SCÈNE m
Les'Mêmes, vanna.
{On entend le murmure d'une foule qui répète au dehors le nom de « Monna Vanna ». La porte du fond s'ouvre^ et Vanna^ seule et pâle ^s'avance dans la salle^ tandis que sur lé seuil se pressent^ en se dissimulant^ des hommes et des femmes qui n'osent pas entrer.)
GUIDO ayant aperçu Vdnna^ il s'élance au-devant d'elle, lui prend les mains, lui caresse le visage et l'embrasse^ avec une ardeur fiévreuse.
Ma Vanna!... Qu’ont-ils fait?... Non, non, ne redis pas les choses qu’ils ont dites!... Laisse-moi voir ton front et
plonger dans tes yeux... AhI tout est resté pur et loyal comme Teau où se baignent les angesl... Ils n’ont rien pu souiller de tout ce que j’aimais; et toutes leurs paroles tombaient comme des pierres qu’on lance vers le ciel sans troubler un instant la clarté de l’azur î Quand ils ont vu ces yeux, ils n’ont rien demandé, j’en suis sûr... Ils n’ont pas exigé de réponse; leur clarté répondait. Elle mettait un grand lac de lumière et d’amour que rien n’eût pu franchir entre leurs pensées et la tienne... Mais maintenant, regarde, approche-toi... Il y a un homme ici que j’appelle mon père... Vois, il baisse la tête; ses cheveux blancs le cachent... Il faut lui pardonner; il est vieux et se trompe... Il faut avoir pitié; il faut faire un effort; tes yeux ne suffisent pas à le dissuader, tant il est loin de nous... Il ne nous connaît plus; notre amour a passé sur sa vieillesse aveugle comme une pluie d’avril sur un rocher crayeux... Il n’a jamais saisi un seul de ses rayons; il n’a jamais surpris un seul de nos baisers... Il croit que nous aimons comme ceux qui n’aiment pas... Il lui faut des paroles pour comprendre. 11 lui faut la réponse... Va, dis-lui ta réponse.
VANNA s'approchant de Marco.
Mon père, j’irai ce soir.
MARCO la baisant au front.
Ma fille, je savais...
GÜIDO.
Quoi?... Que lui as-tu dit?... Parles-tu pour lui ou pour moi?...