‹ Mon jardinChapitre 99 sur 99 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Lord Bacon, le grand philosophe du seizième siècle, a montré le cas qu'il faisait des jardins en disant : « Dieu tout puissant a commencé par planter un jardin ; c'est là en effet un des plaisirs les plus purs que puisse se procurer Thomme ; c'est là qu'il peut se délasser, et sans un jardin ses édifices et ses palais ne sont rien. » On peut retrouver le même sentiment, sous une forme différente, dans les écrits des anciens auteurs. L'histoire nous enseigne, en effet, que les jardins existent depuis la plus haute antiquité; mais il en est des nations comme des individus, et toutes ne professent pas le même culte pour la nature et ne montrent pas la même disposition à cultiver le sol pour cultiver les plantes. On peut remarquer facilement cette différence par le plan qu'adoptent les différents peuples ou même les différents individus d'une même nation pour disposer leurs jardins. Comme je l'ai déjà fait observer, c'est moi qui ai planté mon jardin, et bien que, comme le grand philosophe que je viens de citer, j'aie toujours trouvé au milieu de mes plantes un grand délassement, je me suis arrangé cependant pour que, tout en me procurant un plaisir, mon jardin pût en même temps me servir à continuer des études commencées et à m'être de quelque profit. « In lucem lucrum ludum. »

Les jardins les plus anciens sur lesquels nous possédons quelques dé-

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tails sont ceux des Égyptiens. Ces jardins avaient souvent des dimensions considérables et étaient ordinairement arrosés par des canaux communiquant avec le Nil. On y trouvait, à Tombre des arbres, des bassins et des réservoirs ; on y trouvait aussi de véritables lacs, sur lesquels les Égyptiens aimaient à se promener en bateau ou à se livrer à leur plaisir favori qui consistait à tuer à coup de lance les nombreux poissons qui les habitaient. Les anciens Égyptiens disposaient une partie de leur jardin en avenues ombragées par des arbres plantés en rangées. Pour conserver de l'humidité aux racines, on disposait à la base du tronc un petit monticule en terre, plus déprimé au centre qu'à la circonférence, de manière à ne pas laisser Teau s'échapper. II est impossible de dire avec certitude si les arbres étaient taillés de façon à affecter une forme quelconque, ou si on les laissait pousser naturellement. Tout ce que nous savons, en effet, sur les jardins des Égyptiens, nous vient de Tétude des peintures ou des sculptures de Thèbes ; nous y voyons certainement des arbres représentés sous leur forme naturelle, mais, à côté de cela, nous en voyons d'autres qui affectent des formes toutes particulières, ce qui nous autorise à penser que, bien avant les Romains, les Égyptiens connaissaient Vars topiaria.

Ils attribuaient à la culture de la vigne, des arbres fruitiers, des plantes potagères et des fleurs les différentes parties de leurs grands jardins. On trouve, dans l'excellent ouvrage de M. Rosellini sur les monuments de l'Egypte et de la Nubie, le plan d'un antique jardin égyptien qui a dû exister près de 1 5oo ans avant l'ère chrétienne, car il appartenait, dit-on, à un chef militaire, — sur la tombe duquel il a été copié à Thèbes, — vivant sous le règne du Pharaon Aménophis II, sixième roi de la XVIIP dynastie. Il ne faut voir là, sans doute, qu'un idéal de ce qu'étaient les grands jardins alors existants; voici, en tous cas, quelle était sa disposition : il forme un grand carré enfermé de tous côtés par des murs; une rivière ou un canal coule à droite; cette rivière est ombragée par une avenue d'arbres. De cette avenue part une route qui conduit à l'entrée principale et qui se continue par une allée bordée d'arbres; au-delà, se trouve une autre porte par laquelle on entre dans la plantation de vigne qui occupe le centre du jardin. Le iardin es«-

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planté d'arbres, principalement des palmiers et des sycomores qui, selon la coutume égyptienne, forment des plantations séparées. D'autres petites allées partent de la plantation de vigne, et des arbres entourent quatre bassins placés aux quatre angles. Ces bassins sont entourés de gazon et de larges touffes de papyrus qui poussent dans des vases. A gauche de la vigne se trouvent les tombes, et, tout auprès, deux temples dont la base est entourée par une sorte de balustrade. La divinité qui présidait, dit-on, aux anciens jardins égyptiens s'appelait Khem; on pense qu'elle avait les mêmes attributs que la divinité grecque Pan. Les jardins étaient aussi placés sous la protection de Ramo, déesse que l'on trouve quelquefois représentée sous la forme d'un aspic, et, d'autres fois, sous celle d'un monstre ayant un corps humain et la tête d'un serpent. Auprès des temples, dans le jardin qui nous occupe, se trouvait la maison d'habitation qu'il est inutile de décrire ici.

Ce plan si intéressant, parce qu'il nous représente un jardin qui existait il y a plus de 3,ooo ans, nous prouve combien était différents les goûts et les idées de cette époque comparés avec les nôtres. — Quiconque disposerait aujourd'hui son jardin sur ce plan passerait pour un homme qui aime peu la nature; on dit, cependant, que les anciens égyptiens aimaient ardemment les plantes et les fleurs et cultivaient toutes les variétés qu'ils pouvaient se procurer; ils poussaient même cet amour si loin qu'ils exigeaient des nations soumises à leur empire des tributs de plantes rares. On voyait souvent chez eux des guirlandes de fleurs; leurs coupes à boire étaient couronnées de fleurs et la table sur laquelle ils prenaient leur repas en était encombrée. Ils dépensaient ordinairement des sommes extravagantes pendant leurs fêtes pour décorer leur maison de fleurs. Pline nous dit que c'est à ce peuple que nous devons l'invention des fleurs artificielles que l'on connaissait à Rome sous le nom à^jEgyptiœ. Il est probable que les Égyptiens passaient une grande partie de leur temps dans leur jardin, à l'ombre des arbres ; leurs kiosques, s'il faut en croire les peintures que nous voyons sur les tombes, avaient souvent des dimensions considérables.

Eiï même temps que la vigne, ils cultivaient le figuier et d'autres

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arbres. Des rangées de colonnes, peintes la plupart du temps et réunies au sommet par des dentelles en bois, divisaient la plantation de vigne en nombreuses avenues. Ils cultivaient la vigne en bosquets, mais ils ne paraissent pas Tavoir fait grimper sur les arbres, comme on le fait ordinairement en Italie. On voit, dans les sculptures de Thèbes, des singes montés dans les figuiers et qui passent les figues aux jardiniers qui sont au pied de Tarbre; on y voit aussi quelques singes qui mangent un fruit et qui semblent grondés par les hommes qui les surveillent.

Si les anciens Égyptiens montraient tant d^amour pour leur jardin et prenaient tant de soins pour la culture des plantes, il n'en est plus de même aujourd'hui chez leurs descendants. On ne cultive plus actuellement en Egypte que des arbres utiles et il est fort rare qu'on s'occupe jamais d'en planter pour la décoration du paysage; d'ailleurs, il y a fort peu de gros arbres en Egypte. Quelques personnes riches possèdent des ardins, mais ils sont tenus avec si peu de soin que l'on voit immédiatement que leurs possesseurs n'ont pas pour eux une affection extraordinaire. Le plus intéressant de tous est celui de Schoobra,qui appartient au pacha. Il est situé à environ quatre milles au nord du Caire; on y arrive par une avenue de mûriers et d'accacias qui a été plantée récemment. Ce jardin est aussi monotone que possible; les allées partent de divers centres pour rayonner dans les différentes parties. Autour d une fontaine se trouve une allée couverte, bordée de kiosques qui s'ouvrent sur un lac. Auprès du palais se trouve le « El Gebel », ou la colline, surmontée d'un autre kiosque. On parvient au sommet de cette colline par des escaliers situés de chaque côté. Le kiosque luimême s'élève au-dessus d'une série de terrasses plantées de fleurs, et du sommet on domine tout le jardin, le Nil et les collines qui bordent a vallée de l'autre côté. Mais, malgré tout, ce jardin est mal disposé et Il y a peu de variétés dans les fleurs qu'on y cultive. Je n'en ai parlé que pour montrer où en est tombée la culture des plantes chez un peuple qui, autrefois, s'en occupait avec tant d'ardeur. Ceci me conduit à conclure que ce n'est pas tant le climat, mais bien plutôt le caraaère du peuple lui-même qui a une profonde influence sur l'art du jardinier.

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Certaines grandes nations de l'antiquité, telles que les Assyriens et les Babyloniens, ont construit des jardins d'une dimension colossale. On peut striaement appliquer aux jardins de ces peuples Tépithète architecturale; aussi forment-ils l'antithèse la plus absolue avec mon jardin. Ces peuples ont imprimé à tous leurs travaux un cachet d'individualité et de grandeur qu'il est impossible de surpasser; ces qualités s'étendaient aussi à leurs jardins. Le jardin qui entourait le palais de Babylone et que l'on croit avoir été planté par Nabuchodonosor à la demande de la reine Amytis qui désirait posséder des buissons élevés à l'imitation de sa patrie, Ecbatane, peut être considéré comme le type, sur un grand modèle, de ce qu'étaient les jardins de Ninive, de Persépolis, ou celui qui appartenait au roi Assuérus et dont parle le livre d'Esther. Ces jardins suspendus de Babylone, comme on les appelle, formaient un carré de 400 pieds de côté, dont la base occupait deux hectares; ils se composaient de plusieurs terrasses élevées l'une au-dessus de Tautre, de façon à ce que la plus élevée dépassât les murs de la cité, qui avait plus de 3oo pieds de hauteur. On arrivait aux différentes terrasses par de larges escaliers ; les terrasses elles-mêmes se composaient d'immenses voûtes bâties l'une sur l'autre et renforcées d'un mur ayant vingt-deux pieds d'épaisseur ; ces voûtes étaient recouvertes de pierres plates ayant seize pieds de long et quatre de large; ces pierres elles-mêmes étaient cimentées avec du bitume, puis venaient deux couches de briques recouvertes de feuilles de plomb pour empêcher les infiltrations ; une couche de terre surmontait le tout. A la base de ces jardins coulait 'l'Euphrate ou plutôt un canal dérivé de ce fleuve ; la plus haute terrasse était arrosée par de Teau qu'amenait un aqueduc. Du sommet de ces jardins on dominait toute la ville et la vue s'étendait sur toute la contrée environnante. Cette terrasse ainsi que toutes les autres était disposée en panerres remplis de fleurs et d'arbrisseaux, d'arbres et de fontaines, de kiosques et de salles de festin. On avait, çà et là, disposé dans la maçonnerie des trous considérables remplis de terre, pour que les grands arbres puissent pousser.

Telle est la description qui nous est parvenue des jardins suspendus de Babylone, une des plus grandes merveilles du monde; ils ont dû être

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construits cinq ou six cents ans avant Tère chrétienne. Outre ces jardins royaux, on pense qu'il y en avait d'autres sur les bords de PEuphrate où les Israélites allaient pleurer sous les saules. Dans une lettre que le prophète Jérémie écrivait aux captifs de Babyîone, il leur dit : « Bâtis ,ez des maisons pour y habiter; plantez des jardins pour y récolter des fruits; » mais je ne sais pas si les captifs suivirent ce sage conseil. A Ninive, s'il faut en croire de hautes autorités, les jardins se trouvaient à l'intérieur de la ville, et les maisons particulières, qui occupaient l'espace laissé libre par les grands édifices publics, étaient construites au milieu de ces jardins qui avaient une étendue considérable. Nous ne savons pas de quelle façon étaient disposés ces jardins, mais nous avons tout lieu de penser qu'à cette époque rien n'était laissé à la charmante libené de la nature. On voit au British Muséum un bas-reliet qui représente évidemment le jardin de l'un des rois d'Assyrie. Çà et là se trouvent des arbres, au centre une longue avenue qui conduit à un autel; des canaux coupent le terrain à des intervalles réguliers. La date de ce bas-relief doit être environ 1200 ans avant J.-C.On voit tout auprès un autre bas-relief venant du même pays et qui doit remonter à peu près à la même époque ; celui-là représente des vignes, des palmiers et quelques autres arbres, une plante en fleur et au milieu un homme tenant deux chiens. Il y a enfin, dans le même musée, un troisième bas-relief qui représente une tonnelle recouverte de vignes, dans laquelle sont assis le roi et la reine. Il paraît donc prouvé que tout belliqueux qu'étaient les Assyriens, ils n'étaient pas dépourvus de tout amour pour la nature, mais nécessairement nous n'avons que fort peu de détails. DioJore nous parle du jardin que Sémiramis, qui vivait, dit-on, 2 1 82 ans avant J.-C, avait fait planter au pied de la montagne de Bagistan. Selon Diodore, ce jardin occupait un carré ayant 25oo mètres de côté; il était arrosé par de grandes fontaines et se terminait par des rochers à pic ayant 35oo mètres de haut. Si grande était la renommée de ce jardin qu'Alexandre-le-Grand se rendant de Kelone à Nysaea se dérangea de sa route pour aller le visiter. Cette même reine avait, dii-on, planté un autre jardin sur une colline isolée auprès de Chaone, ville de la Médie, et au sommet elle avait fait bâtir de magni-

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fiques maisons d'où elle dominait le jardin et pouvait voir son armée campée dans la plaine.

Quittons ces jardins où Fart l'emportait sur la nature, pour étudier ceux d'une autre nation également grande et dont l'histoire est intimement associée à celle des peuples dont nous venons de parler. Chez les Juifs, nous trouvons l'amour profond de la nature, ce qu'indique leur poésie, et le cas qu'ils faisaient de leurs jardins., qui, non-seulement, étaient des lieux de plaisir, mais qu'ils employaient aussi comme lieu de sépulture et où ils se livraient quelquefois à des pratiques idolâtres. Les jardins de la Palestine étaient des enclos dans les faubourgs des villes, entourés de haies ou de murs en pierres. Pour protéger ces jardins contre les déprédations des voleurs ou des bêtes sauvages, on trouvait, dans chacun d'eux, une petite tour qui servait à l'habitation d'un gardien. Les jardins de la Syrie étaient célèbres au temps des Romains pour leur extrême fertilité; on y cultivait de nombreuses espèces de fleurs et de plantes aromatiques, Tolivier, le figuier, le noyer, le grenadier et beaucoup d'autres espèces d'arbres fruitiers. Dans le potager, les Juifs cultivaient beaucoup d^espèces de légumes parmi lesquelles on peut citer le comcombre, la laitue, la chicorée, la moutarde, la rue, l'ail et l'ognon. Les Hébreux connaissaient la greffe, mais le livre du Lévitique ayant particulièrement défendu la propagation des espèces mêlées, on fit des lois sévères contre la greffe des arbres sur des espèces différentes. Les Hébreux semblent avoir connu aus^i l'art de propager les plantes au moyen de boutures et de marcotes De nombreux canaux amenant l'eau des ruisseaux environnants servaient à irriguer ces jardins.

Il y a près de 3ooo ans, Salomon planta auprès de Bethléem, dans la longue vallée d'Urta, un jardin où se trouvaient des vignes et de nombreuses espèces de plantes et d'arbres fruitiers ; pour arroser ces jardins, il fit établir tout un système de réservoirs qui existent encore. S'il faut en croire le doyen Stanley, ce jardin était carré, et c'est probablement là, plus que partout ailleurs, que le roi se livra à l'étude de la botanique. Ce jardin de Salomon était plein des plantes les plus rares ;

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on y cultivait le grenadier, le camphrier, le safran, la canelle, Taloès et toutes les principales épices.

Damas a toujours été célèbre pour ses jardins ; à Tépoque de Maundrell, ils occupaient un espace de 3o milles autour de la ville. Le même voyageur nous fait une curieuse description des murs de ces jardins qui se composent, dit-il, de gros blocs de terre faits comme des briques et séchés au soleil. Ces blocs ont environ deux mètres de long, un mètre de large et un demi mètre d'épaisseur. Deux de ces blocs, ajoutet-il, placés Tun sur Tautre, constituent un mur excellent et qui dure fort longtemps dans ce pays si sec. Guillaume de Bouldesall, au quatorzième siècle, écrit qu'il est très étonné des jardins qui entourent cette ville; selon lui, il y en a 40,000 au moins; beaucoup d'autres voyageurs partagent cette admiration. C'est là qu'on cultivait les roses qui servaient à la fabrication de la fameuse essence de rose.

Il est probable que la vieille épithète « Fleuri » que l'on attribue au village de Nazareth, provient, dit le doyen Stanley, de ce que le village se trouve au milieu d'une belle plaine entourée de vertes collines et où l'on voit en abondance des figuiers, de belles fleurs et une grande quantité de petits jardins environnés Je riches pâturages.

A Jérusalem, les citoyens riches avaient des jardins hors des murs de la cité; ces jardins étaient très nombreux et s'étendaient jusque sur le mont des oliviers. A l'exception des jardins où l'on cultivait exclusivement les roses et que l'on dit avoir existé à l'époque des prophètes, on ne permettait aucune culture à l'intérieur de la ville, parce qu'on était persuadé que les mauvaises herbes, en pourrissant, répandaient des odeurs malsaines. On ne sait trop où se trouvait le jardin deGethsémani. On voit, dans un jardin moderne, huit antiques oliviers que quelques personnes considèrent comme quelques-uns de ceux qui poussaient dans ce jardin le plus célèbre de tous. D'autres antiquaires repoussent cette explication, en se basant sur ce fait que Joseph constate dans son hist'oire des Juifs, que Titus, pendant le siège de Jérusalem, fit couper tous les arbres qui se trouvaient dans les environs de la ville,

La plaine de Gennesar ou Gcnnesaretb, ce qui signifie le Jardin des Princes, est véritablement, selon le doyen Stanley, le paradis de la

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Palestine septentrionale, tant elle est riche et fertile. On pourrait citer bien d'autres jardins dans différentes parties de la Palestine, mais, comme je ne me propose pas tant de décrire des jardins séparés que de montrer quel progrès avait fait Tart du jardinier chez les différents peuples et d'indiquer les différences de style qui ont présidé à la formation de ces jardins pour les comparer avec le mien, je me contenterai d'ajouter, avant de passer aux parcs de PAsie centrale et de TAsie méridionale, que les jardins produisaient le baume (plante qui, selon Pline, n'était, à son époque, cultivée que dans deux jardins royaux en Judée), et que les bosquets de palmiers donnés par Antoine à Cléopâtre se trouvaient à Jéricho.

Les jardins des Perses ont toujours été célèbres et ont été copiés par différentes nations de l'Occident. On trouvait dans ces parcs diverses essences d'arbres parmi lesquelles on peut citer tout particulièrement les cyprès, parce qu'ils étaient plantés autour des temples et parce que la forme de cet arbre ressemble à celle d'une flamme, base de la religion de Zoroastre. Dès les premiers jours de l'histoire de la Perse, nous trouvons que ce peuple s'adonne avec amour à la culture des plantes, et que leurs plus puissants monarques ne trouvent pas au-dessous de leur dignité de dessiner eux-mêmes leurs parcs et même d'y planter de leurs mains des arbres et des fleurs. Xénophon en donne la preuve dans la conversation qu'il rapporte entre Cyrus, roi de Perse, et Lysandre, le général grec, dans le parc de Sardis, appartenant à Cyrus : « Quand Lysandre eut admiré le parc, les beaux arbres, la régularité avec iaquelle ils étaient plantés, les belles allées droites, la façon admirable dont elles se croisaient, les parfums répandus de tous côtés dans i air, il ajouta : Je considère ces arbres avec étonnement à cause de leur beauté, mais je suis encore plus étonné de l'art de celui qui a mesuré le soi et qui a conçu ce jardin. Cyrus fut enchanté de ces paroles et répondit : C'est moi, Lysandre, permettez-moi de vous le dire, qui ai conçu le plan de ce jardin, qui ai indiqué la place de tous les arbres, et il en est beaucoup que j'ai plantés de mes mains. »

Ces parcs devaient quelquefois avoir une grande étendue, car Xénophon en cite un que traversait le Méandre; il se trouvait auprès d'un

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palais que Cyrus possédait à Celœnae, ville de Phrygie; il était plein de bêtes sauvages que ce monarque chassait à j:heval. Cyrus passa dans ce parc une revue des troupes grecques qui comprenaient onze mille hommes lourdement armés et environ deux mille frondeurs.

Outre les grands arbres, on cuhivait les fleurs dans ces paradis asiatiques. En effet, Xénophon nous représente, dans un autre endroit, Socrate donnant des leçons à Clitobule, fils de Criton, homme très riche, pour lui enseigner à diriger sa ferme et sa maison. « Le roi de Perse, dit-il, dans quelque province qu'il réside, a soin d'y avoir des jardins, que Ton appelle des Paradis, pleins de toutes les plantes que le sol peut produire; il passe dans ces jardins la plus grande partie de son temps, à condition toutefois que la saison le permette.» Pline nous apprend que les arbres étaient plantés en lignes droites et régulières, et que les allées étaient bordées de fleurs et d'arbrisseaux. C'est à la Perse que nous devons la plupart de nos belles fleurs ; elles semblent pousser spontanément dans ce pays. La Perse n'est-elle pas la patrie du rosier ? Il ne faut donc pas s'étonner que la littérature de ce pays soit pleine jusqu'à satiété des éloges des fleurs. Les quatre jardins dont parlent plus particulièrement les poètes persans étaient situés à Samarkande dans la vallée de la Soghd, dans la Ghutah ou plaine de Damas, dans le Shaabi-Bowan, auprès de Kaleh Sofid, et dans la vallée de Mashan à Hamadan. Selon sir Henry Rawlinson, la vallée de Khosran-Shah, située à environ huit milles de Sirdarud et qui n'est qu'une masse de bosquets et de jardins, était intimement associée avec ces quatre jardins principaux.

Mais, l'art du jardinage semble disparaître chez les Perses de notre époque tout comme chez les Égyptiens. Aucun pays, cependant, n'a de plus grands avantages, car aucun pays ne possède une aussi grande variété de belles fleurs odoriférantes indigènes. C'est plutôt dans le but de se procurer de la fraîcheur et non pas pour étudier les habitudes du royaume végétal que l'on cultive actuellement des jardins en Perse. Ces jardins consistent ordinairement en longues avenues parallèles ombragées par des platanes, des arbres fruitiers et des arbrisseaux couverts de fleurs; on y trouve des fontaines et des ruisseaux pour les-

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quels on fait venir Teau, à grands frais, de distances considérables. Bien entendu, on trouve des fleurs brillantes et parfumées en abondance dans cette patrie des fleurs. La plupart des habitants d'Ispahaa ont leur jardin; les environs de Tabriz ne forment, pourrait-on dire, qu'un vaste jardin, lequel, d'après sir Henry Rawlinson, avait en i838 une circonférence de trente milles. Sir Robert Ker Porter fait une description enthousiaste des jardins de Tackt-i-Kajer et de Négauristan à Téhéran. Il parle surtout avec admiration des allées ombragées, des fontaines, des rossignols, de la beauté et du parfum exquis des rosiers, aussi bien que d'une multitude d'autres fleurs. En Perse, nous dit-il, les cours et les jardins sont encombrés de plantes, et les chambres et les bains sont littéralement pavés de fleurs.

J'en ai dit assez, je suppose, sur les jardins de la Perse pour que le lecteur puisse établir la différence de style qui existe entre le plan de mon jardin et le plan des jardins de ce pays. Il comprendra aussi que les parcs asiatiques ressemblent beaucoup aux parcs de l'Angleterre.

Bien que les Grecs connussent parfaitement ces parcs persans, ils ne possédaient pas de jardins qui puissent leur être comparés. Il est probable que beaucoup de Grecs avaient des petits jardins autour de leurs maisons, dans lesquels ils cultivaient les légumes nécessaires à la consommation de la famille. Cependant, nous ne savons rien ou presque rien sur les premiers jardins grecs. Celui qu'Homère décrit dans rOdyssée doit être une simple création de Timalgination du poète. Il lui donne une dimension énorme, car il comprenait deux hectares. Il était, dit-il, entouré d'une haie ; il y place de grands arbres, des poiriers, des grenadiers et des pommiers qui produisent de beaux fruits; il mentionne aussi le figuier, ToUvier et la vigne. Les arbres fruitiers, s'il faut l'en croire, étaient toujours en fleur ou portaient toujours des fruits sans se reposer jamais. Les parterres, disposés à une extrémité du jardin, étaient pleins de fleurs toujours épanouies. Enfin, on trouvait aussi deux fontaines dans le jardin d'Alcinous. Aristophane, qui vivait 400 ans avant l'ère chrétienne, parle, dans VAves^ de jardins répandant des parfums . Ce passage semble être le seul chez les auteurs grecs où l'on parle de jardins d'agrément. Peut-être cela

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tient-il à la petite quantité de fleurs que possédaient les Grecs. On en cultivait cependant un certain nombre, telles que les roses, les violettes, ks narcisses, les iris et quelques autres espèces, pour en faire des guirlandes. Plutarque nous dit que Ton cultivait la rose et la violette au milieu des poireaux et des ognons, pour faire mieux ressortir la beauté des fleurs. Démosthènes parle d'un homme qui possédait une plantation de rosiers, mais il est probable qu'il la cultivait pour son profit plutôt que pour son agrément. A Athènes, ou plutôt à six stades de cette ville, se trouvait l'Académie ou Jardin public ; il avait été planté par Cimon; on y cultivait le platane et Polivier; un grand nombre de statues et d'œuvres d'art étaient disséminées dans ce jardin. Platon, grand admirateur de la nature, y faisait ses leçons, et ses successeurs suivirent son exemple, ce qui leur valut le nom de Philosophes de l'Académie. Épicure possédait un jardin près de l'Académie, et c'est là aussi qu'il réunissait ses élèves. D'autres philosophes et d'autres écrivains possédaient aussi des jardins.

Si les anciens Grecs ne nous ont pas transmis la description de magnifiques jardins d'agrément, leurs écrits abondent en détails sur leurs bosquets sacrés. On y cultivait différentes espèces d'arbres, et même des arbres fruitiers aussi bien que des plantes odoriférantes. La religion de ce peuple comportait Tamour des arbres et des plantes; leurs dieux étaient toujours prêts à venger les dégâts qui auraient pu être faits aux arbres ou aux bosquets qui leur étaient consacrés. Xénophon nous dit que l'on trouvait un temple de Diiane à Scillus sur la route de Lacédémone à Olympie; il était entouré d'un bosquet d'arbres cultivés, portant tous les fruits des différentes saisons. Pausanias parle d'un bosquet attaché à un autre temple de Diane où l'on cultivait aussi différentes espèces d'arbres fruitiers. Le même auteur décrit un bosquet près du temple d'Esculape à Athènes, où l'on trouvait des arbres magnifiques, bosquet, dit-il, aussi agréable pour les parfums qu'on y respire que pour le charmant spectacle qu'il offre. Sophocle chante les beautés du bosquet de Colone dans un chœur de son Œdipe à Colone, en plaçant les mots suivants dans la bouche d'Antigone : n Ce lieu, sans doute, est consacré, car il est plein d'arbres fruitiers, d'oliviers

et de vignes, et d^innombrables rossignols font en tendre leur gazouillement délicieux. » On trouvait des bosquets sacrés dans d'autres pays que la Grèce. Pindare chante les louanges du bosquet de Pise. Strabon donne la description du bosquet d'Acanthe qui était situé au-delà de Memphis, au pied de la colline de la Libye. Il y en avait un autre consacré à Apollon, entre le Nil et Abydos. Pline l'ancien parle d'un bosquet que le peuple du Latium avait consacré à Diane; il était situé sur une colline appelée Corne, auprès de Tusculum. Ce bosquet, dit-il, existe depuis un temps immémorial et se compose de hêtres, dont le feuillage semble avoir été dirigé par Tart. Il y avait beaucoup d^autres bosquets sacrés, parmi lesquels ceux des Druides occupaient une place considérable.

Voyons actuellement ce que les Romains savaient en horticulture et quel était le caractère distinctif de leurs jardins. Une lettre de Pline le jeune contient une description si complète et si admirable de sa villa et de son jardin de Tusculum, situés sur une des croupes des Apennins, que je ne saurais mieux faire que de la traduire dans la partie qui se rapporte au jardin. La maison était situçe sur une élévation de terrain; elle était tournée vers le sud et la vue s'étendait sur tout le pays environnant. Devant un portique placé sur la façade de la maison se trouve, dit Pline, une sorte de terrasse embellie de curieuses figures et bordée par une haie de buis; on descend de cette terrasse par une allée en pente bordée de chaque côté par divers animaux, taillés dans du buis, et on arrive sur une pelouse couverte d'Acanthes ; cette pelouse est entourée par une allée bordée d'arbres toujours verts auxquels on a donné une grande variété de formes. Au-delà se trouve le Gestatio^ disposé en forme de cirque, et dont le centre est orné de bosquets de buis et de différents arbrisseaux taillés de façon à affecter mille formes différentes. Le jardin est entouré par un mur caché entièrement par une haie de buis; de l'autre côté du mur se trouve une prairie qui doit autant à la nature que le jardin doit à Fart; çà et là, on voit un bosquet d'arbres dans cette prairie. L'hippodrome, qui n'était ici qu'une promenade, était entouré de tous côtés de plalanes couverts de lierre, « de telle sorte que, tandis que le sommet des arbres s'orne de leur

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propre feuillage, leur tronc revêt une verdure empruntée; le lierre, après s'être enroulé autour du tronc et des branches, va se suspendre par de gracieux festons aux arbres voisins et il semble- que tous n'en fassent plus qu'un seul. Entre chaque platane on a planté du buis et par derrière, des lauriers qui confondent leur feuillage avec celui des platanes. Cette plantation formant une limite régulière des deux côtés de l'Hippodrome, affecte, à l'extrémité, la forme d'un demi cercle qui est ombragé de cyprès, pour varier la couleur du feuillage et pour jeter une ombre plus épaisse. Des parterres circulaires, car il y en a plusieurs, sont exposés au soleil et plantés de roses, ce qui fait un charmant contraste avec Tombre des allées qui les entourent. Après avoir traversé ces diverses allées circulaires, on entre dans une allée droite qui se divise en plusieurs autres séparées par des haies de buis. Ici se trouve une petite prairie; là, le buis est taillé de mille façons différentes, quelquefois en lettres indiquant le nom du propriétaire ou celui du jardinier; çà et là de petits obélisques alternent avec des arbres fruitiers; tout à coup, au milieu de cette élégante régularité, on est tout surpris de se trouver en présence d'un bosquet sauvage qui imite toutes les beautés de la nature. Au-delà, se trouve une allée plantée d'Acanthes dont les arbres sont taillés de façon à figurer des noms ou à représenter différents objets. A l'extrémité de cette allée, se trouve un banc de marbre blanc entouré de bosquets de vigne supporté par quatre petits piliers. L'eau sort de dessous ce banc par plusieurs petits tuyaux comme si elle était chassée par le poids des personnes qui s'y reposent; cette eau tombe dans une citerne d'où elle se rend dans un beau bassin de marbre poli, construit avec tant d'art qu'il est toujours plein sans jamais déborder. Tout auprès, se trouve une fontaine qui se vide et s'emplit sans cesse, car l'eau qu'elle projette à une grande hauteur retombe dans le bassin et, au moyen de deux ouvertures, est rejetée aussi vite qu'elle est retombée. En tace du banc, il y a un charmant kiosque de marbre, dont les portes s'ouvrent sur des bosquets présentant à l'œil toutes les variétés de verdure. » Dans ce kiosque se trouvait une petite chambre dans laquelle Pline aimait à se reposer sur une couche, car il se croyait dans un bois. On trouvait d'ailleurs d'autres fontaines dans

le jardin et de tous côtés des sièges de marbre qui servent, dit Pline, à reposer de la marche. De toutes parts enfin, une multitude de petits arbrisseaux arrosaient le jardin et répandaient la fraîcheur.

Cette description nous permet de conclure que les jardins romains, à cette époque, étaient tout artificiels; ils consistaient en une sorte de terrasse placée devant le portique de la maison. Cette terrasse s'appelait le Xystus et était divisée en parterres, affectant diverses formes et entourés de buis. Des avenues de grands arbres, généralement de platanes, constituaient le jardin ; on y trouvait, en outre,des allées ou des avenues bordées de haies taillées de mille façons différentes. Une gestatio, ou avenue dans laquelle les Romains avaient l'habitude de se faire porter en litière, de façon à jouir sans fatigue de la fraîcheur des arbres ; un hippodromus^ ou cirque, qui était ordinairement destiné aux promenades à cheval et qui se composait de plusieurs avenues bordées de haies et ombragées par des grands arbres. On trouvait fréquemment aussi , dans les jardins romains , d'autres parterres dans d'autres parties du jardin ; ces parterres étaient souvent placés sur des terrasses artificielles dont les côtés étaient recouverts par des arbrisseaux toujours verts ou par des plantes grimpantes. Le jardin romain comprenait, en outre, des treilles, un verger et un potager. On réservait un endroit spécial pour l'élève des loirs et des limaçons, que les Romains aimaient beaucoup; enfin, il y avait toujours des étangs dont quelques-uns étaient remplis d'eau de mer, apportée quelquefois de distances considérables, des volières et des basses-cours.

La coutume barbare qui consiste à tailler et à dévier les arbres, de façon à leur faire revêtir des formes grotesques, était très en vogue chez les Romains ; on lui avait donné le nom de ars topiaria et les jardiniers avaient fini par prendre le nom de topiarius. Cette mode si laide a été introduite, dit-on, par C. Matius, ami de l'empereur Auguste. Les Romains avaient l'habitude de recouvrir de lierre le tronc des arbres de leurs jardins. .

Les jardins qui entouraient la maison de Néron, ne ressemblaient en aucune façon au jardin de Pline. Cet empereur, qui admirait beaucoup les mœurs et les coutumes de l'Orient, fit disposer ce jardin sur le plan

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des jardins de la Perse. On y trouve, dit Tacite, des pelouses et des lacs, des bosquets et des échappées de vue.

Il serait fatiguant d'énumérer les divers jardins des Romains, car beaucoup de riches citoyens avaient de nombreuses villas entourées de ardins considérables; dans d'autres cas, au contraire, la maison était si magnifique qu elle couvrait quelquefois plus d'espace que le jardin. Dans ce cas, le propriétaire pouvait être appelé devant les censeurs et être puni, parce qu'il avait, comme dit Pline, plus de terrain à balayer qu'à labourer

Outre ^sa villa de Tusculum, Pline en possédait une autre située à une courte distance de Rome, à Laurentinum, sur le bord de la mer. Cette villa était entourée d'un petit jardin comprenant le Xystus^ tout parfumé de violettes, une Gestatio^ un potager, une vigne et des étangs à poissons. Pline possédait, en outre, plusieurs autres villas; deux particulièrement situées sur le lac de Côme ; il appelait l'une sa maison tragique, et l'autre sa maison comique.

Pline l'ancien nous apprend qu'il y avait, à l'intérieur de Rome, des jardins publics, des champs et des villas; César, Pompée, Lucullus et Salluste y possédaient des jardins. Celui de Salluste, situé sur le Quirinal, avait une grande étendue. Le jardin appartenant aux empereurs Caracalla et Geta était encore plus étendu, car il comprenait les jardins de Salluste, de Lucullus, d'Agrippa et de Domitien. D'autres villes sous la domination immédiate des Romains comprenaient de grands jardins; on pourrait citer entr'autres, Baïa dans la baie de. Naples, séjour favori des Romains. Les maisons de Pompéïa étaient précédées d'une espèce de cour entourée de piliers et appelée le Peristylium, Sur les murs, on peignait des arbres et des oiseaux et d'autres objets représentant un jardin. Au milieu de cette cour on plantait ordinairement des fleurs et de^ arbrisseaux; souvent aussi on y voyait une belle fontaine. Outre ces jardins microscopiques, on trouvait des jardins assez considérables dans les plus grandes maisons de Pompéïa. La maison de Pança avait un jardin, ayant environ loo pieds de long; le jardin de la villa de Diomède avait m 1/2 pieds carrés; il était entouré d'une colonnade et une fontaine en occupait le centre.

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A une époque beaucoup plus reculée, des jardins existaient à Rome. Pline nous apprend que les rois,à Texemple des monarques de la Perse, avaient rhabitude d'y travailler de leurs mains; il nous dit aussi que, devant la plupart des maisons pauvres de Rome, se trouvaient des jardins; toutefois, ils furent supprimés plus tard pour débarrasser la ville des nombreux voleurs qui Tinfestaient. Ce n'étaient que des petits potagers ou horti , où l'on cultivait les légumes nécessaires à la consommation de la famille ; c'était la femme qui devait cultiver ce jardin, et, si elle le négligeait, on ne manquait pas de dire qu'elle était une mauvaise ménagère, car elle était obligée d'aller au marché pour acheter les légumes dont elle avait besoin.

Les Romains ne semblent pas avoir connu les serres avant l'ère chrétienne; on employait anciennement pour leur construction des feuilles minces de talc au lieu de verre. L'empereur Tibère avait des serres dans lesquels il cultivait toute Tannée des concombres et des roses, fleur favorite des Romains. Ce peuple, d'ailleurs, semble avoir beaucoup aimé les fleurs et on en plaçait ordinairement sur l'appui des fenêtres. Cependant, ils ne semblent avoir connu qu'un nombre très limité de variétés de plantes. De tous les arbres, le platane était le favori ; on le plantait ordinairement en rangées. On poussait quelquefois si loin l'admiration pour cet arbre, qu'on l'arrosait avec du vin au lieu d'eau. D'ailleurs, cet amour extraordinaire pour le platane n'existait pas seulement chez les Romains, car Hérodote nous dit que Xercès vit en Lydie un si beau platane qu'il le fit orner de chaînes d'or et qu'il en confia la garde à un de ses officiers.

Les Romains introduisirent beaucoup d'arbres fruitiers en Italie; on peut citer, entre autres, le cerisier, le grenadier, l'amandier, le citronnier, le pêcher et l'abricotier. Au temps de Pline l'ancien, un médecin, nommé Antoninus Castor, avait fondé une sorte de jardin botanique dans lequel il cultivait lui-même un grand nombre de plantes.

Après la chute de l'Empire romain, l'art du jardinage disparut comme tout le reste dans la tourmente. Ce furent plus tard les moines qui le firent revivre et plus tard encore la famille des Médicis, à laquelle beaucoup de splendides jardins de l'Italie doivent leur existence, donna un

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grand élan à la culture des plantes. Les jardins dessinés dans le style purement italien sont géométriques etarchitectoniques. Ils consistent en terrasses ornées de sculptures, en avenues d'arbres, en fontaines et en cascades, en riches parterres ornés de fleurs admirables. Bien que Ton puisse dire, dans le sens le plus strict du mot, que ce sont des jardins d'apparat, il arrive presque toujours, cependant, que, dessinés par le même architecte que celui qui a construit la maison, ils forment un tout harmonieux; aussi, au lieu de ressentir Pennui et le dégoût que Ton éprouve si souvent dans les jardins réguliers, Pœil est partout enchanté; on n'y trouve, en effet, aucune raideur, mais seulement la symétrie qui convient au génie de ce peuple. Quelquefois un mur entoure le jardin, et, cependant, on s'arrange presque toujours de façon à ce que la vue des terrasses soit fort étendue.

La mode des jardins anglais a pénétré en Italie dans le courant du dix-huitième siècle. Bien que cette mode ait été adoptée en plusieurs endroits, on a continué cependant à dessiner des jardins d^iprès le style italien pur qui s'adapte si bien à marier le jardin avec la maison d'habitation; nous en avons d'ailleurs de nombreux exemples en Angleterre. Auprès de Florence, dans une délicieuse vallée des Apennins, se trouve Pratolino, une ancienne résidence du grand-duc de Toscane; on voit là une excellente imitation d'un jardin ressemblant à un parc comme on en trouve tant en Angleterre. Toutefois, sauf dans quelques situations au milieu des montagnes, comme par exemple à Pratolino, le climat de l'Italie est trop chaud pour permettre dans les jardins la formation de ces pelouses dont les Anglais sont si fiers. Le propriétaire -d'une villa dans le nord de l'Italie, grand admirateur des pelouses qu'il avait vues en Angleterre, s'efforça d'en créer une dans son jardin. Il en fît établir une, mais, bien qu'il la fît arroser régulièrement, bien qu'il eût soin de la protéger contre les rayons brûlants du soleil, en faisant étendre une toile par-dessus, cependant, quand je l'ai vue en automne, cette pelouse était jaune au lieu d'être verte.

On aime beaucoup les fleurs en Italie, et il y a de nombreux jardins où on les cultive pour les vendre. Pour quiconque habite les pays sep-

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tentrionaux, ce qui frappe le plus sont les Jardins où Ton cultive les camélias. J'ai vu, dans les jardins de Florence, de grands camélias poussant en plein air et couverts d'une profusion de fleurs. Il y a aussi de nombreux jardins, principalement dans le sud de Tltalie, où l'on cultive l'oranger et le citronnier.

Je voudrais pouvoir céder à la tentation de décrire en détail les admirables jardins qui abondent dans ce beau pays, mais le manque d'espace me force à n'en citer que quelques-uns. Je commencerai par Florence, où se trouvent peut-être ceux qui ont la plus grande renommée. Le jardin Boboli, qui touche au palais Pitti, a été dessiné au seizième siècle, sous le règne de Cosme I". Une série de terrasses s'étend sur le versant d'une colline qui s'élève immédiatement derrière le palais. Dans d'autres parties du jardin on remarque des bassins, des vases, des berceaux et de très belles sculptures, œuvres de Michel- Ange, de Tacca, de Giovanni, de Bologna et d'autres éminents artistes. On dit que Michel-Ange aimait à se promener dans les jardins Boboli et qu'il venait y concevoir les chefs-d'œuvre qu'il exécutait plus tard. Il faut dire aussi un mot des Cascines, le Hyde Park de Florence, admirablement situées sur les bords de l'Arno. On peut y voir tous les jours, dans les longues avenues et au milieu des parterres, toute la société florentine.

Les célèbres réunions de l'académie Platonique, instituée par Laurent le Magnifique, se tenaient dans la belle villa Careggi. Laurent le Magnifique aimait beaucoup cette villa où il mourut. Le jardin est disposé en terrasses et en parterres. Laurent de Médicis y faisait cultiver des plantes exotiques qu'il se procurait en Orient. De ces jardins on a une vue splendide sur la ville, sur les oliviers et sur les Apennins. A une courte distance de Florence, se trouve une autre résidence favorite de Laurent de Médicis, qui contribua dans une si grande mesure à développer en Italie Tart du jardinage et de l'horticulture , c'est la villa Mozzi où l'on montre encore la terrasse où ce grand monarque aimait à se promener. A peu de distance, se trouve la villa Palmieri, célébrée par le poète Boccace comme la retraite d'un certain nombre de dames qui, pour chasser toute idée de mort, s'y adonnaient à toutes

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sortes de plaisirs pendant la peste de 1348. On trouvera une charmante description de ce jardin dans Rienzi, dans le chapitre intitulé les Fleurs au milieu des tombes. Je citerai encore à Florence un jardin qui appartient au prince Demidoff et qui entoure la plus magnifique des villas. Ce jardin considérable est tenu sur un pied vraiment royal. On y trouve de nombreuses serres et de splendides collections de plantes et surtout d'orchidées. J'ai vu là un nouveau moyen d'arranger les fleurs coupées dont je conseille l'application. On place les fleurs coupées dans une soucoupe pleine d'eau et enfoncée dans le rocher ; puis on les recouvre d'un vase plein d'eau dont le fond est en verre, si bien que l'on voit les fleurs à travers l'eau et le verre, et qu'elles semblent pousser au fond de l'eau .

Il y[a aussi àRomede belles villas et de splendides jardins. Les jardins qui entourent le palais du Quirinal sont très-étendus et étaient fort bien entretenus quand j'ai eu le plaisir de les visiter. On y trouve un curieux appareil hydraulique pour jouer de l'orgue. Ce n'est pas, d'ailleurs, le seul jardin où l'on ait employé l'eau de façon extraordinaire. Je pourrais citer, par exemple, les jardins de Frascati appartenant au prince Borghèse, où l'on a employé Teau pour imiter le gazouillement des oiseaux, pour faire jouer deux.orgues; en outre, l'eau s'élance de trous invisibles et vient frapper à la face quiconque s'approche de trop près; il y a, enfin, de nombreuses cascades. Les Italiens sont très amateurs de cet emploi de l'eau, et c'est à eux que les autres nations ont emprunté cet art. Les Hollandais l'ont imité, et j'en ai vu de très amusants exemples dans un jardin à Salzbourg dans le Tyrol .

Les Romains fréquentent beaucoup les jardins de la villa Borghèse; ces jardins offraient un aspea délicieux quand je les ai vus au printemps, car le parc, ou partie non cultivée, était absolument recouvert d'un véritable tapis d'admirables anémones pourpres ; cette fleur pousse à l'état sauvage en Italie. On pourrait citer pour leur beauté une grande quantité d'autres jardins à Rome, tels que la villa Doria et le Pincio.

Naples ne reste pas en arrière pour ses jardins. Près de celui de M. Dumontet, il y en a un autre situé sur les bords de la mer, qui appartient au prince Demidoff et où l'on cultive de grandes

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collections de plantes. On pourrait citer d'autres beaux jardins dans cette ville.

Outre les jardins attachés aux villas, il y a, en Italie, plusieurs jardins botaniques; les Italiens peuvent se vanter d'ailleurs d'avoir été le premier peuple en Europe qui ait établi des jardins purement scientifiques. Si nous laissons de côté le jardin d'Antoninus Castor que Ton peut à peine décorer du nom de jardin botanique, le premier en Europe a été fondé à Padoue au, seizième siècle, par un noble Toscan ; quelques années plus tard, les Médicis en établirent un à Pise. Depuis cette époque, les jardins botaniques se sont répandus dans toute l'Italie ; ceux que j'ai visités à Venise et à Naples contiennent des spécimens très intéressants d'arbres et de plantes.

Je ne peux quitter les jardins d'Italie sans dire quelques mots d'un très joli jardin qu'un de nos compatriotes, le docteur Bennett, a créé à Menton et qui, pour employer ses propres expressions, est suspendu, sur le flanc de la montagne en face de la mer. Une longue avenue droite commence à la porte; de chaque côté de cette avenue, formant terrasse, se trouvent, à des intervalles réguliers, des piliers de pierres qui supportent des plantes grimpantes qui se réunissent au-dessus de l'allée et forment une véritable voûte. Sur un des côtés de la porte se trouve une plaque de marbre où sont inscrits quelques mots de bienvenue, par lesquels le propriétaire vous invite à entrer. Ce jardin est arrangé avec beaucoup de goût; de toutes ses parties on jouit d'une vue admirable sur la Méditerranée, ainsi que sur les montagnes envi ronnantes. Le propriétaire s'amuse pendant l'hiver et le printemps à acclimater diverses plantes inconnues jusqu'ici dans cette localité.

Je dois décrire actuellement les principaux caractères des jardins d'un autre peuple qui, à une époque, ont été considérés comme des modèles de goût et qui ont été, en conséquence, incités un peu partout et surtout par les Anglais, au commencement du dix-huitième siècle; je veux parler des jardins hollandais. Bien que dessinés géométriquement, ces jardins ne ressemblent en rien à ceux de la France et de l'Italie; quelques savants pensent, cependant, que les jardiniers hollandais n'ont fait qu'imiter dans une certaine mesure les jardins français

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à la mode il y a quelques centaines d'années. On peut dire que le caractère principal d'un jardin hollandais consiste en ce qu'on peut le voirtout entier d'un seul coup. Ces jardins sont, en outre, remarquables par l'excessive symétrie de toutes leurs parties, dont la raideur trahit l'ouvrage de l'homme et ne rappelle en rien la magnificence sauvage de la nature, — par leurs arbres taillés en formes curieuses comme le faisaient les anciens Romains, dont les jardins sous ce rapport pourraient se comparer à ceux des Hollandais; — par leurs longues avenues droites qui se terminent ordinairement à un point de vue arrangé et qui se croisent quelquefois à angle droit : au point d'intersection se trouve un parterre dessiné géométriquement et rempli de fleurs voyantes jetées là, pêle-mêle, sans qu'on ait songé à marier les couleurs ; — par le berceau de tilleuls auquel on donne une forme bien définie et dans lequel on ménage des portes et des fenêtres; — par les monticules recouverts de gazon, tous dessinés sur le même modèle et sur lesquels pas un brin d'herbe n'est plus long que son voisin; — enfin, par des canaux ou des fossés qui les traversent tous, fossés et canaux remplis d'eau souvent stagnante.

Les Hollandais ont un amour tout particulier pour l'eau; ils l'em- . ploient comme fontaines, comme fossés entourant leur jardin, ou comme canaux qui les traversent dans toutes les directions; il n'est pas rare de trouver dans leurs jardins de curieux exemples d'appareils hydrauliques qu'ils ont empruntés aux Italiens. Mais cet emploi de l'eau et de monticules gazonnés comme décoration, dans un pays aussi uni et aussi plat que la Hollande, produit un effet très désagréable.

Les meilleurs spécimens du style hollandais sont les jardins royaux de Loo, créés au dix-septième siècle par Guillaume et Marie, qui sont devenus plus tard les souverains de l'Angleterre. Ces jardins en comprenaient quatre : |^ jardin Supérieur et le jardin Inférieur, celui du Roi et celui de la Reine, outre des labyrinthes. Le jardin de La Haye, qui, au dix-septième siècle, appartenait au comte de Nassau, a été très célèbre; aujourd'hui il est très mal entretenu. La plupart des jardins hollandais combinent actuellement le style anglais avec le leur propre ; il y a cependant encore en Hollande de nombreux jardins dessinés

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d'après le plan essentiellement hollandais. Auprès d'Utrecht, se trouve un jardin appartenante un négociant; ce jardin, bien qu'un peu étroit, a des dimensions considérables. Des haies épaisses et assez élevées de hêtres, de chênes et de charmes, taillés sous mille formes différentes, séparent les grandes divisions du jardin ; dans d'autres endroits, on a employé des haies d'if et de buis. Les ornements consistent en grottes et en fontaines, en statues et en bustes, en vases et en urnes. Il y a, en outre, la longue allée couverte ordinaire avec ses fenêtres et plusieurs avenues qui se terminent par des sauts-de-loup. Selon le vrai système hollandais, tout, dans ce jardin, a sa contre-partie, c'est-à-dire que s'il y a d'un côté un étang, une avenue, une statue ou un groupe d'arbres, cela est répété de l'autre côté pour lui faire pendant. Les deux étangs sont entourés par de vieux châtaigniers; à l'extrémité du jardin se trouve une grande avenue circulaire ombragée par des hêtres et qui entoure une pièce d'eau. On trouve, bien entendu, dans ce jardin, des châssis et des serres. Chacun, en Hollande, aime beaucoup les plantes. Dans les environs de Rotterdam on trouve une quantité de petits jardins appartenant aux négociants de la ville. Ils consacrent tous leurs soins à ces jardins et ils y cultivent des arbres fruitiers et des fleurs. Il y a, dans chacun d'eux, une sorte de kiosque que l'on appelle tuin-huisjes ou lust'hofs, où les propriétaires se rendent chaque dimanche avec leur famille pour se reposer dans la contemplation de la nature. Ils m'ont rappelé les petits jardins que les négociants de Londres possèdent quelquefois dans les environs de la ville.

Si l'on ne peut faire beaucoup d'éloges du goût hollandais pour le dessin de leurs jardins, il faut avouer qu'ils connaissent admirablement rhorticulture et qu'ils s'entendent surtout à la culture des ognons à fleurs. Ils se sont procuré ces espèces de plantes il y a fort longtemps en Orient, et, à force de soins et de talent , ils sont parvenusà leur donner une perfection qu'on chercherait vainement autre part. Haarlem est le centre principal de la culture des différentes espèces d'ognons à fleurs ; les Hollandais, sans doute, en font un moyen de s'enrichir, mais je crois qu'ils les cultivent plutôt par amour. Au dix-septième siècle, la passion de ce peuple pour les tulipes fut si grande qu'elle recul

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le nom de Tulipomanie ; elle produisit tous les maux que produit ordinairement une passion qui entraîne un peuple tout entier. Alexandre Dumas Ta parfaitement décrite dans un roman intitulé : la Tulipe noire.

La France est considérée à juste titre comme Técoledes jardins géométriques. Le Nôtre, fondateur de cette école, était un célèbre architeae ou plutôt un dessinateur de jardins; dans sa jeunesse il avait étudié la peinture dans Tatelier de Lebrun. On peut citer comme son chefd'œuvre les jardins de Versailles créés par les ordres de Louis XIV. La hardiesse et la grandeur des conceptions de Le Nôtre prouvent qu'il était doué d'un véritable génie. Avant la création des jardins du Palais de cristal, qui n'ont été dessinés que 200 ans plus tard, les jardins de Versailles étaient sans égaux dans le monde. Combien ils diffèrent des affreux jardins géométriques hollandais. Les jardins de Versailles, comme tout le monde le sait, consistent en immenses terrasses et en parterres ; des fontaines dont la renommée est universelle, ornent les différentes parties du parc. Malheureusement, la plupart des arbres placés près du palais sont taillés de façons différentes.

Les Français ont toujours eu une véritable passion pour les jardins, aussi abondent-ils dans ce pays. Dès le huitième siècle, Charlemagne encouragea l'art du jardinier et importa les meilleurs fruits dans son empire; néanmoins, cet art ne semble avoir atteint sa perfection qu'au dix-septième siècle, alors que le génie de Le Nôtre éclata tout à coup. François V\ cependant, avait créé un jardin à Fontainebleau, à l'imitation de ceux qu'il avait vus en Italie ; d'après les descriptions qui nous en sont restées, ce jardin devait ressembler quelque wu à celui de Plme, à Tusculum. Plus tard. Le Nôtre construisit la errasse et modifia considérablement le jardin entier; plus tard encore, >n créa la partie aujourd'hui connue sous le nom de jardin anglais.

Peu avant la première révolution, c'est-à-dire dans le courant du siècle dernier, les jardins anglais devinrent si à la mode en France, que plusieurs beaux jardins furent détruits, pour être replantés sur le nouveau modèle. Marie- Antoinette fit disposer en jardin anglais le Petit Trianon à Versailles.

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Aucune ville, peut-être, ne peut se comparer à Paris, sous le rapport des jardins, des parcs et des promenades. Les magnifiques jardins des Tuileries ont été dessinés par Le Nôtre; là, on trouve en profusion des statues, des fleurs et des bassins ornés de jets d'eau. On y voit aussi en été de longues lignes d'orangers qui parfument Tair de leurs fleurs et qui rappellent les jardins d'Italie. Tout près du Palais se trouve le jardin anglais qui était séparé du parc public quand la famille impériale habitait les Tuileries. Du pavillon central des Tuileries, la vue s'étend sur une immense promenade bordée d'arbres de chaque côté. Au-delà des Tuileries se trouvent les Champs-Elysées, ornés de nombreux parterres et de fontaines. Enfin, de l'autre côté de l'arc de Triomphe s'étend le bois de Boulogne, dessiné par les ordres de Napoléon III ; on ne saurait trop louer cette promenade pour le goût exquis qui a présidé à sa création ; elle combine, en effet, toute la sauvagerie d'un bois avec tous les effets du jardin le mieux cultivé ; nous sonunes d'autant plus portés à le louer, que notre gouvernement, en faisant imiter quelques parties du bois de Boulogne, a beaucoup embelli les parcs de Londres.

Le parc Monceaux qui, en réalité, est beaucoup plus un jardin qu'un parc et le parc de Saint-Cloud sont aussi de très beaux spécimens des jardins français ; on pourrait en citer beaucoup d'autres qui existent à Paris, et qui doivent leur origine à l'Empereur Napoléon III^ ou qui ont été considérablement embellis par lui. Je ne citerai au nombre des plus anciens et des plus célèbres que la Malmaison, dessiné dans le style anglais, par l'Impératrice Joséphine; Marly, dont on a dit une fois qu'il n'y pleuvait jamais; le Jardin des Plantes si célèbre, nonseulement parce qu'on y trouve une magnifique collection d'animaux, mais aussi d'admirables collections d'orchidées et d'autres plantes.

Passons actuellement à l'Angleterre pour voir si l'amour pour la nature qui est si développé en France, y existe aussi. Ce sont les Romains qui ont introduit en Angleterre les premiers rudiments de l'horticulture; mais, bien que les Saxons aient eu des jardins, ces connaissances se perdirent au milieu de l'anarchie qui suivit le départ des Romains de cette île. Les Normands ressuscitèrent cet art. On trouve

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dans le Domesday Book, mention faite d'un verger de pommiers à Nottingham, et les mots : Horti et Hortuli se rencontrent plusieurs fois dans ce livre* La vigne doit avoir été importée dans ce pays parles Romains; Bede parle de vignobles au huitième siècle; plus tard, Guillaume de Malmesbury indique le Gloucestershire comme le comté où Ton cultivait principalement la vigne. Une partie du Jardin de Hatfield House s^appelle encore aujourd'hui le vignoble. Au douzième siècle, Alexandre Nécham, dans son ouvrage, intitulé Naturis Rerum^ donne le nom de différents arbres qui, dit-il, doivent être cultivés dans un « nobilis hortus » ; malheureusement, la plupart de ceux qu'il cite ne pouvaient pas être acclimatés en Angleterre à cette époque, de telle sorte qu^on ne peut pas trouver dans son livre beaucoup d'indications exaaes sur Tétat réel de l'horticulture à cette antique période. Selon lui, on devrait cultiver dans les jardins les roses, les lys, les tourne-sol, les violettes, les pavots et les narcisses. La rose est depuis une haute antiquité une fleur favorite en Angleterre ; dans les anciens baux il est souvent indiqué qu^on doit en fournir une tous les ans en payant le loyer. D'autres documents nous permettent d'affirmer qu'en 1 276 on cultivait le lys dans le jardin royal de Westminster . Vers la même époque, on cultivait beaucoup d'espèces de fruits, parmi lesquels on peut citer la cerise, la mûre, la poire, la pomme, le raisin, la nèfle, le coing, la groseille à maquereau, la fraise, la framboise, la pêche et l'amande, ainsi que quelques légumes, tels que le chou, le pois, le haricot, la laitue, la moutarde, le cresson, le houblon, l'ognon, Tail, le poireau et probablement la betterave.

Cependant, nous avons fort peu de détails sur le plan des antiques jardins anglais. Il est probable qu'ils étaient fort simples, bien qu'un auteur nous informe qu'au douzième siècle les maisons de Londres étaient entourées de beaux jardins, mais on ne sait trop en quoi consistait cette beauté. Cependant, Blenheim et Woodstock existaient à cette époque. Quelques enluminures sur de vieux manuscrits anglais représentent de grands jardins où l'on voit un puits ou un étang ei quelquefois aussi, bien que très rarement, des fontaines et des grottes. Chaucer, dans le Romaujit ofthe Rose^ décrit un jardin qui formait un

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carré parfait; il est probable que la partie descriptive de ce jardin imaginaire, et que les plantes qu'il y place, reposaient sur quelques bases réelles. Au quatorzième siècle, il y avait dans Holborn un jardin appartenant au comte de Lincoln, quMl cultivait pour son plaisir et pour son profit. On trouve, dans un compte du duché de Lancaster, que ce jardin produisit en un an pour la vente des fruits 9 livres 2 shillings 3 pence, ce qui équivaudrait aujourd'hui à i35 livres sterling. Les seules fleurs dont on parle dans ce compte sont les roses; on en a vendu pour 3 shillings 2 pence. Les arbres fruitiers de ce jardin consistaient en pommiers, en poiriers, en cerisiers et en vigne; on y vendait aussi des boutures de vigne. On y cultivait la fève. Pognon, Tail, le poireau et quelques autres légumes . Le même compte mentionne aussi l'achat de boutures de quelques variétés de poires. Ce jardin était entouré d'une palissade et d'un fossé, et il s'y trouvait un étang qui contenait des brochets.

. Mais il y a fort peu de choses à dire sur les jardins de l'Angleterre jusqu'au règne de Henri VIII ; c'est sous le règne de ce roi que furent créés le Sans- Pareil (qui était situé à quelques milles seulement de mon jardin) et Hampton Court. Le Sans-Pareil, comme son nom l'indique, était considéré comme la merveille de l'époque. Ce jardin, dessiné géométriquement, comprenait un jardin d'agrément, un potager, un jardin sauvage et un petit parc ; dans le jardin d'agrément, on trouvait un grand nombre de fontaines, des colonnes et des pyramides de marbre. Il a été transformé par Kent, dans le courant du siècle dernier. Les plus beaux jardins créés sous le règne de la reine Elisabeth se trouvaient à Hatfield et à Beddington, comme je l'ai déjà dit dans le premier chapitre.

On continua, jusque sous le règne de Charles II, à dessiner les jardins sur le vieux plan anglais, bien que lord Bacon ait vivement protesté à l'époque de Jacques I" contre la taille des arbres et contre rétablissement de nœuds ou de figures de terre de diverses couleurs que l'on place sous les fenêtres de la maison du côté du jardin; ce sont là, s'écriet-il, des enfantillages, et une tarte est mille fois plus jolie. S'il faut en juger par quelques parterres, que l'on voit encore aujourd'hui dans les

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jardins de la Société d'horticulture et dans ceux de PHÔpital de Bethléenri, ce grand philosophe n'est pas parvenu à déraciner cette coutume ridicule.

Le Nôtre vint en Angleterre, appelé par Charles II, et dessina le parc de Greenwîch et celui de Saint-James. Il planta aussi une avenue d'arbres dans le Mail, et, depuis cette époque, jusqu'à l'accession au trône de Guillaume et de Marie, son style se répandit dans toute l'Angleterre ; mais il fut alors remplacé par le détestable style hollandais, et on alla jusqu'à faire de Hampton Court une copie exacte d'un jardin hollandais ; bien entendu cet exemple fut suivi partout. Pendant le règne suivant, Wise et Loudon montrèrent assez de talent dans la décoration des jardins de Kensington, pour s'attirer les louanges d'Addison.

On a attribué à l'influence des écrits de Pope et d'Addison, le style anglais qui a été copié plus ou moins par toutes les nations de l'Europe. Ces deux célèbres écrivains ne se contentèrent pas de protester contre la raideur des jardins alors en vogue, mais ils essayèrent tous deux dans leur maison de campagne, l'un à Twickenham, l'autre à Bilton, auprès de Rugby, de créer des jardins où le pittoresque imite la belle négligence de la nature ; c'est à cette classe qu'appartient mon jardin. Je peux dire avec Addison que mon jardin est une confusion de potager et de parterre, de verger et de fleurs ; que c'est une imitation de la nature et que partout on trouve des fleurs. Je conviens, avec Pline Tancien, que les jardins doivent être honorés, et que les choses communes n'en méritent pas moins notre co.nsidération tant et si bien que, comme Addison, si je rencontre dans un champ une fleur qui me plaît, je lui donne une place dans mon jardin. Or, il arrive souvent que je me procure ainsi des fleurs que mes amis regardent comme les plus belles que je possède, et que, cependant, j'ai trouvées dans une haie, dans un champ, dans un bois ou sur une montagne.

Le premier grand dessinateur qui ait compris et créé les jardins pittoresques est Kent, un vrai poète. Avant de dessiner un jardin, il se pénétrait de la nature du paysage, où il était situé, et il essayait d'em-

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bellir et non pas de violer la nature. Lui et ses successeurs ont transformé beaucoup d'anciens jardins géométriques.

Bien que les écrits de Pope et d'Addison et plus tard de Thomson aient eu une influence si grande et si immédiate sur la création des jardins, on a cependant mis en doute qu'ils fussent les véritables auteurs de ce système et on en a attribué la première idée, les uns à Milton, les autres au Tasse. D'autres encore affirment que Néron avait adopté ce système pour son jardin de Rome et qu'il n'était qu'une imitation des jardins de la Perse. Beaucoup, enfin, supposent que c'est aux Chinois que nous devons l'idée de copier dans nos jardins les diverses beautés du paysage naturel.

Les Chinois ont certainement une habileté toute particulière pour créer des points de vue pittoresques dans leurs jardins. Lieutschen, un de leurs anciens écrivains, dit : « L'art de la construction des jardins consiste dans la combinaison d'une vue agréable, d'une végétation abondante, de l'ombre, de la solitude, du repos, tout cela arrangé de façon à ce que l'on arrive à tromper les sens et à leur faire croire à la nature réelle. La diversité est le principal attrait du paysage naturel ; il faut donc chercher à l'imiter dans les jardins et choisir avec soin un terrain qui vous permette d'établir collines et vallées, gorges et ruisseaux, lacs couverts de plantes aquatiques, etc. La symétrie est fatigante; un jardin dont toutes les parties trahissent l'art et la gêne excitera bientôt Tennui et le dégoût. » C'est là une excellente description des jardins chinois ; aussi, dans le voisinage immédiat de l'habitation principale, ils dessinent des jardins géométriques qui se marient avec la gravité des lignes architecturales de la maison ; ils considèrent qu'un paysage sauvage, placé dans cette position, ressemblerait à un diamant enchâssé dans du plomb ; par contre, ils placent toujours des édifices rustiques dans les endroits naturellement sauvages. Les Chinois, en outre, s'entendent admirablement à faire paraître plus grands les terrains qu'ils cultivent; aussi leurs jardins semblent-ils beaucoup plus vastes qu'ils ne le sont réellement. C'est Je cas, par exemple, du jardin impérial qui se trouve près de Pékin, et auquel on a attribué une circonférence de douze milles. Ce jardin, qui est admirablement disposé.

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mérite le nom de Yuen-ming-Yuen qu'on lui a donné, c'est-à-dire le € Jardin de l'Enchantement perpétuel. > Le parc impérial de Zhe- Hol, ou a parc des arbres innombrables, » a une étendue considérable. On y trouve des lacs, des montagnes en miniature, des rochers, des endroits cultivés avec soin ; çà et là des édifices et des pagodes ; le tout présentant un spectacle toujours nouveau créé par la main de l'homme, qui est arrivé à ce résultat en imitant les beautés de la nature, sans jamais essayer de la violer. Mais, il faut bien le dire, le peuple chinois adore les jardins. Dans les principales rues de Pékin, quelques maisons sont recouvertes d'immenses terrasses plantées d'arbustes et de fleurs. On dit aussi, qu'à Nagasaki, au Japon, les grandes maisons sont entourées de jardins qui, quelques petits qu'ils soient, contiennent des rochers, des collines et des cascades. Dans les grands jardins de la Chine, on rencontre presque toujours des lacs et des rivières artificielles, des fontaines et des cascades; dans quelques-uns aussi on a représenté le printemps, l'été et l'hiver, et dans chacun de ces endroits on plante des arbres et des fleurs qui ne conviennent qu'à ces saisons. Les chinois ne plantent pas leurs fleurs dans les parterres, n'importe où et sans goût, comme nous sommes trop disposés à le faire; ils les choisissent au contraire avec soin, pour que leur grandeur et leur couleur fassent un tout harmonieux; leurs jardiniers, d'ailleurs, sont très habiles. La Chine est admirablement cultivée dans toutes ses parties; on est même parvenu à cultiver les tourbières et les marais en y établissant des radeaux de bambous que l'on recouvre de terre végétale sur laquelle on cultive des légumes. Ces radeaux de bambous rappellent les fameux jardins flottants de Mexico, autrefois si nombreux, que l'on construisait en nattant des branches de saule, recouvertes de terre, ou plutôt de limon du lac Clavigero, sur lequel flottaient ces jardins. Ces jardins flottants ont existé, dit-on, depuis l'époque de la fondation de la ville de Mexico; ils étaient autrefois très nombreux et rapportaient beaucoup ; on y trouvait ordinairement une petite cabane habitée par le jardinier qui, au moyen d'un bateau, pouvait transporter son île où bon lui semblait.

On trouve, près de Canton, les célèbres jardins Fa-tee où, à l'époque

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LES JARDINS DES DIFFÉRENTS PEUPLES 6o3

du jour de Tan, une foule innombrable se rend pour passer les vacances. Mais je crois en avoir dit assez sur les jardins de la Chine pour démontrer combien le plan de mon jardin se rapproche du plan qu'adopte ordinairement ce peuple extraordinaire. Je ne citerai donc plus qu'un seul jardin chinois, celui de Macao, où le grand poète portugais Camoens a étudié la nature, qu'il a si admirablement décrite ensuite dans son magnifique poème de la Luisiade.

Dans rinde, on trouve de nombreux jardins de roses. A Ghazeepoor, on cultive des champs de roses qui ont plusieurs centaines d'hectares d'étendue. Il y a, en outre, de nombreux jardins dans lesquels on cultive les admirables plantes qui se trouvent dans ce pays, dont le peuple a poussé si loin l'amour de la nature, comme le prouvent les livres sacrés des Vedas et toute sa littérature.

Les jardins abondent en Turquie. Lady* Mary Wortley Montagne les a décrits en termes enthousiastes que je ne trouve pas, je dois l'avouer, chez d'autres écrivains. On s'accorde, cependant, pour louer l'ombrage que l'on trouve dans ces jardins, leurs fleurs si belles et si odoriférantes, leurs cascades et leurs fontaines qui répandent une fraîcheur si délicieuse.

On trouve aussi beaucoup de jardins magnifiques en Espagne. A Madrid, tous les gens riches ont un jardin. Cependant, ils sont encore plus nombreux dans le sud. Se ville et Cadix sont particulièrement célèbres pour leurs fleurs et pour leurs jardins; dans ces villes, les balcons, les fenêtres, les toits mêmes des maisons sont transformés en véritables parterres. Sur une colline auprès de Grenade se trouve le palais mauresque de la Casa de l'Amar, dont le jardin a été dessiné par les Maures. Ce jardin est disposé en terrasses ornées de statues et de fontaines, de lacs et de cascades. Mais le jardin maure le plus ancien est, sans contredit, celui de l'Alcazar, qui est orné de fontaines, dont les allées sont pavées de marbre, et dont les parterres sont pleins des plantes les plus rares. On peut citer au nombre des autres jardins célèbres de l'Espagne, celui de l'Escurial à Madrid, celui d'Aranjuez, celui de la Granja ou San Ildefonso, le Versailles de TEspagne, que Philippe V a fait dessiner. On dit que le roi, en le visitant pour la pre-

mière fois, s'écria: il m'a coûté trois millions, mais il m'a amusé pendant trois minutes ! On peut citer enfin les jardins de TAlhambra, que Ton considère conmie si admirables qu'à la porte du jardin qui s'appelle le Lindaraxa on a placé une longue inscription qui se termine ainsi : « Où trouver un jardin aussi beau que celui-ci ? où trouver plus de parfums et de fraîcheur ? »

Je ne peux finir sans dire un mot de l'admirable jardin de M. Cook (vicomte de Montserrat) à Cintra, en Portugal. Non-seulement il a fait dessiner d'admirables jardins, mais il est parvenu à faire faire de grands progrès à la science de l'horticulture dans ce pays, en acclimatant des arbrisseaux et des plantes très rares. Dans notre propre pays, M. Smith, anciennement membre du parlement pour une des circonscriptions de la Comouailles, a converti une des îles Scilly en un jardin tropical. Là, poussent en plein air, le goomiier et une foule d'essences tropicales; on y remarque surtout une haie de géraniums, de vingt pieds de long, qui, en 1862, avait dix pieds de haut, et dont les brillantes fleurs ro3es, vues de la mer, à une grande distance, présentaient le spectacle le plus extraordinaire.

Je pourrais multiplier les exemples, pour prouver qu'il y a eu des jardins chez tous les peuples. On en trouve en Allemagne, en Russie, au Danemark, en Pologne, en Suisse, dans l'Amérique du Nord et dans l'Amérique du Sud. Je dois même citer tout particulièrement le jardin des Shakers à New Lebanon, près de New York, où l'on trouve une admirable collection de plantes narcotiques. Je dois citer aussi le jardin de Rio-Janeiro, destiné à la culture de la cochenille. Mais, les jardins des pays dont je viens de parler, n'offrent aucun caractère particulier; ils sont dessinés d'après des plans déjà connus, il est donc inutile que j'entre à leur égard dans plus de détails. J'ai d'ailleurs, dans ce chapitre, essayé de décrire les différents systèmes qui ont présidé à la construction des jardins, d'après les récits que nous en avons, ou d'après ce que j'ai pu voir moi-même en Europe.

Nous pouvons nous résumer en disant que l'amour des jardins et l'amour de la nature existent partout, que ce soit dans la zone torride, dans la zone glaciale ou dans la zone tempérée, mais que, chez certains

peuples et chez certains individus, cet amour est plus développé que chez d'autres. Nous voyons, en outre, que Part du jardinage progresse chez quelques peuples et décline chez d'autres. Ceux qui ont joui du calme et du repos que produit un jardin, ou qui ont surveillé avec intérêt la croissance et les habitudes des différentes plantes, ceux qu'enchante le gazouillement des oiseaux, sont plus portés que d'autres à ressentir instinctivement, au milieu des changements incessants de la nature, cette étonnante harmonie qui embrasse toutes choses. Ceux-là aussi, en contemplant la nature avec les yeux de Pâme, comprennent la petitesse de l'homme perdu au milieu de la grandeur de l'univers.

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