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DISCOURS D'INAUGURATION

Monseigneur, Honorable Juge \ Monsieur le Maire, Rêvds. Messieurs, Mesdames et Messieurs :

A l'inauguration de notre petit Monument National, j'ai cru qu'il était de mon devoir de vous eu faire l'historique en quelques lignes.

Et d'abord, ce n'est qu'après avoir obtenu l'autorisation de Monseigneur notre Kvêque, que j'ai commencé à solliciter des souscriptions en faveur «le cette œuvre, qui me pa-

raissait alors et qui me paraît plus que jamais, chrétienne, nationale et patriotique

Comment pourrait-il en être autrement, puisque je vois dans ces murs, élevés par les généreuses offrandes de nos concitoyens catholiques, notre premier Pasteur qui est venu bénir l'œuvre commencée sous d'heureux auspices ; puisque je vois ici le digne représentant de la majesté de la loi qui vous adressera la parole tout à l'heure ; je vois ici le premier magistrat de notre jeune et belle cité. Je vois aussi les Messieurs du Clergé qui m'ont toujours encouragé à continuer cette œuvre, malgré les difficultés qui surgissaient de temps en temps. Enfin, je vois ici l'élite de notre population catholique.

Depuis que l'école, connue sous le nom de ll Young Ladies' Academy," était fermée, je ne passais jamais près d'ici sans jeter un œil d'envie sur ce site magnifique. Mais il n'était pas facile de l'acheter, puisqu'on a mis cinq ans à conclure le marché. A ma première entrevue avec les messieurs de la Commission scolaire protestante, on m'a simplement répondu que l'école n'était pas à vendre. Après de nouvelles instances, ces messieurs m'ont dit que je pourrais l'avoir pour 7,000 piastres comptant. Puis, un peu plus tard, le prix en était de $6,500, puis $6,000, quelques mois après de $5,500; enfin, après cinq ans de pourparlers, j'ai pu conclure le marché pour $4,500, mais quand j'ai signé le contrat, au nom du syndicat qui n'était pas encore formé, j'avais déjà une liste de souscriptions de $5,000, c'està-dire 50 noms. C'est vous dire que j'avais pleine confiance en ceux qui avaient bien voulu me donner leur signature, car, seul, je n'aurais jamais fait une telle entreprise ; d'abord, je n'en avais pas les moyens, et d'ailleurs je voulais intéresser le plus de citoyens possible

Nous sommes maintenant incorporés sous le nom de

11 Syndicat du Monument National." M. le Dr Pelletier, notre zélé député, nous a fait donner des lettres patentes, avec le grand sceau de la Province et la signature de Son Excellence Sir L. A. Jette, lieutenant-gouverneur.

je remercie donc tous les bons patriotes, qui ont daigné répondre à l'appel du plus humble d'entre eux ; je les remercie d'avoir mené à bien notre entreprise, car elle est nôtre et non la mienne. Ou'aurais-je pu faire seul, encore une fois ? rien ; mais je vous avouerai bien candidement, cependant, que j'ai été tenté plus d'une fois de me décourager. Au moment où j'allais perdre courage, une nouvelle signature s'ajoutait aux autres et l'espoir revenait avec elle. Qu'on vienne me dire après cela qu'il n'y a pas de patriotisme à Sherbrooke ! Personne d'entre nous ne prétend partir eu guerre contre qui que ce soit, mais nous voulons nous affirmer et nous faire respecter, comme nous respectons nous-mêmes d'ailleurs nos concitoyens d'autres origines. L'union fait la force ; cette devise est écrite sur l'une des banderolles qui ornent cette salle, et j'espère que nous serons toujours unis : ça sera pour traiter de nos intérêts communs que nous nous assemblerons dans ces murs, pour nous mieux connaître et apprendre à nous estimer réciproquement. Vous avez compris, messieurs, que le temps était arrivé de fonder à Sherbrooke, à l'instar des grandes villes de notre pays, de fonder, dis-je, un petit monument national, où toutes les classes de la société pourraient se réunir, pour travailler d'un commun accord à l'avancement de notre race dans la métropole des Cantons de l'Est. Nous comptons pour quelque chose, n'est-ce pas? et nous le prouvons de nouveau, ce soir, en nous assemblant c/ieznous, dans un superbe édifice que nous payons de nos deniers. Voyez ce (jue peut faire l'union entre un groupe d'hommes. Individuellement il aurait été impossible de faire ee que nous fai-

sons collectivement. Plusieurs ont, dans cette entreprise nationale et patriotique, des parts égales ; nous en retirerons des profits égaux, (s'il y en a) et j'espère qu'il y en aura. Mais, du moins, nous aurons ensemble la satisfaction de dire : nous sommes les fondateurs de ce petit monument qui s'élève fièrement à l'ombre du clocher. " Honni soit qui mal y pense ! " — C'est la fière devise du peuple anglais, mais qui vient de la France, qui a été conservée à travers les siècles et que nous répétons nous-mêmes en ce jour contre ceux qui nous blâmeraient sans nous comprendre. " Dieu et mon droit ! " autre belle devise que nous n'oublierons jamais. Notre écusson, c'est-à-dire les armes du syndicat du Monument National, se composent d'une feuille d'érable, l'emblème de notre vaste pays ; d'un castor industrieux qui nous donne l'exemple d'un travail constant et intelligent ; du motto : " Va droit ! " oui, va droit au but, c'està-dire allons tous ensemble vers le but proposé : faire un peu de bien en passant ici-bas, contribuons dans la mesure de nos forces à l'éducation et à l'instruction de nos jeunes gens qui seront les hommes de demain ; nous, leurs aînés, nous disparaîtrons bientôt, mais eux se souviendront. Oui, jeunes gens, souvenez-vous toujours que c'est pour vous surtout ce Monument National, c'est pour vous toute cette pompe, c'est pour vous cette démonstration, c'est pour vous grouper, vous unir, vous instruire que vos pères, vos frères, vos amis ont fait de généreux sacrifices.

Plusieurs personnes distinguées ont promis de venir vous faire ici des conférences historiques, scientifiques, agricoles, musicales, etc., car il faut joindre l'utile à l'agréable ; à vous donc d'en profiter. Le Monument National sera pour vous une seconde école, où vous viendrez, le soir, vous délasser des rudes travaux du jour, tout en vous instruisant et en vous amusant, car vous aurez ici une belle bibliothè-

que, où vous puiserez diverses connaissances qui vous aideront à faire votre chemin, chacun à la place que vous assignera la Providence. A propos de cette bibliothèque, j'ai adressé au-delà de 250 circulaires à des personnages marquants, à des connaissances et à quelques amis. Plusieurs m'ont déjà répondu favorablement. Ici encore, le syndicat, par l'entremise de notre député toujours prêt à nous rendre service, demandera au gouvernement pour nous, et par conséquent pour vous tous, 100 à 150 volumes de nos meilleurs écrivains canadiens, ainsi qu'un octroi pour notre salle de conférences. Moi-même, je continue à demander pour vous. On m'a dit que j'étais toque ; Larousse explique dans son dictionnaire que le mot toque veut dire un peu fou. Mais que m'importe ! je suis bien destiné à mourir toque, car ni mes confrères ni moi ne connaissons de remèdes pour la maladie qu'on appelle la toquade ! Si, pourtant, je me trompe ; si vous voulez me guérir, c'est de donner au Monument National ce que vous avez de trop : un bon volume quelconque, un bibelot, une carte géographique, un beau tableau, une statue, une urne, un meuble, ou même prendre une part, suivant vos moyens, car notre dévoué trésorier, M. Dugal, a toujours son grand livre ouvert pour les recevoir. Le nom de chaque donateur sera inscrit dans le livre d'or avec le cadeau qu'il fera ou la part qu'il prendra ; ce livre d'or est ici: chacun pourra y enregistrer son nom avec le montant ou l'objet qu'il lui plaira de donner au Monument National. Nous tenons beaucoup aux autographes! Notis en ferons une collection ; pour 25 centius et plus, bien entendu, si vous le voulez, vous pourrez signer ici. Demain soir, à S1, précises, il y aura un grand tournoi de cartes et, tous l<-s autres soirs de la semaine, grande Kermesse, du beau chant, de la belle musique, de la magie, blanche seulement, car Monseigneur ne nous eu permettrait pas d'au-

tre ! des vues à la lanterne magique, il y aura un bureau de poste, où vous écrirez à vos amis et recevrez leurs messages ; la reine de Bohême et ses dames d'honneur vous diront la bonne aventure, le prince de Monaco et ses ministres seront ici avec leur fameuse roulette. Enfin, vous aurez d'honnêtes amusements et des rafraîchissements servis à la carte, tout comme à Paris, quoi ! Il n'y aura pas de ces vilaines listes qui vous font suer sang et eau dans les bazars ordinaires, malgré les jolis minois des passeuses d'icelles ; vous dépenserez volontairement ce que vous voudrez et pour un bon but, puisque ce sera pour notre Monument à tous : — la toquade qui revient ! mais il faut le payer, car on n'aime pas les dettes ici. Je m'aperçois que j'abuse de votre complaisance ; encore un mot et je termine.

Merci, Monseigneur, d'avoir daigné vous rendre bénir l'œuvre de quelques-uns de vos diocésains, surtout de votre ville épiscopale. Merci, Honorable Juge, d'avoir rehaussé par votre présence et le discours que vous avez bien voulu accepter de nous faire, de rehausser, dis-je, l'éclat de cette fête de famille. Merci, M. le maire, de l'encouragement que Votre Honneur veut bien donner à notre œuvre, qui est aussi la vôtre, et qui sera toujours, je l'espère, et dans toutes les acceptions du mot, un ornement pour la jolie ville dont vous êtes aujourd'hui le premier magistrat ; merci, MM. du clergé et, en particulier, merci à notre dévoué gérant, Monsignor Tauguay. Merci à M. le supérieur de notre beau et florissant Collège, qui m'avez tant aidé de vos bons conseils. Merci, M. le député, des démarches que vous avez déjà faites auprès de vos collègues en faveur de notre Monument National. Merci, MM. les directeurs du syndicat, de l'aide constante que vous m'avez si généreusement donnée pour la réussite de l'œuvre que nous avons entreprise ensemble. Merci, mesdames, d'avoir consenti à

vous dépenser encore pour organiser notre Kermesse, qui sera un succès, je n'en doute pas, car elle est entre trop bonnes mains pour ne pas réussir : u Ce que femme veut Dieu le veut." Merci à vous, mesdames et messieurs, d'être venus en si grand nombre à l'inauguration de notre Monument National, que M. l'abbé Auclair a qualifié du grand nom de Panthéon ! J'ai l'espoir qu'en effet ce monument deviendra entre vos mains un véritable petit Panthéon. Merci à tous ceux qui ont assisté à l'inauguration de cet édifice qui contribuera, je l'espère, à l'instruction de notre intéressante jeunesse. Vous savez qu'il y a, à Montréal et à Québec, et peut-être dans d'autres villes, des groupes de jeunes gens que d'habiles directeurs ont formés en associations de la jeunesse catholique. Notre toujours regretté curé, mou vieil ami, avait formé le beau projet d'organiser un de ces groupes ici, dans le Monument National. Dieu Ta rappelé à Lui, par une mort tragique et prématurée, en l'enlevant à notre affection ; mais son digne successeur, (qui m'a depuis longtemps honoré de son amitié) qui a passé ses plus belles années au milieu de nous, à préparer les jeunes pour les rudes combats de la vie, m'a donné l'assurance qu'il continuerait l'œuvre projetée par son prédécesseur. D'ailleurs, encouragés comme nous le sommes par le premier Pasteur de ce diocèse et par vous tous, nous entrevoyons l'avenir avec confiance. Merci, mesdames et messieurs.

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