CHAPITRE VI
HISTOIRE DE SAINT CYR ET DE SAINTE JI LITTE ÉCRITE D'ABORD PAR LES MANICHEENS. — THEODORE , ÉVÊQUE DICONE , LA RECTIFIE. — MIMRMIT ET TÉTERIU9, DANS LE COURS DU DIXIÈME SIÈCLE, COMPOSENT l'VE NOUVELLE VIE DE CBS SAINTS MARTYRS
S* était dans le perfide dessein Jjde déverser le ridicule sur les catholiques que les anciens hérétiques avaient entrepris de falsifier les actes des martyrs. Le pape Gélase \' x avait condamné ces compositions , tout à la fois mensongères <«t impies, attribuées à la secte des Manichéens. L' histoire du glorieux martyre de nos saints
MONOGRAPHIE
patrons avait été aussi présentée sous un faux jour, et renfermait des détails opposés à la vérité et à la raison \
Dans le cours du sixième siècle , Théodore , évôque d'Icône, conçut le louable projet de rétablir la vérité des faits ; il fit une recherche exacte de tout ce qui pouvait l'éclairer , recueillit les traditions conservées dans la famille de sainte Julitte , à laquelle se faisaient gloire d'appartenir les personnages les plus éminents de sa ville épiscopale , et donna ensuite les véritables actes de leur martyre *.
Au commencement du dixième siècle, Humbault, comme nous l'avons dit , composa une vie de saint Cyr et de sainte Julitte.
A la fin du même siècle , vers l'an 980 , Tétérius , doyen de la cathédrale 5 , voulut à son tour recueillir tout ce qui concernait la vie et le culte de nos saints patrons et principalement ce qui était particulier à l'église de Nevers. C'est lui qui le premier a parlé du voyage de saint Amatre en Orient , d'où il avait apporté les reliques de saint Cyr et de sainte Julitte; c'est encore lui qui nous a appris que le saint évôque d'Auxerre remit un bras du jeune martyr à saint Savin, son compagnon de voyage.
4 Baillbt, Table critique de* saints du mois de juin, î D. Ruina Ri) , de Tillemont , Baillet.
3 C'est à tort que LEBOBt'f 1« qualifie du litre «le doyen do Saint-fitionno.
de Nevers.
Si on peut raisonnablement ajouter foi à cet historien, qui vivait \ 50 ans environ après saint Jérôme , sur tout ce qui concerne le culte de nos saints patrons , il y a à se défier des détails qu'il nous a laissés sur leur martyre. Au lieu de se contenter des faits recueillis par l'évêque d'Icône , il a réuni indistinctement tout ce qui avait été écrit à leur sujet et peut-être môme a-t-il puisé dans les fables attribuées aux Manichéens.
Il ne serait pas étonnant que les actes falsifiés dont nous avons parlé plus haut aient été répandus dans nos pays ; on sait que ces hérétiques travaillaient à propager leur secte en Occident et qu'un certain nombre d'ecclésiastiques étaient devenus leurs adeptes. En 1 022, le Concile d'Orléans condamna comme entachés de leurs erreurs Héribert et Lisoye , chanoines de cette ville. Le Nivernais et l'Auxerrois, malgré la vigilance des évéques , ne purent échapper à la propagation de ces déplorables doctrines ; d'après le rapport de Robert de Saint-Marien , Terricus , un de leurs chefs , se tint long-temps caché dans une grotte auprès de Corbigny * . Les principaux bourgeois de la ville de La Charité étaient entachés d'hérésie, et au Concile de Sens , en 4498, on vit paraître l'abbé de Saint-Martin de Nevers et le doyen de notre cathédrale , convaincus d'avoir partagé ces funestes erreurs.
Nous sommes loin cependant de vouloir faire peser
i Chron. alti**. , p. 95.
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sur le doyen Tétcrius une semblable accusation ; les Bollandistes , qui ont conservé en entier la préface de son travail, en parlent avec éloge. Dans celte préface, il se qualifie de serviteur des saints dont il écrit la vie 1 .
Ceux qui s'occupent de l'étude du moyen-Age savent que les légendes, quelque respectables qu'elles soient, ne méritent cependant pas toutes le même degré de crédibilité. Il y a eu une époque à laquelle les actes des saints, leur \ie , l'histoire de leur culte, étaient à peu près les seules matières sur lesquelles on exerçait l'intelligence des jeunes gens. De même que de nos jours , pour habituer un jeune homme pendant son cours d'humanités à former son style et à déployer toutes les richesses de son imagination , son maître lui présente un sujet a\ee ses principaux détails , le chargeant de remplir le cadre ; de même à l'époque dont nous parlons, on exposait aux élèves les principales circonstances de la \ie d'un saint , Unir laissant le soin de la développer et d'enrichir le tableau.
C'est ainsi que les légendes de saint. Cyr et de sainte .lulitte, contenues dans les anciens bréviaires nivernais, auront été composées. Ilumbault et les autres écoldtrc* qui lui ont succédé auront naturellement donné à leurs élèves I histoire des patrons de la cathédrale à traiter, el Tetérius aura réuni ces productions aux documents qu'il axait puisés ailleurs pour rendre son tra\ail plus
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complet La collection de ces légendes forme une espèce de pieux roman dont nos deux saints sont les héros.
Nous avons hésité un instant à faire entrer ces légendes dans notre travail sur la cathédrale, mais nous nous sommes rappelé que Marie d'Àlbret les avait reproduites sur les magnifiques tapisseries dont nous parlerons bientôt ; nous n'avions plus à balancer 1 .
Nous avons essayé de conserver dans la traduction toute la naïve simplicité du texte latin.
* L'auteur , après avoir lu ce travail dans une séance do la Société Xivmtaise , exprimait la crainte qu'il éprouvait que ces légendes ne fussent pas goûtées ; tous les membres lui demandèrent avec instance de les faire foraltre et do leur conserver tout»' lour originalité.