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DE CHARLOTTETOWN À ST. JEAN

Encore une de mes épîtres, que vous devez trouver bien ennuyeuses, mais c’est la dernière avant mon retour à mon “cher chez moi.” Il fait bon de voir du pays, mais on pense souvent aux absents, je vous l’assure.

Nous partons de Chariottetown, Ile du Prince Edouard, à 614 h. a. m., le 21, par les chars de l’Ile, qui nous transportent à Summerside. De là, nous montons sur le magnifique bateau à vapeur, le “ Northumberland,” pour traverser le détroit du même nom, jusqu’à Pointe du Chène, au Nouveau-Brunswick. A la Pointe, nos mêmes chars palais, “ Miramichi ” et ‘“ Dalhousie,”’ sont traînés par un train spécial qui nous mène à toute vitesse jusqu’à St. Jean.

St. ’.an est réellement une très belle ville. Les rues sont spacieuses, bordées d’arbres et très-bien éclairées à la lumière électrique. La cathédrale catholique a uue belle apparence extérieure, mais l’intérieur est sombre. Le palais épiscopal serait un ornement pour n'importe quelle ville.

Il ya ici de beaux édifices: la banque du Nouveau- Brunswick, la banque de Montréal fait honneur au nom qu’elle porte, la banque de la Nouvelle-Ecosse, le palais de justice, le bureau de poste, mais surtout la douane, style renaissance, est une bien belle construction.

J'ai visité l'hôpital civique, construit sur un plan nouveau, surmonté d’une haute tour, avec escalier en spirale, au sommet de laquelle nous avons une vue splendide, car

cette tour domine toute la ville. De magnifiques panoramas se déroulent devant nous, n’importe de quel côté que se dirigent nos regards. Ici, c’est le port avec de nombreux vaisseaux de tous genres ; ià, des villas féériques, demeures des heureux de ce monde ; là-bas, abrité par un bosquet, comme pour faire une tache au tableau, on aperçoit une longue construction de brique, asile des misères humaines : “c’est la maison des Pauvres.” Heureuse soit la ville qui

donne un asile à l’infortune ! Béni soit le riche qui secoure la misère d'autrui !

J'ai été visité le magnifique pont suspendu, pour voitures et piétons, qui se trouve à côté du pont du Canadien Pacifique, et qui a 450 pieds entre les deux arches,

Les Sœurs de la Charité ont un orphelinat ici; ily a aussi un couvent des Sœurs du Sacré-Cœur.— Somme toute, St. Jean est une bien plus jolie petite ville qu’'Halifax.

Il ne me reste que quelques notes à ajouter avant de fermer cette dernière lettre. Savez-vous qu’à l’Ile du Prince Edouard, si justement appelée “le jardin du golfe St. Laurent,” on mangeait des fraises cueillies le 20 courant ? il paraît que les fraises se récoltent du 25 juin à la fin d'août ; c’est incroyable. —L/Ile du P. E. possède un beau collége classique, catholique, bien entendu, le collége de St. Dunstan, affilié à l’Université Laval. J'y ai rencontré un prêtre Canadien-français, le Rév. M. Gauthier.

Il me fait peine de quitter les Provinces Maritimes sans avoir vu Louisbourg, qui n’est qu’à 40 milles de Sydney, et Grandpré, d’où ont été chassés nos malheureux Acadiens. Mais, heureusement, j'ai acheté tous les pamphlets et gra-

vures qui parlent si éloquemment de ces deux endroits, si chers à tout cœur canadien-français,

es —

Il me reste à remercier, au nom du journal que je représente, si mal, hélas! il me reste à remercier, dis-je, les autorités de toutes les lignes de chemins de fer, de bateaux, etc., etc., qui nous ont reçus avec tant d'’affabilité, transportés pendant ce long voyage de trois mille milles quand nous serons de retour à Sherbrooke.

Nous partons cet après-inidi pour une excursion sur la fameuse rivière St. Jean, N. B. Ce soir, nous prendrons l’Intercolonial pour retourner chacun dans nos pénates.

Au revoir !

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