‹ Mon voyage à Tracadie [microforme]Chapitre 12 sur 15 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Me voici arrivé au terme de ma course et de mon voyage. Pourquoi en ai-je entrepris la relation? Est-ce pour faire parler de moi? Non, Dieu merci. On s’est déjà beaucoup trop occupé de mon humble persoñne à propos de cette malheureuse affaire, J'ai voulu simplement raconter les miséricordes du Seigneur à mon égard. Peutêtre de la sorte, me disais-je, pourrais-je faire quelque bien à ceux de mes frères qui sont plongés dans les angoisses du doute et dans les affres du désespoir. Il s’agit maintenant de tirer la conclusion pratique, ou si vous le préférez, la morale de ce récit simple mais vérédique.

La première réflexion qui me vient à l’esprit lorsque je jette un regard sur le passé, c’est que mon expérience confirme magnifiquement cette pensée si belle et si profonde: ‘“ L'homme s'agite, Dieu le mène.” Je ine suis beaucoup agité et Dieu m'a conduit par la main comme un enfant là où il voulait me faire arriver. L'homme a beau faire et se trémousser, il est un instrument dans la main de Celui qui sait toujours tirer le bien du mal. Les bonnes gens de mon pays disent: ‘Ce que Dieu garde est bien gardé,” et ‘“ Le bon Dieu est toujours plus fort que le démon.” J’en suis un exemple frappant.

Ma seconde réflexion porte sur l’utilité del’épreuve. Les Livres Saints disent: ‘ Homo non probatus, quid svit—

L'homme qui n’a pas’été éprouvé, que sait-il?”” Et ma

vieille grammaire de Lhomond: ‘De même que le feu

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éprouve l'or, ainsi l’adversité éprouve l'homme courageux.” Rien de plus vrai et l’on sort de ce creuset purifié et dégagé de ses scories. C'est aïnsi que j’ai perdu les derniers doutes et les dernières illusions que je pouvaisencore conserver. Puisse ma cruelle expérience servir à d’autres. Puisse-t-elle leur apprendre à mettre leur confiance en Dieu seul, à recourir à lui dans les moments difficiles, dans les moments de trouble et d’affliction, car l’homme qui veut résister seul et sans appui, confiant dans ses propres forces, est brisé comme verre.

Enfin cette triste affaire m’a permis une fois de plus de constater toute la générosité des vrais enfants de l'Evangile. Pareil cas fût arrivé dans l’église romaine, l’on eût prodigué ces consolations banales qui ne servent qu’à aigrir la douleur, mais personne n’eût songé à l’avenir de la veuve et des orphelins. Il n’en à pas été ainsi parmi ler protestants. Ils ont eu pitié d’une malheureuse mère et de pauvres enfants abandonnés. Leurs entrailles se sont émues à la vue de ce spectacle déchirant. Ils se sont rappelé ces parôles de l'Evangile: ‘J'étais nuet vous m’avez

vêtu, j'avais faim et vous m’avez donné à manger.” O ch charité chrétienne, fille du ciel, tu es si belle, pourquoi F donc es-tu si rare? Je profite de cette occasion pour à remercier du fond du cœur ceux qui se sont intéressés au ; L sort de ma famille pendant mon absence. Puisse Celui È qui ne laisse pas un verre d’eau sans récompense leur

rendre au centuple ce qu’ils ont fait pour elle, Maintenant que les protestants me permettent en terminant de leur donner un petit conseil franc et sincère. Démosthène a dit quelque part: ‘Faites un pont d’or à l'ennemi qui fuit.” Je leur dirai de même: Faites un pont d'r; au prêtre qui fuit la Babylone moderne. Nou pas que je vous conseille de les gâter et de les entretenir à ne rien faire. Non, la paresse est la mère de tous les vices. | Mais je vous dis, montrez-leur de l'affection, faites-leur |

voir que s'ils ont perdu une famille, ils en retrouvent une autre pour le moins aussi tendre et aussi dévouée. Fournissez-leur les moyens de gagner honnêtement leur vie, et parce que quelques-uns d’entre eux ont trahi la confiance qu'ont avait mise en eux, n’en faites point tomber la responsabilité sur les autres. Rappelez-vous la maxime d’un grand chrétien: ‘Jaime mieux que Dieu me reproche un jour d’avoir été trop charitable que de ne l’avoir pas été assez. Il a si peu souvent l’occasion de faire ce reproche.” |

Souvenez-vous bien que c’est un prêtre qui a donné le

branle à la Réformeen Allemagne, en Ecosseeten Canada. Nedites pas pour vous excuser: ‘ Ces prêtres sont remplis de défauts.” Ce n’est pas une raison puisque Jésus-Christ est mort spécialement pour les pécheurs. Ses apôtres avaient beaucoup de défauts et cependant il les aimait et les supportait. En bonne conscience un chrétien ne saurait raisonnablement se montrer plus difficile que son Maître.

D'ailleurs si les prêtres étaient parfaits à quoi bon changer? Prétendez-vous donc passer cinq, dix, quinze, vingt ou vingt-cinq ans dans une mine de charbon et en sortir la figure et les mains blanches? Retenez bien ceci. Le clergé catholique en général fait fi des protestants de naissance, mais il a une peur terrible des prêtres convertis. Vous connaissez le pro; "be: ‘Chat échaudé craint l’eau froide.’ Et Luther, Knox, Lamenais, Chiniquy l’ont passablement échaudé, ce pauvre clergé. Il ne l’oublie pas, car il a bonne mémoire et il agit en conséquence.

Loin de moi la pensée de vouloir élever les uns aux dépens des autres, mais il est évident que le prêtre converti a un avantage immense pour le combat. Il connaît mieux les forces de l’ennemi, la valeur de ses généraux et de ses soldats, ses méthodes et sa tactique. Il sait donc mieux où porter ses coups pour infliger des blessures

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mortelles. N’allez pas vous faire illusion, que vous le vouliez ou non, le combat entre le romanisme et l’Evangile durera autant que le monde. C’est l’éternel combat de la vérité contre l'erreur. Aucun chrétien vraiment digne de ce nom ne peut en conscience se désintéresser de la lutte. Tâchez donc de procurer à la cause de la vérité de bons et braves défenseurs qui tiennent haut et ferme son drapeau et mettent en déronte les généraux et les soldats ennemis. Alors nous pourrons écrire une fois de plus sur nos bannières: Christus vincit, Christus imperat, Christus regnat— Le Christ est vainqueur, le Christ commande, le Christ règne. Amen.

Serrons nos rangs autour de notre Maître, Soyons unis, la victoire est à nous.

Par notre amour, faisons à tous connaître De Jésus-Christ combien le joug est doux.

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