Mathilde. — A quel bal allez-vous ?
Chavigny. — Au bal de la Chaussctte-Clignancourt.
Mathilde. — Pour y rencontrer Ninir
Chavigny. — Hein?
Mathilde. — S'il vous plaît?
Chavigny. — Vous avez parlé de Nini ?
Mathilde. — Moi ?
Chavigny. — La connaissez-vous ?
Mathilde. — Oui, une grande grue qui se pique le nez.
Chavigny. — Huit heures déjà. Je serai en retard.
Mathilde. --Avez-vous au moins tout ce qu'il vous faut pour aller à ce bal ?
Chavigny. — Oui, la montre et la chaîne, mon porte-monnaie... Où ai-je donc fourré ma blague ?.c. Ah ! la voilà I
Mathilde. — Faites voir. Elle est toute neuve.
Chavigny. — Croyez-vous ?
Mathilde. — Qu'est-ce qui vous Ta donnée î^ Chavigny. — Je ne sais pas, j'ai marché dessus.