‹ Mon petit théâtreChapitre 66 sur 67 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

GALATÉE, RENNOS

GALATEE, se précipite au-devant de Rennos.

Pourquoi ai-je douté de ton retour, mon bienaimé ? Loin de nous à présent les soucis et les terreurs ! Nous sommes libres ! A ton côté voici l'épée royale. Rennos, tu es l'égal des Immortels !

RENNOS

Pygmalion t'aimait, Galatée. Il vivait pour toi seule : « Je renonce, me répondit-il, à Cypre, au trône, au monde entier, l'amour de Galatée me suffit !»

GALATÉE, froide.

Il est mort en amant, il aimait!

GALATEE 205

RENNOS

Il voulait vivre pour te revoir, il prononçait ton nom comme celui de la seule divinité protectrice et fidèle. Je fus sans pitié.

GALATI:E

Tu pensais à moi.

RENNOS

Je voulais l'obliger à combattre, il m'a tendu son épée, refusant de tourner le fer contre moi, attestant les Dieux qu'il n'en avait pas le courage.

Plus que la crainte de ta mort il avait la crainte de la sienne.

RENNOS, se contenant à peine.

Tais-toi !

GALATËE

Peut-être valait-il mieux ne pas le tuer. Nous

aurions pu le garder comme esclave. De même

qu'il a cédé Cypre peut-être eût-il cédé sa femme

si on la lui avait demandée !

RENNOS, remontant la scène.

L'injure est un double crime si on l'ajoute au crime.

GALATÉE

Honorer celui qu'on a tué c'est attirer sur soi le déshonneur.

RENNOS, avec éclat.

Il t'aimait, Galatée; n'est-ce pas sa flamme qui a fait vivre ton corps de marbre? Les pierres ont plus de sang humain que toi. Combien seraient allégés les remords de mon cœur coupable si je te voyais un peu émue de ce meurtre impie, si quelques larmes de regret tombaient de tes yeux sur mon frère ! Si tu aimes le criminel, partage avec lui l'horreur qu'il a de son crime.

GALATÉE, l'enlaçant avec passion.

Celui qui est mort serait-il plus cher à Rennos

que Galatée vivante ? (Elle l'attire vers le péristyle.) Vois

là-bas le Dieu du jour flotter entre l'ombre et la flamme; les oiseaux chantent leur hymne à la lumière, les fleurs colorées percent le voile noir

GALATEE 207

de la nuit. Tout se réchauffe, s'éclaire et sourit aux rayons qui glissent des doigts rosés de Taurore. Seul, Rennos est assombri.

RENNOS

Galatée, les feux rouges du soleil ne te rappelleront-ils jamais le sang versé de mon frère ? Ne souhaiteras-tu pas un seul jour de ta vie que Pygmalion s'éveille de la mort I

GALATÉE

Jamais !

RENNOS

Galatée, je t'en conjure, que ta bouche ne prononce point de paroles monstrueuses !

GALATÉE

Laisse Pygmalion enseveli dans la nuit d'hier. Un beau matin se lève sur notre amour. Donne à Galatée Rennos pour souverain.

RENNOS

Je dois porter tout à l'heure aux prêtres d'Apollon l'épée royale... Il faut que j'en lave les taches. Elle est couverte de sang, car je l'ai

plongée dans le cœur de Pygmalion. Apporte de l'eau pour que j'enlève la souillure.

GALATÉH

Le fourreau cache le sang. Plus tard nous laverons l'épée. Viens reposer sous mes lèvres ta tête alourdie.

RENNOS

♦ Il faut effacer les traces de sang. Verse l'eau purificatrice.

(Galatée va vers la table où est Tamphore et verse l'eau dans le cratère).

'^' Elle est souriante et joyeuse et elle croit que

i^^^ j'ai tué Pygmalion !

iJ GALATÉE

Pourquoi cet accablement ? N'est-tu pas le roi de Cypre et l'époux de Galatée ?

RENNOS, tenant l'épée.

Je n'ose la tirer du fourreau. La vue du sang de mon frère m'épouvante.

GALATÉE, s'approchant de lui.

Si j'avais su, Rennos, que ce meurtre te fît

GALATEE 209

peur, c'est Galatée seule qui aurait frappé Pygmalion.

RENNOS tire l'cpée du fourreau.

Dieux vengeurs, punissez la criminelle par ma main. Meurs perfide !

(Il la frappe.)

GALATËE recule et va tomber sur le socle d'où elle est descendue au I" tableau.

Il ne m*aimait pas !

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