JOURNAL D'UN 'DÉCOUVREUR
le lendemain matin à Québec. Vous dire l'impression que j'eus alors, cela ne serait pas possible. Je m'imaginais — très fortement — avoir voyagé, comme ce personnage du fantaisiste anglais H. -G. Wells, non pas dans l'Espace, mais bien dans le Temps. Devant la physinomie archaïque de cette ville, il me semblait être transporté de deux cents ans en arrière.
Ce fut une impression analogue, mais combien plus intense ! que j'éprouvai en Avignon. Et cette impression, je pense, correspondait à une profonde réalité. Avignon, de même que le pays voisin, n'est pas de notre époque ; c'est une contrée du quinzième siècle égarée dans nos temps modernes. Et c'est peut-être aussi bien ce qui fait son charme pénétrant...
**:): Ce fut non loin d'ici que le délicieux Daudet écrivit ses Lettres de mon Moulin. Vous vous en rappelez peut-être quelques-unes : Le curé de Cucugnan... La chèvre de M. Séguin... L'Elixir du Père Gaucher... La mule du Pape — cette fameuse mule qui donna un coup de pied si véhément, si prodigieux, " que de Pampelune on en vit la fumée"... — et les histoires d'Arles, et de Pampérigouste, et d'ailleurs...
Baudelaire a écrit une pièce intitulée Correspondances, où se trouve ce vers :
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.
S'il y a quelque chose, dans la littérature française, qui " réponde " aux parfums et aux couleurs du Midi, c'est bien la prose ensoleillée de Daudet. — Et si vous voulez, sans visiter la Provence, voir tout de même Avignon, relisez, mon cher lecteur, relisez au plus vite Alphonse Daudet.
JOURNAL D'UN "DECOUVREUR" (1)
Le Midi— Arles, Nîmes, Orange . . .
Continuant ma route vers la Méditerranée, je ne tardai pas à découvrir une autre ville dune certaine importance... C'était Arles, sur le Rhône, à quelque deux cents kilomètres de Marseille.
Arles est célèbre d'abord par ses femmes ; ensuite par ses monuments.
Tous les écrivains de France qui ont traité du Midi s'accordent à proclamer que les Arlésiennes sont les plus belles femmes du monde ; et il semble bien que cette opinion restera admise, aussi longtemps du moins que le Canada ne sera pas mieux connu à l'étranger...
La beauté de l'Arlésienne lui vient, dit-on, de son origine hellène. Ce fut en effet par les Grecs que la civilisation pénétra tout d'abord dans cette contrée. Plus tard, les Romains l'occupèrent, puis les Sarrasins.
Ces trois types de races se retrouvent aujourd'hui, plus ou moins, chez les femmes d'Arles, — mais surtout le type grec, le type classique de beauté.
(1) Publié dans la Patrie du 16 juin 1910, et écrit pendant un voyage en France, au printemps de la même année.