‹ Mon petit théâtreChapitre 64 sur 67 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

PYGMALION, RENNOS

Pygmalion court au-devant de son frère. Lorsque Rennos entre, le roi lui ouvre les bras.

RENNOS, glacé.

Les Dieux nous jugent !

GALATEE 199

PYGMALION

Les hommes plaident leur cause devant les hommes avant d'en appeler aux immortels.

RENNOS

J'ai attendu qu'à mon retour, sans être imploré, tu me fisses justice. As-tu donc oublié qu'à la mort de notre père, lorsque j'avais droit au partage de la puissance paternelle, tu m'as chassé comme un esclave ? Tandis que tu vivais au milieu des richesses, ton frère inconnu vivait dans le malheur. Si Rennos a forcé par son courage la bruyante renommée à répéter son nom, est-ce à Pygmalion qu'il le doit ? Le roi de Cypre néglige d'honorer la valeur, mais il ne dédaigne pas au besoin de s'en servir. Voilà trop de paroles d'ailleurs ! Celui qui avait préféré l'exil aux luttes intestines, revenu aujourd'hui, réclame son droit sur les biens royaux.

PYGxMALION

Pourquoi tant d'amertume ? Rennos, écoutemoi... Veux-tu commander à mes troupes?

veux-tu ?...

RENNOS

Je veux que Cypre soit partagée en deux parties égales, et que chacun de nous en prenne une.

PYGMALION

Cypre sera partagée, est-ce assez, mon frère ?

RENNOS

Non, tu as dévoré d'incalculables richesses. Je ne puis les retrouver qu'en prenant à mon tour les terres les plus fertiles et les plus fortes villes.

PYGMALION

C'est Rennos qui parle ainsi? Comment le héros a-t-il changé en si peu d'heures ? Prends toutes les richesses de Cypre, prends tout ! L'amour de deux frères est plus précieux que tous les biens ; j'ai appris cela de mes remords durant ton absence.

RENNOS, bouleversé.

Cypre est petite. Il ne peut y avoir qu'un

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trône! Qui régnera?... Tu portes une épée. Combattons, implacables. Je ne veux pas te tuer par surprise, (il dégaine.) Les Dieux décideront : le vainqueur sera roi !

PYGMALION

Frappe ! Jamais P3'gmalion ne tournera le fer contre Rennos. Un trône ne vaut pas un frère. (Il détache son épée.) Je me place SOUS la protection du dieu des serments et j'abdique le pouvoir de mon père. Rennos, je te proclame roi de Cypre. En échange du glaive fratricide, reçois l'épée royale. L'amour de Galatée me suffit! Mes larmes, mes baisers ont engendré une créature divine et je la possède !... Les dieux exigent sa rançon, je la donne. J'aime Galatée, et je fais mon frère roi, que puis-je désirer ?

(Rennos se jette dans les bras de P3'gmalion et sanglote. Pygmalion lui attache l'épée royale.)

PYGMALION

Douces larmes de reconnaissance, coulez pour attendrir l'âme du héros. En te voyant pleurer, mon frère, je voudrais payer tes pleurs, non de mon pouvoir, mais de mon sang. Dis-moi,

Rennos, si tu m'avais tué, aurais-tu versé ces larmes sur ma mort ?

(Rennos s'enfuit.) PYGMALION, l'appelant.

Rennos ! mais il me quitte comme un coupable !

CINaUIÈME TABLEAU

Même décor.

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