SCÈNE IX
D ANCENIS
A l'instant même!.. (Il va au bureau où il s'assied.)
kerbennec, à Josseline qui entre.
A déjeuner, ici, pour Monsieur... (Il lui donne quelques ordres, à voix basse, et pendant ce temps d'Ancenis a ouvert la brochure dont il lit les premières lignes.)
d'ancenis, lisant.
« Nouveau système de mâture et de voilure, « par M. Antoine Kerbennec. » (Stupéfait.) Kerbennec! mon oncle... Antoine!.. (Se levant.) 0 mon étoile!., ô hasard!., voilà de tes coups! tu me fais serrer la main d'un parent qui me déteste!.. Et tu m'installes dans sa maison qu'un procès m'avait fermée et qu'un orage vient de m'ouvrir.
kerbennec, qui vient de renvoyer JosseUne, se rapproche de d'Ancenis.
J'ai de bonnes jambes! .. des jambes de propriétaire et je vous fatiguerai, je vous en préviens! Aussi, avant notre excursion, je veux que vous preniez des forces et je viens de commander votre déjeuner.
d'ancenis, embarrassé.
Monsieur...
KERBENNEC
Un déjeuner solide...
Pardon !.. il me serait imposible d'accepter.
KERBENNEC.
Mais vous devez avoir faim...
d'ancenis.
Je ne dis pas non... mais quelque plaisir... quelque honneur que ce soit pour moi de m'asseoir à votre table... vrai!., je dois refuser et vous demande la permission de prendre congé de vous...
KERBENNEC, étonné.
Mais... vous aviez accepté..,
d'ancenis.
Tout à l'heure... oui! maintenant, non !
KERBENNEC
Et pourquoi?
d'ancenis.
Adieu, Monsieur! (Il va pour sortir.)
kerbennec, le ramenant.
Non pas! vous resterez, Monsieur, vous resterez, je vous retiendrai de gré ou de force. d'ancenis, gaiement.
Il ne manquait plus que cela.
KERBENNEC
Vous laisser partir serait manquer à tous les devoirs de l'hospitalité.
d'ancenis.
Et rester serait y manquer plus encore... ce serait surprendre... votre bonté, voire générosité... et depuis le nom que je viens de lire en tête de ce Mémoire...
KERBENNEC.
Qui doncêtes-vous?..
d'ancenis.
Par reconnaissance pour votre accueil, j'aimerais mieux... vous quitter sans vous le dire. kerbennec, sévèrement.
En quelque circonstance qu'il se trouve, rien ne peut empêcher un honnête homme de se nommer.
d'ancenis, avec fierté.
Je n'hésite plus, Monsieur !.. je suis Edouard d'Ancenis, votre neveu!
kerbennec, atterré , tombant dans un fauteuil, à gauche.
Mon neveu !..
d'ancenis.
Ah! je vous avais prévenu du coup et j'aurais voulu vous l'éviter! (Humblement.) Pardonnezmoi, mon oncle, ma visite involontaire. Quant à moi, je me féliciterai toujours de l'heureuse erreur qui m'a valu de vous une réception si cordiale et surtout une poignée de main... que je vous ai dérobée, j'en conviens!.. (Gaiement, avec respect.) Et mon plus grand regret est de ne pouvoir vous la rendre. (Il salue, va prendre son manteau quil pose sur son bras; en même temps Kerbennec se lève et passe à droite; d'Ancenis, au moment de sortir par le fond, salue une seconde fois son oncle.)
kerbennec, le retenant du geste.
Un instant, Monsieur... (D'Ancenis descend, à gauche ; après un instant de silence.) Je conçois que vous ayez hâte de quitter un parent qu'on vous a appris à haïr.
d'ancenis.
On m'a appris, dès mon enfance, à respecter le frère de ma mère.
KERBENNEC
En vérité?., vous n'approuvez donc pas l'obstination de votre père...
d'ancenis, vivement.
Je l'approuve de soutenir un procès où l'on a mis en question sa délicatesse et son honneur... je l'y aiderai jusqu'à mon dernier jour et jusqu'à mon dernier écu...
kerbennec, avec colère et satisfaction.
Et lui aussi... qui a du sang breton dans les veines!
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