L. J. Codère
lion. Juge L. P. Deniers
Dr J. A.' Darche,
Dr J. C. A. Ethier,
F. R. Darche.
G. H. Vaillancourt Rév. E. vSt. Jean, Joseph Fréchette, Eugène Bourque, X. Arguin, D. J. McManamy, J. S. Tétreault, N.P., A. J. McWilliams, J. IL Walsh, Antoine Albert, M. A. Laine, J. O. Dufour, M. Chagnon, M. D., IL IL Langlois.
P. A. Juneau, IL IL Morency, J. A. D. Godbout, L. Couture, Dr F. Bertrand, P. A. Chassé, C. R.
Dr P. E. Grandbois, Rév. J. S. LaRocque,
DrJ Prof.
Rév.
Rév.
Souscriptions de $5 payées:
F. Rioux, Rév. J. S. LaRocque, J. O. Casjirain, Rév. Paul Côté,
N. H. G.Gaulin, G. K. Robitaille,
G. A. Lemieux, Joseph Lemieux,
Léandre Proulx, J. B. McGee, Gédéoii Morin, Antoine Albert.
Les directeurs du Monument National remercient, de tout acur, les messieurs ci-haut nommés, pour leurs généreuses souscriptions, payées ou promises, ainsi que les trèsnombreuses personnes qui ont bien voulu faire des cadeaux quelconques, soit en livres, cadres, cartes géographiques, etc., etc., — tout est entré dans le livre d'or, que chacun peut consulter, à la bibliothèque, (aux heures déterminées).
-Vf
Réponse à M. Ralph Malo.
Je viens de lire un petit article intitulé : " Si j'étais riche." C'est joliment dit pour un étudiant — ça promet ! Il y a de la poésie dans cette prose signée " Ralph Malo." Allons ! mon jeune ami, vous seriez bien, bien généreux, n'est-ce pas, si vous étiez riche ? mais, prenez garde, les richesses, voyez-vous, ça vous endurcit le cœur, ça vous rapetisse le cerveau, ça vous fait d'un homme, bon du reste, un véritable avare. . . .ça vous crochu les doigts plus que ceux de l'infortuné Iscariote dont vous parlez ! Si j'étais riche, dites-vous, je ferais bâtir des édifices, des églises, des ci des ça — des monastères ! pas pour y entrer vous-même, au moins ? car vous dites du même coup que vous prendriez femme si vous ressembliez au Crésus d'autan. Mais chut ! pas d'indiscrétion. Vous parlez aussi de construire des vv Monuments Nationaux " et que sais-je encore? — tout cela est fort beau, mon ami, mais il ne s'agit pas seulement de récrire ou de le dire, il faut le faire, même quand on est pauvre et voici comment : vous avez entendu parler, n'est-ce pas, du projet de fonder à Sherbrooke un tout petit " Monument National" bien coquet, bien gentil, où les riches et les pauvres seront également bienvenus ? Oui, eh bien ! répétez-vous bien bas à vous-même et bien haut à vos amis, qu'il faut aider à construire ce monument. Ça vous coûtera si peu. Quoi ! pour cent piastres, payées quand vous pourrez et de la manière que vous voudrez, vous serez
un des fondateurs du " Monument National " à Sherbrooke ; de ce monument qui durera tant qu'il y aura un Canadien dans la Reine des Cantons de l'Est, et vraiment, il y en aura longtemps des Canadiens ici, si surtout vous avez, comme ça, l'idée de prendre femme !
Persévérez dans vos bonnes résolutions, M. Ralph, dites bien à vos amis qu'ils en fassent autant, et je vous promets une sérénade au " Monument." — Mais soyons de bous comptes, prenez une part dans le Monument National, où vous serez chez vous. — Et notre " chez nous," on le respecte toujours, n'est-ce pas? C'est pourquoi je ne crains pas de dire aux plus hargneux, aux pessimistes qui voient déjà du sang couler à flots dans le " Monument," qui voient — toujours par anticipation — les adeptes de feu Chiniquy y trôner eu maîtres, qui voient déjà une délégation envoyée par le trop fameux Combes, nous faire des règlements y chasser nos prêtres, qui y ont pourtant une place proéminente. Allons ! trêve de sarcasmes et mettons-nous à l'œuvre sérieusement.
M. Ralph, si vous voulez former une société, avec trois de vos amis qui fourniront chacun $25, qui, avec le vôtre, formeront cent piastres — par conséquent, Ralph & Cie, #IOo — au profit du " Monument National." Dites à 4 autres de nos jeunes gens d'en faire autant et 4 autres encore ; — avec toutes ces parts, nous paierons et réparerons chiquement la bâtisse que nous avons achetée, et votre rêve sera réalisé, — au moins en partie — puisque vous aurez réellement l'illusion d'être riche ! Topez-là, Ralph, mon ami, et allez-y gaiement. !
Une Bonne Œuvre.
Au milieu de nous vit une communauté de Sœurs que nous ne voyons jamais par les rues de la ville. Ces femmes n'enseignent pas et ne soignent pas les malades. Mais que font-elles donc? Ah! ce qu'elles font! Elles méditent pendant que le monde s'amuse ; elles prient pour ceux qui ne prient pas ;. . . .elles travaillent dans le silence du cloître, où nous les entrevoyons rarement à travers un grillage qui leur sert de prison, et quelle prison ! Mais oui, quelle douce prison, cependant, pour ces saintes filles qui ont rononcé volontairement au monde et à ses tentations ! Biles vivent en continuelle adoration en présence du Divin Epoux qu'elles ont librement choisi. Leur corps est ématié, leurs traits sont tendus par les privations de toutes sortes, les jeûnes et les veilles mais leur âme est blanche, comme la colombe !
Quand le bal bat son plein, non loin de leur monastère, elles se lèvent à 2 hrs. du matin, se rendent à leur chapelle où elles récitent les matines. . . .Oh! merci, mes révérendes sœurs, merci de vos bonnes prières, qui doivent toujours être entendues et exaucées par le Dieu trois fois Saint que vous implorez pour nous !
Oui, vous êtes de vraies sœurs pour nous, vos concitoyens, qui peinons tout le jour sans, bien souvent, avoir BUCUne pensée pour l'unique chose, la seule nécessaire: le
salut de nos âmes ! Mais vous êtes là, vous, sœurs chéries, vous veillez et- priez pour qu'il ne nous arrive rien de fâcheux en ce monde, et surtout afin de nous rencontrer plus souvent dans l'autre vie, en présence de l'Eternel ! . . . .
Mais, jusqu'ici, qu'avons-nous fait pour vous? Presque rien. Cependant, " reconnaissance oblige ! " Donc, vous ne serez pas oubliées plus longtemps. On sait que vous devez nourrir vos corps : c'est la loi naturelle — et que vous ne pouvez vivre seulement de prières et d'adorations.- Dieu le veut ainsi, à moins qu'il fasse des miracles. Tout le monde comprend si bien tout cela que plusieurs dames organisent une partie de cartes (euchre), pour le mercredi, 14 courant, au profit de nos bons anges gardiens, les révérendes sœurs du Précieux Sang. Allons, citoyens, à l'œuvre ! — les occasions de faire la charité ne nous manquent pas, il est vrai, mais ce n'est que la deuxième fois qu'on nous demande pour cette communauté qui fait tant de bien parmi nous. Que chacun donc se fasse un devoir, devoir d'honneur et de reconnaissance, d'acheter un billet pour le euchre de mercredi prochain — et nos bons anges ne cesseront de prier.
Concert "Sublime."
A peu près tous les amateurs de belle musique à Sherbrooke assistaient au concert du " Paradis perdu," donné au théâtre Clément, jeudi dernier, sous l'habile direction de M. le Professeur Clerk. Ça été un vrai régal musical. Bravo ! Professeur qui avez le don de faire pénétrer dans l'âme de vos élèves le feu divin qui embrase la vôtre ! Bravo ! jeunes filles et jeunes gens qui avez su si bien rendre le grand oratorio Bleau-Dubois. Il faut être artistes et non simplement amateurs pour rendre si parfaitement une œuvre comme celle-là. Je l'avais déjà entendue par un chœur et un orchestre puissants, mais j'ai encore plus goûté le concert de jeudi, donné par nos jeunes. La diction était tellement parfaite qu'on pouvait suivre sans " libretto " la belle poésie de Bleau. Que dire de la musique de Dubois? c'est ni plus ni moins que sublime ! Mme L. E. Codèrc, qui était si bien secondée au piano par M. A. Létourneau, et à l'orgue par son mari, s'est surpassée, mais était comme toujours à la hauteur de sa tâche. Comment ne pas être empoigné par cette musique enchanteresse qui vous charme et vous ravit !
Ce drame-oratorio est divisé en quatre grandes parties qui ont toutes été si bien interprêtées qu'on croyait réellement assister à chacun des actes qui le composent.
Mlle Flora Olivier, dans le rôle de "l'Archange," a admirablement bien réussi ; sa voix douce et sympathique
nous allait droit au cœur — on était vraiment porté à s'unir à elle et au chœur des Séraphins pour chanter les louanges de l'Eternel, ou appeler les délestes phalanges au combat !
Si notre p-rand'mère Eve avait la voix enchanteresse de Mlle Fréchette, je ne suis pas surpris de la chute de notre pauvre et regretté père Adam, qui s'est si bien laissé prendre à ses charmes ! M. le Dr Fleury, dans le rôle d'Adam, a été superbe.
" La mort va la frapper, que je tombe avec elle !
Donne ce fruit, je ne veux pas,
En restant immortel, contempler ton trépas !"
Oui, c'est bien ça ; Adam, vous ne pouviez faire autrement— et vous vous êtes montré dès ce jour le soutien et le défenseur du sexe faible.
Uriel, Béliol et Moloch, trinité infernale, mais représentée, cependant par trois gentils garçons : notaire Sylvestre, Dr. Gadbois et M. L. E. Codère. Comme ils ont bien interprêté leur rôle — tantôt rageurs contre le chef qui les a perdus, tantôt pleins de foi en son génie, ils lui obéissent eu aveugles.
Mais que dire de Lucifer, de satan lui-même, personnifié par M. l'avocat V, Emile Rioux ? Quelle ampleur de voix ! quel tonnerre qui gronde à la tête des cohortes rebelles ! Quel rôle terrible que celui-là ! Quoi ! oser lever l'étendard de la révolte au sein même du Paradis? Quelle audace !
Oh ! le charmeur, comme il se faisait caressant et fascinateur auprès de notre chère et vieille mère Eve — j'en frémissais et je me disais : où donc est Adam ? va-t-il la laisser perdre? Ah ! oui, c'en est fait, elle a succombé et Adam avec elle! Malheur à nous, malheur à leurs descendants!
Ah ! tu peux triompher, satan, chante avec délice :
"Tu l'emportais, Dieu Sévère,
A mon tour je suis vainqueur ! "
O séraphins, repliez vos ailes,
Et remontez vers les voûtes éternelles ! "
A nous les pleurs, les regrets et les douleurs ; nous sommes perdus !. . . .Adieu, beau Ciel, céleste parvis, adieu !
Mais qti'entends-je ? une voix plus douce que celle des Séraphins, plus puissante que celle des damnés et leur chef, parvient à mon oreille.
Ah ! courage, Adam et Eve, c'est le Fils qui vient, et ce Fils sera le Rédempteur, ne le dit-il pas Lui-même :
" Homme, courage ! O femme espère !
Le Ciel ne peut toujours punir ;
Vos enfants me verront venir,
Un jour, envoyé par mon Père !...."
Terrible Noyade.
M. le curé est mort ! et quatre jeunes gens de deux de nos meilleures familles ont péri avec lui ! Les cinq se sont noyés, mercredi soir, à Garthby
Telle était la poignaute nouvelle qui nous arrivait le soir même par le téléphone. — Chacun se demandait s'il faisait un mauvais rêve. . . .Enfin, après maints rapports, il fallut bien se rendre à l'évidence et tout le monde, frappé de stupeur, put enfin se rendre compte de l'épouvantable malheur qui venait s'abattre sur notre petite ville.
M. l'abbé Gignac, curé de la cathédrale et administrateur du diocèse de Sherbrooke; MM. Hector et Eugène Codère, fils de M. L. A. Codère ; MM. Wilfrid et Damase Massé, fils de M. Joseph Massé, ne sont plus ! Hier encore, tous joyeux, ils prenaient place dans une petite embarcation pour faire une excursion sur l'eau ; — le temps était beau et une brise légère ondulait les eaux du lac. Mais voilà que tout à coup le vent s'élève et une bourrasque fait chavirer le frêle bateau ! " Nous allons périr, mes enfants," dit M. le curé, faites votre acte de contrition et je vais vous absoudre : Ego vos absolvo in nomine Patris, etc., et tous, après avoir demandé pardon au Dieu trois fois Saint, devant la Majesté duquel ils allaient paraître en un instant, s'engloutissent dans le gouffre immense !
Moment sublime, s'il eu fut ! Quoi ! tout est fini ici
bas, il faut mourir sans dire adieu à ceux qu'on aime ! Ah ! mon pauvre cœur se serre à la pensée des angoisses éprouvées par ces infortunés jeunes gens ! Que dut-il se passer dans l'âme du bon curé ? Il ne redoutait pas la mort, lui, le prêtre modèle, l'apôtre infatigable, l'ami sincère, mais il a dû souffrir une agonie effrayante, en quelques instants, car je le connaissais bien, moi, allez : il a été mon compagnon d'enfance et d'étude et mon ami toujours ! Oui il a dû souffrir le martyre, non pour lui, mais pour les chers enfants qui étaient avec lui — il a dû s'accuser d'être la cause, bien involontaire si vous voulez, de l'affreux malheur qui devait frapper plusieurs familles de sa paroisse !
Quel deuil pour Sherbrooke, pour le diocèse et pour l'Eglise ! Quelle douleur pour notre vénérable Kvêque, qu'un câblegramme a averti de la perte qu'il vient de faire ! Le Maître souverain des vivants et des morts a parlé, résignons-nous à ses décrets, qui nous paraissent bien durs parfois.— Vous, bons parents, vos chers enfants sont montés au ciel avec leur curé, qui venait de les absoudre ; d'ailleurs, ils étaient tous de bons chrétiens, sur le sort desquels vous ne pouvez avoir aucune inquiétude.
Sur sept, que contenait la fatale embarcation, les deux plus jeunes ont réussi, en s'y cramponnant, à atteindre le rivage. Ces deux enfants n'oublieront jamais cette terrible épreuve ! M. le curé fit réciter à tous l'acte de contrition.— Au moment d'être engloutis, ces pauvres malheureux, pleins de confiance en la Providence, s'écrièrent : "Mon Dieu ! nous avons un extrême regret de vous avoir offensé, parce que vous êtes infiniment bon ! Pardonnez, oh ! oui, pardonnez-nous nos offenses au moment de paraître en votre divine présence !...."
Peut-on imaginer une scène plus touchante et plus sublime ?
Il me semble voir le fidèle ministre de Dieu qui regarde le ciel ! Il me semble voir ces pauvres enfants jeter un dernier regard sur le rivage où les attendent des êtres chéris ! Un seul, M. Wilfrid Massé, était marié, et sa jeune épouse et son enfant sont là sur la rive, attendant son retour ! Les pères et mères, frères et sœurs sont là aussi, dont quelques-uns sont témoins impuissants de l'horrible drame qui se déroule non loin d'eux, là-bas, sur l'onde perfide qui va bientôt engloutir les êtres qui leur sont si chers ! Les mots font défaut pour exprimer ce qu'on doit éprouver dans de telles calamités !
Adieu à tout ce que j'aimais sur la terre ! Venez me rejoindre au ciel où, il n'y aura plus de douleurs ni de séparations ! Adieu ! non, pas adieu, mais au revoir !. . . .
RÉV. J. A. H. GIGNAC, J. C. D.
Curé de Si Michel de Sherbrooke Administrateur <lu diocèse.
Le Bazar de la Crèche, 1905.
Nous aurons encore notre bazar annuel, cette année, — c'est un événement attendu avec plaisir, par les petits comme par les grands. Je crois que tout le monde serait bien chagrin d'en être privé, car c'est entendu, c'est passé dans nos habitudes d'avoir cette fête de famille, chaque automne, avant le mois du recueillement, le mois du silence, le mois de la prière pour nos morts chéris, qui nous ont précédés dans le gratid au-delà !
L'année dernière, à pareille époque, notre très-vénéré et regretté pasteur, feu M. le curé Gignac, faisait un chaleureux appel à ses paroissiens en faveur du bazar des tout petits. Comme son cœur tendre et compatissant avait compris leurs besoins ! Comme sa parole vibrante avait su trouver des mots brûlants de charité pour toucher les nôtres, en faveur des orphelins dont les mères dorment leur dernier sommeil ; en faveur surtout des malheureux petits enfants des bourreaux d'ivrognes, indignes du beau titre de père, qui gaspillent, dans l'orgie et la crapule, le peu d'argent qu'ils gagnent et qu'ils devraient ménager pour le soutien de leur famille !
Hélas ! la voix sympathique et convaincante de mon vieil ami ne résonnera jamais plus à mes oreilles ni aux vôtres ; mais souvenons-nous. . . . " Heureux celui qui passe en faisant le bien," avait-il coutume de dire. — N'est-ce pas ce qu'il a fait ? oui, transiit benefaciendo I — Et quelle plus belle occasion pour nous tous de suivre son exemple, que
de donner à deux mains à ceux qui pleurent, à ceux qui ont froid, à ceux qui ont faim !
Ali ! cher et bon curé, dormez en paix dans votre humide et froide tombe: vos bonnes paroles et vos bons exemples porteront leurs fruits. — Cette année, comme l'année dernière, vos paroissiens trouveront les moyens de faire un grand succès du bazar de la Crèche. Ils se souviendront, oui, ils se souviendront de celui qui n'aura pas même une croix sur laquelle le passant lira son nom ! Mais ce nom est ineffaçable, car il est à jamais gravé dans nos cœurs ! Les eaux du lac feront entendre leur éternel clapotement, et rouleront leurs ondes perfides, sans égard pour la précieuse dépouille qu'elles ont engloutie ; et qui se souviendra du drame de 1905, qui se rappellera de notre cher noyé ? Qui ? mais nous tous qui l'avons connu et aimé, et nous le redirons aux enfants de la Crèche, qui répéteront ce nom dans leurs prières. Il aimait tant les tout petits ! Un soir, il était huit heures, je visitais avec lui la classe des orphelins de l'hôpital du Sacré-Cœur ; la révde sœur gardienne nous dit : "Chutf MM., n'cveillez pas mes petits enfants ! " — trois chérubins dormaient à poings fermés, sur un banc, dans un coin de la salle — la bonne sœur n'avait pas voulu les déranger dans leur premier sommeil. Quelle sollicitude vraiment maternelle ! — Entrez ici, messieurs, nous dit-elle, venez voir mes autres enfants. — Plusieurs orphelins de 3 à 8 ans reposaient déjà bien gentiment dans leurs petits lits proprets.
Ah ! je crois au dévouement, je crois à l'amour quasi maternel, je crois au sacrifice de ces femmes encore jeunes et belles, qui pouvaient elles-mêmes inspirer de l'amour, avoir une famille bien à elles. . . .Mais non, tout, entendezvous ? tout ici est sacrifié pour les pauvres, pour les orphelins, pour les malheureux de toutes sortes.
Les Sœurs de toutes nos communautés religieuses, les vraies sœurs de charité comme les autres, sont mortes au monde et à ses plaisirs; — (j'en connais quelque chose, deux des miennes prient pour moi chaque jour) — leur unique bonheur consiste à faire un peu de bien en passant.
Et qu'out-elles, en propre, pour faire tant de bonnes œuvres ? rien ! N'ont-elles pas fait vœu de pauvreté ? elles n'ont que nos aumônes qu'elles recevront avec reconnaissance, non pour elles, mais pour les tout petits, au bazar de la Crèche, dans la semaine du 23 courant. Faisons-leur une large part des biens dont la Providence nous a comblés, chacun suivant nos moyens; l'obole du pauvre vaut autant aux yeux de Dieu que la grosse offrande du riche. Y a-t-il un plus grand bonheur pour celui-ci que de donner au nécessiteux qui lui tend la main ? Il n'y a pas de grandes fortunes parmi nous, mais toutes nos aumônes réunies en formeront une collossale pour les tout petits, aux yeux du Souverain Juge.
On objecte : " La Crèche devait se bâtir tout de suite, et il n'y a rien de fait, à quoi bon donner pour cette œuvre ? " Voyons, soyons' de bon compte : d'abord, Paris ne s'est pas fait en un jour ; ensuite, tout le monde connaît la longue absence de notre premier Pasteur, pour le bien de son diocèse, et îe grand deuil survenu pendant son absence. Il faut donc accepter l'inévitable et se mettre à l'œuvre avec un redoublement d'ardeur.
Ne craignons rien, l'argent que nous donnerons sera bien employé avant longtemps. — D'ailleurs, ne serons-nous pas récompensés au centuple de nos aumônes par le Grand I dispensateur de tous les biens !
En foule donc, au bazar de la Crèche ! soyons généreux comme d'habitude, et plus encore même si c'est possible, afin de faire du bazar de 1905, un succès sans précédent.
"Le Monument National."
Il y a près de 10 mois qu'on parle d'élever, à Sherbrooke, un Monument National. Ce temps paraît un siècle à quelques-uns, et bien court à plusieurs autres, qui pensent qu'il faut bien mûrir ce projet avant de le mettre à exécution. Les uns et les autres ont sans doute raison, mais auraient tort, par exemple, ceux qui, malgré l'enthousiasme du début, ne voudraient plus faire honneur à leur signature, ou, d'une manière ou d'une autre, chercheraient à nuire à l'œuvre commencée !
Il ne faut pas oublier que le syndicat du Monument National, qui a acheté l'Académie, qui s'est fait incorporer, etc., n'aurait pas fait toutes ces démarches, toutes ces dépenses, s'il n'eût compté sur le bon vouloir et sur l'honneur des signataires fondateurs. La grande majorité a répondu à l'appel des directeurs, mais il est de la dernière importance que tous suivent l'exemple des premiers, car comment voudriez-vous mener à bonne fin, cette belle œuvre commencée sous d'heureux auspices, si plusieurs ne se croyaient, en honneur et en justice, responsables envers leurs co-signataires?. . . .Ah ! non, je ne doute pas de l'honneur de mes concitoyns. Loin de moi l'idée de faire une telle injure à n'importe qui de ceux qui ont bien voulu nous promettre leur concours, mais il est temps de voir où nous en sommes avec nos finances, car le contrat est donné pour construire le " Monument National" et les travaux
sont commencés. Le tout doit être fini au ier janvier
Nous aurons un superbe édifice complet, comprenant des bureaux pour les sociétés de bienfaisance ; un salon, où les révérendes Sœurs et les Daines de Charité pourront travailler pour les pauvres, surtout pendant la saison rigoureuse ; une salle de lecture publique et une bibliothèque ; un gymnase ; une salle d'amusements divers ; un jeu de quilles ; une baignoire et une superbe salle de concerts.
N'est-il pas vrai qu'il n'y a pas un seul Canadien qui ne se sente fier de pouvoir dire, dans quelques mois: "Voilà mon œuvre ! " car ça sera l'œuvre de tous et de chacun. Nous serons chez nous, pour nous instruire et nous amuser honnêtement. Ça sera un lieu de réunion où nous apprendrons à mieux nous connaître et, partant, à nous estimer et à nous respecter les uns les autres. C'est là que nous nous appliquerons à marcher toujours dans les sentiers du devoir tracés par nos pères ; à être fidèles à notre langue, à notre foi, sous l'égide de nos dévoués pasteurs. Hélas ! il en manquera un de ces zélés apôtres, à l'inauguration de notre " Monument National ; " mais notre regretté curé bénira notre œuvre du haut du ciel, je n'en doute pas. — Quelques jours après la catastrophe de Garthby, son frère, le Rév. M. J. N. Gignac, professeur au séminaire de Québec, a payé au syndicat la contribution de son cher frère. Je fis remarquer au révérend et savant abbé que feu M. le curé avait encore quelques mois avant de payer sa part. — uNon,non, me répondit-il, c'est une dette d'honneur et je la paie tout de suite."— Voilà comment on entend l'honneur dans certains quartiers ; ça fait plaisir de constater que l'exemple part de si haut !
De plus, j'ai fait remarquer au généreux exécuteur testamentaire que son vénérable frère m'avait dit qu'il douue-
mit plusieurs livres pour la bibliothèque du " Monument." — "Très-bien, dit-il, je ferai un choix de volumes qui pourront intéresser vos jeunes gens et je vous les donnerai au nom de mon frère.'1 — Ah ! si chacun de nous voulait en faire autant, comme nous aurions un joli monument et une belle bibliothèque qui nous coûteraient presque rien : notre souscription, et quelques cadeaux en livres ou objets d'art pour notre salle de lecture.
Allons, messieurs, un peu de bonne volonté ; faisons honneur à notre signature et que ceux qui n'ont pas encore souscris le fassent au plus tôt pour l'honneur de notre race, dans les Cantons de l'Est surtout, dans l'intérêt de notre population catholique et pour l'instruction et l'éducation de notre intéressante jeunesse, qui ne demande qu'à suivre les bons exemples de ses aînés.