SOUVENIR DE LA KERMESSE
Mesdames et messieurs,
Messieurs les directeurs du Syndicat du " Monument National " m'ont chargé de vous remercier de tout ce que vous avez bien voulu faire pour le succès de la kermesse. Je me rends bien volontiers à leur désir, qui est aussi le mien, vous n'en pouvez douter! — Je remercie donc bien cordialement tontes les dames, qui ont quitté les douceurs de leurs foyers respectifs, pour s'exposer ici à contracter de vilains rhumes dans une bâtisse fraîchement finie. — Je remercie les gentilles demoiselles qui ont sacrifié leur mardi et leur jeudi, et même le dimanche, qui ont sacrifié, dis-je, les heures de charmant babil qu'elles destinent à l'être aimé, au désiré, qui arrive ces jours-là régulièrement, le plus tôt possible après sept heures. Il y a bien eu quelques petites compensations dans les galeries, mais chut! pas d'indiscrétions ! — car ça ne serait pas tout-à-fait le moyen de s'attirer les bonnes grâces de ces demoiselles. — D'ailleurs, il faut que la jeunesse se passe, — et tout s'est si bien passé que vraiment on n'a que des louanges à faire aux jeunes comme aux vieux.
Mais, qu'entends-je ? des murmures confus! Ah! je comprends: ce sont les plaintes des maris, des amoureux
qui ont vidé leurs bourses, qui pour madame, qui pour une fiancée. — Je me hâte donc de vous remercier, messieurs, d'avoir dépensé si généreusement pour l'œuvre nationale et patriotique que nous avons entreprise ensemble. Inutile de vous en faire connaître le but, vous le connaissez d'avance et ce serait une redite. N'est-il pas vrai que vous avez joui pendant la semaine qui vient de s'écouler ? Vous avez senti que vous étiez parfaitement chez vous dans le " Monument National," et vous l'êtes en effet.
Encore une fois, je remercie, au nom de mes co-directeurs tous ceux et celles qui ont contribué, de quelque manière que ce soit, au succès de cette fête de famille qui a dépassé toutes nos espérances. — S'il y a eu quelques petits désagréments, j'espère qu'on les oubliera, car personne, à ma connaissance du moins, n'a eu l'intention d'en causer. — Je dis "au revoir," à la même époque, l'an prochain, si Dieu nous prête vie !
En terminant, vous aimerez sans doute à entendre la lecture d'une charmante petite lettre reçue ce matin de notre cousin de Bretagne, le célèbre barde Botrel. — Voici cette lettre :