ENTREVUE DE SIR JOHN GREENVILLE
membres rentrés, parente! ami du général, logé chez lui, et qui, depuis que l'affaire s'agrandissait, avait remplacé, pour la direction confidentielle, le comité politique et le chapelain Gumble. Greenville le conjura de lui obtenir un rendez-vous du général, auquel il avait à communiquer des choses de la plus haute importance. Monk lui fit dire de les confier à Morrice. Greenville retusa absolument de s'ouvrir à d'autres qu'au général lui-même, et déclara que, s'il n'en pouvait obtenir une audience, il lui parlerait la première fois qu'il le rencontrerait; n'importe en quel lieu. Monk lui donna rendez-vous pour le lendemain au soir dans la chambre de Morrice. Greenville l'aborda en se félicitant de pouvoir enfin remettre aux mains du général un dépôt depuis longtemps entre les siennes, et remplir à son égard les ordres du roi son maître ; en môme temps il lui présenta les lettres écrites par le roi au moment de l'insurrection de sir George Booth. Monk, jetant les yeux sur les papiers, recula de quelques pas, et demanda à son cousin, d'un air irrité, comment il n'avait pas craint le danger auquel il s'exposait en se chargeant auprès de lui d'une pareille commission. Greenville répondit qu'il s'y exposait de bon cœur? ainsi qu'il l'avait fait souvent, pour le service du roi : « Mais, dans ce cas-ci, général, « ajouta-t-il, j'ai quelque encouragement de plus qu'à « l'ordinaire. Votre Excellence ne peut avoir oublié
« le message que lui a porté son frère en Ecosse. » Le déguisement n'était plus de saison ; Monk changea subitement de rôle, et, les bras ouverts, s'avança vers son cousin, le remercia de lui avoir si bien gardé le secret, et l'assura qu'il était l'homme du monde avec lequel il lui était le plus agréable de traiter cette grande affaire. 11 prit ensuite lecture des lettres, ce Je ne « puis croire, lui mandait le roi, que vous me veuillez «du mal. Vous n'en avez aucun motif, etcequej'at- « tends de vous sera un si grand bienfait pour votre « pays que je ne puis penser que vous refusiez de me «servir. » Dans les pouvoirs donnés à Greenville, Charles s'exprimait ainsi : « Je suis convaincu que le « général Monk ne peut avoir en son cœur aucune « mauvaise volonté à mon égard; il n'a rien fait non « plus contre moi que je ne puisse aisément pardon- « ner, et il est en son pouvoir de me rendre un service « tel que je ne serai jamais en état de le récompenser « complètement. »
Puis il autorisait Greenville à traiter avec Monk aux conditions que demanderait le général, soit pour luimême, soit pour son armée, dont le roi s'engageait à lui conserver le commandement. Cependant, d'après ses instructions secrètes, Greenville devait se bornera promettre, au nom du roi, une dotation de cent mille livres sterling, à distribuer entre Monk et son armée, à la volonté du général. Mais depuis le 21 juillet 1659,
date de ces lettres, les temps et les situations avaient bien changé, et Greenville ne crut pas dépasser ses pouvoirs en offrant à Monk, avec le titre de grand connétable, le choix entre toutes les grandes charges de la couronne. Trop sûr de son marché pour le gâter en le faisant d'avance, Monk refusa toute condition pour lui-même, et, menteur même lorsqu'il traitait de bonne foi, il désavoua, dans les termes de la plus humble et de la plus soumise loyauté, tout ce que sa conduite passée avait eu de contraire à la fidélité qu'il avait, dit-il, toujours conservée dans son cœur. « Jus- « qu'à présent, ajouta-t-il, je n'ai pas été en situation de « servir le roi; maintenant je le puis, et je suis résolu « d'y hasarder ma fortune et ma vie. » Et appelant Morrice : « Cet honnête homme, dit-il, sera témoin de « ma promesse. » Tout fut bientôt convenu entre eux. Monk était disposé à se confier, au moins autant pour son pays que pour lui-même, aux gracieuses intentions de Sa Majesté; seulement, afin d'écarter tout obstacle à son retour, il demanda : Tune amnistie générale, sauf envers ceux que le parlement jugerait devoir en excepter; 2° la promesse de consentir à tout acte jugé nécessaire pour garantir les ventes des terres et le paiement des arrérages de l'armée ; 3° enfin la liberté de conscience, autant qu'elle serait compatible avec la tranquillité du gouvernement civil. De plus, il engageait le roi à quitter promptement les terres d'Espagne, d'où,