SCÈNE QUATRIÈME CORNÉLIA, s'asseyant en face de lui
Monsieur, vous savez que je suis abyssinienne? BOURDELIN.
C’est pour m’apprendre ça...
CORNÉLIA
Dans mon pays, — je crois vous l’avoir dit avant de vous épouser, — une injure ne s’oublie ïamais...
BOURDELIN
Non, jamais... mais de grâce, abrège ce préambule.
Eh! bien, monsieur, je fus indignement outragée...
BOURDELIN
Toi!... et par qui?
CORNÉLIA
Cela ne regarde que moi .
BOURDELIN
Pardon, mais il me semble.. .
CORNÉLIA
... Que moi seule. Cependant, comme je vais avoir à me venger et que, pour cela, j'aurai besoin d’une grande liberté d’actton, que je ne veux être entravée ni dans mes projets, ni dans mes démarches, c’est à vous le premier que je viens demander carte blanche pour tout ce qu’il me plaira d’entreprendre.
BOURDELIN
Carte blanche?...
CORNÉLIA
Je veux pouvoir aller et venir à ma volonté et sans que personne, pas même vous, ne s’oppose à mes actions.
BOURDELIN
Pas même moi...
CORNÉLIA
Pas même vous.
BOURDELIN, à part, sa levant et passant à gauche.
Ah 1 mon Dieu ! trois heures vingt!... — (Haut.) Ecoute... y aura-t-il mort d’homme ?
Non.
* Bonrdelin, Cornélia.
mon Mari me l’a pkhmis
BOURDELIN
Tu me jures de n’employer ni le feu, ni le fer, ni le poison, ni le charbon?...
CORNÉLIA
Rien de tout cela, je vous le jure.
BOURDELIN
Eh! bien, oui, je te donne carte blanche... (s« remettant an bureau et écrivant.) Mais, pour Dieu ! laisse-moi terminer ce travail.
CORNÉLIA
Terminez, monsieur; moi, je vais commencer le mien.
Elle se place an bureau, en face <ie son mari et se met A écrire. BOURDELIN.
Tiens, tu vas écrire?
Oui.
CORNÉLIA
BOURDELIN
A qui donc?
CORNÉLIA
Déjà?
BOURDELIN
C’est juste. — (Calculant.) 19,680 à 5 1/2...
CORNÉLIA, à part, écrivant.
« Monsieur...
BOURDELIN
CORNÉLIA, idem.
«* Mon mari va sortir... -»
BOURDELIN
Je pose...
CORNÉLIA, idem.
« Venez vous-même recevoir la réponse que vous me demandez... »
BOURDELIN
Ah! grâce au ciel!... plus qu’un !...
CORNÉLIA, signant.
a Cornélia. »
Elle sonne et se lève.