‹ Mon étoile, comédie en un acteChapitre 17 sur 36 · SCÈNE XTI · texte numérisé non relu

SCÈNE XTI

d'ancenis, souriant.

Ah! ah! voyons-le donc!

josseline, pendant que d'Ancenis boit.

Et puis il a ajouté : si M. d'Ancenis te remet quelque chose pour moi, tu me trouveras de l'autre côté du parc; àlamanufactureoùje vais... (Voyant d'Ancenis qui a achevé de boire, et lui versant .un second verre.) Il est gentil, n'est-ce pas? d'ancenis.

Il est étonnant pour du vin de Bretagne.

josseline, avec fierté.

Aussi, il n'en est pas! je m'en vante!

Tu m'en diras tant! (Josseline sort un instant par le fond, et rentre avec des assiettes. D'Ancenis, riant.) Je devais, malgré mon appétit, refuser de m'asseoira la table d'un ennemi... mais ou peut accepter le déjeuner d'un allié... surtout quand il a de bon \in... (Y goûtant de nouveau.) Et celui-ci me paraît excellent...

josseline, à la droite d'Ancenis , lui versant du vin.

Alors, Monsieur.

d'ancenis, buvant.

Un peu capiteux, par exemple!

JOSSELINE

Je crois bien!., il suffit d'un seul verre, comme on dit, pour vous toquer!

d'ancenis, gaiement.

Et tu viens, coup sur coup, de m'en verser trois.

JOSSELINE

Tiens!., je n'y pensais plus! le mal est fait. (Elle sort, emportant quelques assiettes, et rentre feu après, apportant du dessert, quelle va poser sur le bureau.)

d'ancenis, riant.

Elle a raison... le mal est fait!.. Il est tiré... il faut... (Il boit, puis se frappant le front.) C'est vrai !.. mais on n'a plus besoin de sa tête dès qu'on a délibéré... et pris son parti !.. parti... qui aurait fait hésiter tout autre que moi... (Se versant à boire.) Car enfin. .. abdiquer le célibat, lesamours... les bonnes fortunes... (Buvant et parlant avec plus de vivacité.) C'est comme qui dirait. .. renoncer au Champagne... pour se vouer à l'eau claire... mais après tout, si on a un bon ménage... une jolie femme... une compagne douce et bonne... et la mienne!., c'est là la question... (Buvant.) J'aurais peut-être dû, avant d'écrire, aller aux informations... (Gaiement et apercevant Josseline qui rentre, et va au bureau.) Si j'interrogeais la petite. josseline, s'avançant.

Monsieur?..

d'ancenis, s arrêtant.

Non, rien... (il part.) Quelle idée! s'adresser à uneservante. Et d'ailleurs en fait d'informations, personne ne pourrait m'en donner de meilleures et de plus exactes que mon ancien camarade, ce

cher Paimpol... qui ne se doutait pas, alors, ni moi non plus... que j'allais changer l'état transitoire de voyageur... contre le poste fixe et sédentaire de l'hyménée... lui qui est du pays... lui qui, tous les jours, vient ici, en voisin, doit connaître, mieux que quiquecesoit la personne... et il m'a dit, ce cher ami... qu'est-ce qu'il m'a dit?.. (S'adressant à Josseline.) Petite? (Pendant que d'Ancenis a dit son monologue, Josseline a rangé son dessert sur le bureau; mais voyant que l'écritoire la gêne, elle la porte sur la cheminée auprès de laquelle elle se trouve quand d'Ancenis rappelle.)

josseline, s avançant.

De quoi, Monsieur?

d'ancenis, avec plus de vivacité et d'entrain.

Le diable m'emporte si je m'en souviens... Ah! oui ! c'est bien ! je me rappelle... je n'ai plus besoin de toi... il m'a dit : que pour jolie... elle ne l'était pas... mais qu'en revanche elle était douée d'un caractère qui promettait peu d'agrément... (Riant.) De sorte que pour éteindre un procès... j'en aurai un chaque jour dans mon ménage... les querelles, les disputes... et ma liberté perdue! josseline. *

Monsieur ne boit plus !

d'ancenis, avec impatience.

Eh non! (fa/seUne sort emportant quelques assiettes.) Et je vous demande pourquoi... puisque je suis libre encore et querien ne m'y force... je ne dirais pas franchement... (Se levant et allant à la cheminée sur laquelle il écrit.) « Mon- « cher oncle, après une mûre délibération... je » vous déclare avec regret, que je ne me sens « aucune disposition pour le mariage...» (S'interrompant.)C est adroit et délicat en même temps... parce que de cette manière... ce n'est pas sa fille... c'est le mariage que je refuse. (Pliant et cachetant la lettre.)

josseline, s approchant de lui.

Monsieur ne mange plus?

d'ancenis.

J'ai fini ! ôte-moi ce déjeuner?

JOSSELINE

Oui, Monsieur! et voire café?.. (Elle enlève le plateau. Pendant ce temps d'Ancenis se lève tenant à la main la lettre qu'il vient d'écrire.) d'ancenis, marchant.

Comme tu voudras!.. (Quittant la cheminée et marchant vers le bureau en riant.) C'est ainsi qu'il faut agir!., prendre son parti bravement sur-le-champ... c'est mon usage... je ne suis pas comme M. de Paimpol...

josseline, apportant le café, quelle place sur la table, à droite.

Voilà, Monsieur.

d'ancenis.

Très-bien!., je n'hésite jamais!.. (Apercevant sur le bureau la lettre qu'il y a laissée.) Si vraiment... j'avais oublié cette lettre... et les raison

qu'elle renferme... !a satisfaction que cette alliance... causerait à mon père... oui... mais de l'autre côté... le peu d'agrément qu'elle me donnerait... cela devient embarrassant... (Tenant unelettre de chaque main.) et me voici, comme le philosophe ancien dont je parlais ce matin, l'âne deBuridan, ne sachant plus que résoudre, ni quelle route choisir!., prendrais-je adroite... ou à gauche?., à gauche ou à droite?., à qui m'en rapporter?., parbleu! à mon étoile!.. (Regardant Josseline.) Petite?..

josseline, sans cesser de desservir.

Qu'est-ce, Monsieur?..

d'ancenis.

Dis-moi un peu, as-tu du bonheur?

JOSSELINE

Moi!..

d'ancenis.

As-tu la main heureuse?..

josseline.

Dame... je n'ai qu'un amoureux... mais c'est le plus gentil et le plus riche de l'endroit. d'ancenis.

Très-bien !

josseline.

C'est Pierre Poternic... vous savez? le fils du meunier... nous nous marions dimanche.

A merveille!

josseline.

Par exemple, je suis forcée de vous avouer qu'il a un défaut... il est jaloux comme un tigre. (Elle a replacé sur le guéridon le métier à broder.) d'ancenis.

Ça m'est égal...

josseline, passant à droite, et portant le plateau sur le bureau.

A moi aussi dans ce moment ! mais plus tard...

d'ancenis.

Ça peut devenir gênant!., ça te regarde!.. Écoute! (Josseline Rapprochant de lui.) Je te ferai mon cadeau de noce... un beau cadeau!.. (Josseline fait la révérence.) à condition que tu vas me rendre un service...

JOSSELINE

Tout de suite, Monsieur!., d'autant que Pierre n'est pas là... voyons...

d'ancenis, lui présentant les deux lettres qu'il tient dans une seule main.

Voici deux lettres... deux lettres, entends-tu bien? (Se retournant.) Qui vient là?.. (A demivoix, à Josseline.) Mets-les dans ta poche... (Josseline met les deux lettres dans la poche de son tablier.)

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