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A STRASBOURG

Le mercredi 30 juillet nous partions de Bruxelles par le train de l’avant-midi pour Strasbourg. Avant d'arriver à cette dernière ville et même après l'avoir quittée pour nous rendre en Suisse, nous avons tra- “versé beaucoup d’endroits que les guerres, surtout celles de 1870 et de 1914 ont rendus célèbres: Metz, Colmar Mulhouse, etc. Avant la. dernière guerre, Strasbourg était la capitale de l’Alsace et de la Lorraine allemande, siège du gouverneur et administrateur de cette province. “On y remarque la Cathédrale, monument du xiie-xive siècle, restaurée en 1872, dédiée à la sainte Vierge. Sa merveilleuse architecture est très admirée. La flèche, découpée à jour, à 470 pieds de hauteur; magnifiques portes de bronze, vitraux du xive siècle. Chaire sculptée, baptistère, chef-d'oeuvre (1449) de Dotzinger. Horloge astronomique, (nef latérale de droite) qui est un chef-d’oeuvre d’ingéniosité et de précisions. “Nous nous sommes rendus là avant 11 heures 30 pour l’entendre sonner et voir agir tous les personnages qui y sont sculptés. “Cette horloge contient un calendrier perpétuel indiquant toutes les fêtes variables, et se réglant automatiquement pour les années bissextiles. Elle indique les cours des planètes, les éclipses de la lune et du soleil; des figurines se meuvent pour indiquer les heures; les quarts sont indiqués successivement par

un enfant, un adolescent, un homme et un vieillard défilant devant la mort et frappant sur un timbre. La mort elle-même sonne les heures. (C’est à midi que: le spectacle de l’horloge est le plus intéressant: les douze apôtres défilent devant le Christ qui les bénit, pendant que le coq, à trois reprises, bat des aïles et chante.” (Guide de Stransbourg).

Voici un article relatif à notre passage publié par le- Courrier de Strasbourg le 31 juillet dernier:

“Une délégation de prêtre et laïques canadiens, venant du Congrès Eucharistique d'Amsterdam, est. arrivée mercredi soir à Strasbourg, où elle s’est arrêétée un jour avant de continuer son voyage pour l’Italie. Cette délégation a été l’objet, mercredi soir, au Palais Episcopal, d’une réception chaleureuse à laquelle avaient été conviés le haut clergé et la plupart des notabilités catholiques de la ville. Les Canadiens étaient accompagnés de Mgr Beaupin, secrétaire général du “Comité catholique des Amitiés françaises à l'Etranger” qui s’est fait le guide éclairé de nos hôtes durant leur séjour en France. Trop souvent, Mgr Beaupin l’a expliqué, les étrangers qui viennent visiter notre pays, même les étrangers catholiques, admirent seulement nos monuments, nos musées, nos beaux sites, mais ils ne prennent aucun contact avec la véritable âme française, l’âme catholique. C’est l’un des buts sessentiels du “Comité des Amitiés françaises” de révéler cette âme à nos hôtes étrangers et

de travailler ainsi au rayonnement de la France catholique dans le monde.

“Mgr Ruch étant en tournée pastorale, c’est Mer Kolb, vicaire général qui, entouré de plusieurs membres du chapitre de la cathédrale, a fait à la délégation canadienne les honneurs du Palais Episcopal et lui a souhaité une cordiale bienvenue, évoquant les liens étroits qui unissent le Canada à la France.

“Mgr Beaupin a prononcé à son tour une allocution vibrante, rappelant les déchirements de la séparation du Canada de la mère-patrie et évoquant les luttes que les Canadiens ont eu à livrer pour maintenir l'intégrité de leurs libertés religieuses, ce qui crée, entre le Canada et l’Alsace Lorraine, une affinité de plus.

“Enfin, M. l’abbé Dupuis, curé de l’imposante paroisse Saint-Eusèbe de Verceil à Montréal, a affirmé avec une émotion très vive l'affection filiale du Canada pour la France, sa mère-patrie, et sa sympathie profonde pour l’Alsace et la Lorraine. Pendant les longues années de domination allemande que l’Alsace et la Lorraine ont subies, le Canada n’a cessé d’admirer leur fidélité à la France et il a partagé leur joie et leur enthousiasme au jour de la libération; ül suit avec un intérêt passionné Ja lutte qu’elles ont dû engager pour sauvegarder à leur tour leurs libertés religieuses.

“Vous ne sauriez jamais croire, d’ailleurs, dit le curé

de Saint Eusèbe de Montréal, avec quelle attention nous suivons, au Canada, tous les événements de France; la France set restée notre mère et tout ce qui la touche nous intéresse au plus haut point. Exprimant ensuite sa joie de se trouver à Strasbourg, M. l'abbé Dupuis a évoqué l’histoire de notre cité, ses gloires, le rayonnement de son Université, ses fils illustres et cela avec une érudition que lui envieraient beaucoup de Strasbourgeois, avec une émotion sincères qui a profondément touché les assistants. “L'’orchestre du cercle S.-Joseph, qui a bien voulu réhausser l’éclat de cette réception, sans lui enlever son caractère intime, a exécuté au cours de la soirée l'hymne anglais et la “Marseillaise”, cette dernière e réponse à l’allocution de M. le curé de St Eusèbe de Montréal qui venait précisément de saluer la ville de Strasbourg comme le berceau de l'hymne national. “Nos hôtes ont consacré la journée du jeudi à visiter les principaux monuments et curiosités de la ville. Ils repartent aujourd’hui pour Venise, Rome, et après s'être agenouillés aux pieds du Saint-Père, ils reviendront en France accomplir un pieux pèlerinage à Lourdes et à Lisieux, puis un pèlerinage patriotique à Honfleur d’où sont partis, au 16ème siècle, les premiers colons français pour le Canada. De là, ils regagneront leur pays où, les uns du haut de la chaire, les autres par leur enseignement à l’Université, d’autres par la plume, feront mieux connaître et aimer da-

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vantage encore de leurs compatriotes leur partie d’origine, leur ‘“grand/maman” comme disait M. l’abbé Dupuis, la belle et doulce France.”

On me saura gré de reproduire ici l'excellent compte-rendu publié par Les Amitiés catholiques françaises:

Les Amitiés Franco-Canadiennes.

“Le mois de puillet a vu revenir parmi nous un groupe de canadiens, analogue à celui qui, l’an dernier, à pareille époque, fêta, avec notre concours, Mgr de Montmorency-Laval à Montigny-sur-Avre et à Saint-Germain-des-Prés et Montcalm à Vauvert.

“Débarqués à Cherbourg, le 17 juillet, au nombre de trente-quatre, nos hôtes, conduits par M. l'Abbé Joseph Dupuis, curé de la paroïsse Saint-Eusèbe de Verceil à Montréal et ancien élève de l’Institut catholique de Paris et par le R. P. Cornell, des Oblats de Marie Immaculée, du diocèse d'Ottawa, se sont directement rendus à Paris. Le 19, Mgr Gibier, évêque de Versailles, et Mgr Millot, son vicaire général, les recevaient à l’Evêché où ils leur firent un gracieux accueil. Ce fut M. l’Abbé Dupuis qui présenta à Mg: Gibier ses compatriotes, parmi lesquels se trouvent dix prêtres, des diocèses de Montréal, d’Ottawa, de Kingston, de Chatham, de Valleyfield et de Québec. Citons au moins, parmi eux, M. le chanoine E. Fitzgerald, qui a représenté Mgr l’Archevêque d'Ottawa au congrès d'Amsterdam. :

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“Le lundi 21 juillet, M. l’Abbé Dupuis, accompagné de quelques-uns des pèlerins, s’est rendu à Saint-Germain des Prés, pour y voir le bas-relief commémoratif du sacre de Mgr de Montmorency-Laval, inauguré l’an dernier. Il fut reçu par Mgr Beaupin et par le clergé paroissial. Mgr Beaupin fut ensuite l’hôte des Canadiens, qui le retinrent parmi eux, à l’Hôtel Lutetia, où ils étaient descendus.

“A leur retour d'Amsterdam, où ils ont pris part aux travaux de la section française, nos amis se sont arrétés à Strasbourg, où ils sont arrivés le mercredi 30 juillet au soir et où Mgr Beaupin les rejoignit. Ce même jour, ils étaient reçus, à neuf heures, au palais épiscopal, par Mgr Kolb, vicaire général de Strasbourg, qui au nom de Mgr Ruch, retenu au loin par sa tournée de confirmation, leur souhaïta la bienvenue.

Cette soirée d’accueil fut d’un charme à la fois simple et émouvant. Dans le grand salon de l’Evéché de Strasbourg, plusieurs chanoïnes de la Cathédrale, et aussi M. l’Abbé Delsor, sénateur, M. l’Abbe Klad, directeur des oeuvres, quelques personnalités laïques dont M. Oscar de Ferenzy, rédacteur en chef du Courrier de Sirasbourg, entouraient Mgr Kolb. A l’arrivée de la délégation canadienne, un orchestre, placé dans une pièce voisine, se fit entendre, puis Mgr le vicaire général prit la parole. En quelques mots, il dit à nos hôtes, avec les regrets de Mgr Ruch de ne pouvoir les accueillir lui-même, tout ce que l’Alsace

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catholique nourrit de sympathies pour les Canadiens, dont elle admire qu’ils aient si bien conservé, défendu et fait propspérer ces traditions religieuses et françaises auxquelles elle demeure elle-même si profondément attachée.

“Ce fut ensuite le tour de Mgr Beaupin qui, au nom de Mgr Baudrillart et de notre Comité, rappela en termes heureux, la tâche que nous poursuivons: mettre à chacun de leurs voyages en France, nos hôtes canadiens, à même de bien nous connaître, leur ménager l’occasion de voir les contrées d’où sont partis leurs pères, y célébrer avec eux, les communs souvenirs, leur donner aussi le moyen de retrouver, dans nos pius vieilles et nos plus fidèles provinces, ces traditions de foi catholique et de vertus familiales qu’eux-mêmes gardent si bien. Ce fut alors une touchante évocation des affnités alsaciennes et canadiennes qui ne sont telles, d’ailleurs, que parce qu’elles plongent leurs racines dans le sol français, Mgr Beaupin montra encore dans l’Alsace et le Canada, deux pays où l’seprit missionnaire continue de fleurir et ou l'Eglise ne cesse de trouver des prêtres et des apôtres.

“Après ces deux discours, M. l’Abbé Dupuis, curé de la paroisse Saint-Eusèbe de Verceil à Montréal et directeur spirituel du pèlerinage canadien adressa des remerciements émus à Mgr Kolb et à Mgr Beaupin, au nom de ses compatriotes. Il associa, dans cette expression de gratitude, Mgr Ruch et Mgr Baudril-

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lart, puis évoqua le passé de l’Alsace, dont les Canadiens foulent aujourd’hui avec émotion, le sol libéré. Toutes les grandes heures alsaciennes furent ainsi célébrées, jusqu’à celles où l’Alsace fêta la victoire française, jusqu’à celles même qu’elle vient de vivre dans une solennelle affirmation de sa double fidélité et à sa foi et à la mère patrie.

“Puis l'orchestre joua notre hymne national, qui fut écouté debout. Canadiens et Alsaciens, par petits groupes, causèrent et fraternisèrent jusqu'à ce que l’heure fut venue de se séparer. On se retrouva, le lendemaia, pour la visite de la ville. Les Canadiens partirent ensuite, le vendredi ler août, pour la Suisse et l'Italie. A leur retour, à la fin d’août, ils s’arrêteront de nouveau en France, pour se rendre à Vauvert, puis à Lourdes, puis à Lisieux; des réceptions enfin leur sont encore ménagées à Honfleur et au Havre, qui précèderont immédiatement leur départ définitif pour le Canada.

“Nous ne nous attarderons pas à commenter ces rencontres heureuses qui doivent avoir pour résultat de faire mieux connaître la France au Carada et Île Canada à la France. Elles se multiplient à notre plus grande joie. Le 12 juillet encore, le journal La Savoie rendait compte de trois conférences, faites à Chambéry, par M. l’Abbé Paravy, aumônier du lycée de Chambéry, qui a prêché, cette année, avec le succès que nous avons dit, le Carême à la paroisse.

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Notre-Dame de Montréal. Dans cette série de discours, M. l’Abbé Paravy raconta à ses auditeurs l’épopée canadienne et traduisit pour eux ses impressions de séjour au Canada. Il parla sous la présidence de Mgr Castellan, archevêque de Chambéry, qui le remercia chaleureusement de ces belles leçons d'histoire, d’une valeur d’exemple, à la fois si catholique et si française”.

“Avant de quitter Strasbourg, plusieurs pèlerins ont fait, à travers les Vosges une excursion au mont Sainte Odile, ce qui leur a permis de visiter le monastère fondé par la sainte et situé à 3,000 pieds au-dessus du niveau de la mer. Les bonnes soeurs qui habitent cet asile si rapproché du Ciel y jouissent d’une vue splendide et peuvent admirer chaque jour un panorama qui doit leur donner un avant-goût des oéatitudes qui les attendent dans des régions encore plus élevées.

Si la montée en automobile avait été un peu lente, le retour a été très rapide, et nous a permis de faire une courte station dans un village dont i’oublie le nom mais où je me rappelle avoir vu un nid de cigognes au pignon d’une maison. Ce gros oiseau aime l’Alsace et les Alsaciens. Ceux-ci le lui rendent bien de scrte qu’ils ont entre eux des relations de bon voisinage.

Nous avons vu dans les Vosges des forêts qui res-

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semblent aux nôtres et des sapins que nous nomimerions épinettes s’ils étaient de notre côté de l’Atlantique. L'exploitation des bois de construction se faitlà sur une grande échelle et par des procédés qui diffèrent peu des nôtres, l'altitude de cette région lui procurant un climat presque canadien.

Lors de notre promenade à travers la ville, nous sommes descendus de voiture pour traverser à pied le pont qui franchit le Rhin et relie Strasbourg à Kehl. La tête du pont du côté allemand est occupée par un poste de sentinelles françaises. Pour mettre le pied sur le sol allemand il faut aller un peu plus loin parlementer avec la garde boche. Ceux qui sont allés jusque-là n’ont pu pénétrer en Bochie, leurs passeports ayant été jugés insuffisants.

Ce que nous avons vu de la ville, nous a fortement intéressés et nous y serions volontiers restés plus longtemps; mais le programme était là: il fallait le suivre et, le ler août, nous partions pour Lucerne où nous arrivions le même soir. Or c'était jour de fête nationele et nous devenions Suisses pour la circonstance. Le produit de la vente des insignes étant destiné à une oeuvre de bienfaisance, nul d’entre nous n’avait hésité à orner sa poitrine de la croix blanche sur fond rouge. Il y eut illumination et d'excellente musique jusqu’à une heure avancée de la nuit en l’honneur de la Confédération helvétienne.

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