SCÈNE II
GALATHE, RENNOS GALATËE
Rennos !... Rennos !... Donne-moi tes yeux qui me brûlent ! j'en veux boire la flamme !
(Elle lui prend la tête et l'embrasse avec passion.) RENNOS, luttant, il a passé à droite.
Quel horrible meurtre ai-je commis, pour trembler ainsi ?
GALATËE, s'éloignant, avec irritation.
L'Argonaute me fuit ! Oh I dieux ! donnezmoi l'art de la magicienne qui enchanta Jason... Rennos, tu ne m'aimes pas !
RENNOS
Je t'aime, et mon esprit furieux s'échappe de ma tcte. Ton baiser a fût de moi un voleur. Pygmalion est dans mon s:mg, dans ma poitrine, il assiste en moi à ma trahison. Si je ne t'aimais
pas comme un tigre ensorcelé, je te tuerais ! Si je n'adorais pas l'existence dans l'espoir de vivre un jour avec toi, je mourrais... Dis-moi comment je puis t'aimer et m'appeler Rennos ?
GALATÉE
Souviens-toi des cruautés de Pygmalion. Il est notre tyran à tous deux. As-tu donc oublié le jour où il te chassa du palais devant un peuple en larmes ? Exilé comme un traître, t'a-t-il, au retour, reçu en héros ? Pygmalion est ton ennemi, il est mon maître... Je le hais, je t'aime ! sa mort seule peut nous délivrer.
RENNOS
Dieux !... ma passion donnerait-elle à mon bras la force de commetre un pareil crime ?
Si Rennos m'aime, il hait Pygmalion !
RENNOS, suppliant.
C'est mon frère ! (il s'assied à droite, le coude appuyé sur la table, accablé.)
GALATEE 19)
GALATÉE, se penchant sur le dossier du siège.
L'amour fraternel est une fleur cultivée par la prévoyance des parents. Q.ui le premier a brisé
tout lien entre toi et Pygmalion ? (Prenant la main de
Rennos.) Le cœur de ton frère serait-il plus brûlant que celui de Galatée ? Il faut te résigner à voir l'un des deux glacé par la mort. (Rennos se lève et passe.) Je donnerais ma vie pour toi, Pygmalion donnerait-il la sienne ? Tandis que tu errais par le monde, bravant les bêtes féroces et les tempêtes, le roi passait sa vie dans les festins. En l'absence du maudit, à la table où cent courtisanes se rassasiaient de mets délicieux, un seul plat fut-il jamais offert aux dieux pour leur demander le retour de Rennos, injustement chassé !... C'est à la nouveauté de ton retour que tu dois les caresses de Pygmalion, comme j'ai dû à sa lassitude des femmes cypriotes la passion d'un jour. Mais avant peu, il me délaissera, et de toi, il dira bientôt à ses esclaves : « Délivrez-moi de cet importun I »
RENNOS, furieux.
Pygmalion sera tué !
Retourne vers le roi. Réclame de ton frère la moitié de Cypre. Il refusera tout partage ; s'il consentait, demande les terres les plus fertiles de l'île, alors il éclatera en reproches. Tu lui parleras de son impiété durant ton absence ; s'il s'excuse ou s'il prie, ferme tes oreilles et frappe ! Souviens-toi de Galatée qui t'attend !
RENNOS
Demain, l'un des frères sera de retour ! Heureux, ô Galatée, celui qui te reverra.
(Il sort.) GALATÉE
Ah ! si mon âme pouvait passer dans son bras!... Fassent les Immortels que l'Argonaute vive !